Quand Norpois trébuche sur la guerre russo-japonaise

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Quand Norpois trébuche sur la guerre russo-japonaise

 

La guerre russo-japonaise est citée dans quatre des sept tomes d’À la Recherche du Temps perdu…

Nul besoin d’être expert en stratégie militaire ou en histoire des conflits pour savoir que les deux empires se sont affrontés du 8 février 1904 au 5 septembre 1905 pour le contrôle de la Corée et de la Mandchourie. Les Nippons l’ont emporté, premiers Asiatiques à vaincre des Européens à la guerre.

Estampe japonaise de l'époque

Estampe japonaise de l’époque

 

Proust se régale de se moquer des analyses erronées du marquis de Norpois.

Une formule du diplomate, citée deux fois, dans Du côté de chez Swann et dans Le Temps retrouvé, donne pourtant l’avantage aux Japonais :

*(On n’avait pas encore importé d’Orient : « La victoire est à celui des deux adversaires qui sait souffrir un quart d’heure de plus que l’autre comme disent les Japonais ») [à propos de Norpois] I

*« la victoire appartient, comme disent les Japonais, à celui qui sait souffrir un quart d’heure de plus que l’autre » [Norpois cité par Charlus] VII

 

Mais M. de Norpois n’en croit pas moins à la supériorité des armées du tsar, ce qui fait pouffer les Bloch dans  À l’ombre des jeunes filles en fleurs et dans Le Côté de Guermantes :

*« Un critique militaire très fort, qui avait savamment déduit avec preuves à l’appui pour quelles raisons infaillibles dans la guerre russo-japonaise, les Japonais seraient battus et les Russes vainqueurs » ; [cité par Bloch père selon Bloch fils] II

*— N’ai-je pas lu de lui une savante étude où il démontrait pour quelles raisons irréfutables la guerre russo-japonaise devait se terminer par la victoire des Russes et la défaite des Japonais ? [Bloch fils sur Norpois qu’il juge « un peu gâteux »] III

 

Il ne reste plus qu’à donner « les dernières nouvelles de la guerre russo-japonaise » dans La Fugitive.

 

Au final, le baron de Charlus a beau jeu d’estimer, dans le tome ultime : « Norpois est plus fin je le reconnais, bien qu’il n’ait pas cessé de se tromper depuis le commencement. »

 

L’art de la prévision est particulièrement périlleux quand il porte sur l’avenir.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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