Sceller le serment de Combray

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Sceller le serment de Combray

 

L’engagement n’a pas manqué d’émotion, sinon de solennité…

Il engage un Proustien et un Néo Proustien. Quelle est la différence ? A Illiers-Combray, le premier vient conforter son amour d’À la Recherche du Temps perdu en visitant les lieux que l’écrivain a immortalisés et dont lui, lecteur, s’est fait ses propres images. Le second découvre l’endroit avant d’avoir ouvert le livre.

Permettez-moi de vous présenter Mikaïla.

1 Mikaïla, déjeuner

 

Il est Néo Proustien. Béninois de vingt-sept ans, il est très grand et a une soif inextinguible de s’ouvrir au vaste monde. Pendant mes années africaines, il a été un des mes étudiants quand j’enseignais le journaliste à l’université. Depuis près d’un an, il effectue un stage de longue durée dans une institution internationale des pays ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique) financée par l’Union européenne. Il vit aux Pays-Bas, dans un environnement cosmopolite, mettant son talent au service de la communication et de l’information dans le domaine de l’agriculture.

Mikaïla reconnaîtrait volontiers que, n’étaient les aimables sentiments qu’il me porte, il ne s’intéresserait pas spécialement à Proust. Seulement, puisqu’il s’est offert un voyage en France, le premier, avec ses maigres deniers, après Lille, Strasbourg et Paris, il a fait un détour vers Illiers-Combray pour venir me saluer, et il a plongé avec attention et émotion dans l’univers proustien.

Hier dimanche, de chez tante Léonie au Pré Catelan en passant par l’église d’Illiers-Combray, je lui ai donc raconté la madeleine amollie et le baiser maternel, la chapelle de la duchesse et le petit raidillon. Au Musée, je lui ai offert Du côté de chez Swann.

2 Mikaïla, musée

 

C’est avant de le raccompagner à la gare de Chartres qu’est née l’idée du serment. Il lit le roman. S’il va jusqu’au bout et s’il l’a aimé, il me le fait savoir et je lui envoie — où qu’il se trouve alors — À l’ombre des jeunes filles en fleurs. S’il le lit, va jusqu’au bout et l’aime, il me l’indique et je lui envoie Le Côté de Guermantes. S’il le lit, etc., etc. jusqu’au Temps retrouvé.

Mais, il est entendu qu’il peut ne pas même lire tout le premier tome sans perdre mon amitié. Au risque de faire hurler des Proustiens patentés, j’admets qu’on puisse vivre sans avoir lu la Recherche (certes moins bien) ! Et puis, ce qui n’est pas possible à une étape de la vie peut se réaliser à une autre. Après trois décennies d’infructueux essais, n’ai-je pas accédé à sa magie que sexagénaire ?

Il n’y a pas de limite de temps pour Mikaïla. Un serment — et le nôtre, baptisé « de Combray » n’échappe pas à la règle — ne s’achève qu’avec la mort.

3 Mikaïla, serment

 

J’ai déjà envie de renouveler ce serment avec un(e) autre Néo Proustien(ne).

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 

 

 

Promesse sincère

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

4 comments to “Sceller le serment de Combray”

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  1. Quelle bonne idée ! Je m’en vais de ce pas l’adopter. Avec une variante : sceller des serments « de Beaubec » plutôt que « de Combray ».

    (faudra organiser un stock de livres. Je ne doute pas que le lecteur soit accroché jusqu’au bout.)

  2. Beau jeu de paumes!

  3. Patrice~
    This touching tale of friendship reminded me of Walter Berry describing Marcel Proust:

    « Never, right up to the end, neither his frenzied work, nor his suffering made him forget his friends – because he certainly never put all his poetry into his books, he put as much into his life. » WB

  4. Merci Patrice Louis pour cette chronique à moi consacrée. Quelle belle journée passée à  »Combray » (Trouvaille de Proust) que je préfère bien au nom propre Illiers ou Illiers-Combray si vous voulez!
    Que de bons moments gravés à jamais dans ma petite mémoire. Me voila Néo Proustien pour de vrai… ! Un très grand merci à vous et à votre aimable épouse pour cette rare opportunité… Que dis-je pour ce grand privilège de me ressourcer dans le bel univers proustien.

    Volontiers ! Je me ferai ambassadeur et porterai le poids de l’énorme héritage de Marcel Proust. Illiers est plus qu’un lieu privilégié de tourisme littéraire… c’est le lieu de mémoire de l’histoire proustienne. Il faut que chacun y aille bien un jour ou l’autre  »A la recherche du temps perdu » sur les traces du grand Proust! J’y retournerai encore sans doute. Car je l’ai bien scellé, le fameux ‘’serment de Combray’’ qui me lie pour toujours.
    A qui le tour du prochain ‘’serment de Combray’’?

    Avec mes sincères amitiés,

    Mikaila

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