Proust incohérent

Proust incohérent

 

On a beau vénérer Marcel Proust, certaines de ses formulations prêtent à sourire…

Petit florilège :

 

*— As-tu vu les façons que Swann se permet maintenant avec nous ? dit Mme Verdurin à son mari quand ils furent rentrés. J’ai cru qu’il allait me manger, parce que nous ramenions Odette. C’est d’une inconvenance, vraiment ! Alors, qu’il dise tout de suite que nous tenons une maison de rendez-vous ! Je ne comprends pas qu’Odette supporte des manières pareilles. Il a absolument l’air de dire : vous m’appartenez. Je dirai ma manière de penser à Odette, j’espère qu’elle comprendra.

Et elle ajouta encore un instant après, avec colère :

— Non, mais voyez-vous, cette sale bête ! employant sans s’en rendre compte, et peut-être en obéissant au même besoin obscur de se justifier — comme Françoise à Combray quand le poulet ne voulait pas mourir — les mots qu’arrachent les derniers sursauts d’un animal inoffensif qui agonise, au paysan qui est en train de l’écraser. I

Commentaire : Pourquoi s’en rendrait-elle compte ? Elle ne connaît pas Françoise.

 

*il [Octave] ne pouvait jamais « rester sans rien faire », quoique il ne fît d’ailleurs jamais rien. II

Commentaire : C’est l’un ou l’autre.

 

*Seule la femme du notaire s’était sentie attirée vers le nouveau venu qui fleurait toute la vulgarité gourmée des gens comme il faut et elle avait déclaré, avec le fond de discernement infaillible et d’autorité sans réplique d’une personne pour qui la première société du Mans n’a pas de secrets, qu’on se sentait devant lui en présence d’un homme d’une haute distinction, parfaitement bien élevé et qui tranchait sur tout ce qu’on rencontrait à Balbec et qu’elle jugeait infréquentable tant qu’elle ne le fréquentait pas. II

Commentaire : Belle lapalissade.

 

*Dès le moment, par exemple, où la charmante comtesse G… entrait chez les Guermantes, le visage de Mme de Villebon prenait exactement l’expression qu’il eût dû prendre si elle avait eu à réciter le vers :

Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là.

vers qui lui était du reste inconnu.. III

Commentaire : À l’impossible, nul n’est tenu.

 

*Alors, pour tâcher de la contraindre à modifier sa réponse, nous nous adressâmes à une autre créature du même règne, mais plus puissante, qui ne se contente pas d’interroger le corps mais peut lui commander, un fébrifuge du même ordre que l’aspirine, non encore employée alors. III

Commentaire : Cela s’appelle un anachronisme.

 

*On commençait déjà depuis plusieurs jours à savoir ma grand’mère souffrante et à prendre de ses nouvelles. Saint-Loup m’avait écrit : « Je ne veux pas profiter de ces heures où ta chère grand’mère n’est pas bien pour te faire ce qui est beaucoup plus que des reproches et où elle n’est pour rien. Mais je mentirais en te disant, fût-ce par prétérition, que je n’oublierai jamais la perfidie de ta conduite et qu’il n’y aura jamais un pardon pour ta fourberie et ta trahison. » Mais des amis, jugeant ma grand’mère peu souffrante (on ignorait même qu’elle le fût du tout), m’avaient demandé de les prendre le lendemain aux Champs-Élysées pour aller de là faire une visite et assister, à la campagne, à un dîner qui m’amusait. Je n’avais plus aucune raison de renoncer à ces deux plaisirs. Quand on avait dit à ma grand’mère qu’il faudrait maintenant, pour obéir au docteur du Boulbon, qu’elle se promenât beaucoup, on a vu qu’elle avait tout de suite parlé des Champs-Élysées. Il me serait aisé de l’y conduire ; pendant qu’elle serait assise à lire, de m’entendre avec mes amis sur le lieu où nous retrouver, et j’aurais encore le temps, en me dépêchant, de prendre avec eux le train pour Ville-d’Avray. III

Commentaire : Socrate a bien dit qu’il ne savait qu’une chose, c’est qu’il ne savait rien.

 

*il [Saint-Loup] me citait certains tableaux que nous aimions l’un et l’autre et ne craignait pas de faire allusion à une page de Romain Rolland, voire de Nietzsche, avec cette indépendance des gens du front qui n’avaient pas la même peur de prononcer un nom allemand que ceux de l’arrière, et même avec cette pointe de coquetterie à citer un ennemi que mettait par exemple le colonel du Paty de Clam dans la salle des témoins de l’affaire Zola à réciter en passant devant Pierre Quillard, poète dreyfusard de la plus extrême violence et que d’ailleurs il ne connaissait pas, des vers de son drame symboliste : La Fille aux mains coupées. VII

Commentaire : Citer sans connaître, c’est un exploit.

 

*« Mais comment puis-je vous parler de ces sottises, comment cela peut-il vous intéresser ? » s’écria la duchesse. Elle avait dit cette phrase à mi-voix et personne n’avait pu entendre ce qu’elle disait. VII

Commentaire : cri et chuchotement !

 

Sacré Marcel ! Je ne jurerais pas qu’il l’ait fait toujours exprès.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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