Quand le paratexte prime le texte : invitation à lire Bastianelli

Quand le paratexte prime le texte :

invitation à lire Bastianelli

 

 

Une œuvre ne se limite pas à elle-même. Elle doit être considérée avec ce qui la complète, les informations périphériques — tout le monde sait ça grâce à Gérard Genette.

La très séduisante collection Bouquins chez Robert Laffont vient de publier Proust-Ruskin, La Bible d’Amiens – Sésame et les Lys, édition établie, présentée et annotée par Jérôme Bastianelli.

Ainsi présenté, c’est un peu sec. Permettez-moi d’agrémenter l’information d’une approche personnalisée. J’ai acheté mon exemplaire à Chartres. C’est une ville admirable, d’abord pour sa cathédrale (qui n’a pas peu compté dans ma décision de m’installer à Illiers-Combray, à vingt-cinq kilomètres à peine de ses tours), mais aussi pour deux lieux que j’aime à fréquenter : L’Esperluète (une des plus belles et attachantes librairies de France) et L’Apostrophe, la médiathèque municipale installée dans l’ancienne grande poste réhabilitée par Paul Chemetov.

J’ai trouvé mon Proust-Ruskin chez la première…

1 L'Esperluete

 

… ai admiré la cathédrale du 5e étage de la seconde…

2 L'Apostrophe, vue sur la Cathédrale

 

… et ai ouvert le livre sur la terrasse d’un café voisin.

(Photos PL)

(Photos PL)

 

Et j’ai découvert un ouvrage dont les notes l’emportent sur son texte — ce n’est pas fréquent. Officiellement, il contient des livres de John Ruskin traduits par Marcel Proust, et les premiers textes du second sur le premier. L’ensemble, introduit par Jérôme Bastianelli, comporte trois niveaux de notes : celles de l’Anglais, celles du futur auteur de la Recherche, celles du maître d’œuvre de l’édition.

Avec des airs de mise en abyme, cela nous vaut un avertissement savoureux mais dont la recette est alambiquée : « Les Notes complémentaires sont signalées dans le texte par des appels en lettres minuscules (sauf les lettres i, v, et x, et la lettre l quand elle côtoie le chiffre 1), toutes les autres notes par des appels chiffrés (numéros arabes). Les appels de notes en chiffres romains minuscules (i, ii, iii) sont des notes dans les notes : soit de Proust relatives à des notes de Ruskin, soit de la présente édition à des notes de Proust ou a des notes de Ruskin ; elles sont placées immédiatement sous la note en chiffres arabes qu’elles concernent (de ce fait, la succession des notes en chiffre arabes en bas de page peut être interrompue par des notes en chiffres romains minuscules) »… Ouf ! j’ai l’air de me moquer, mais ce n’est pas le cas car cette méthode est inévitable et donne tout son goût au bouquin.

Du coup, le premier texte de Proust sur Ruskin, nécrologie du 27 janvier 1900, remplit trois pages, agrémentées de treize notes et suivies de huit pages de Notes complémentaires (JB).

Tout le paratexte donne son sel et sa saveur aux mille pages — et c’est enivrant.

Comme le quadragénaire Jérôme Bastianelli a un profil protéiforme (polytechnicien, pianiste et violoniste, proustien, haut fonctionnaire, critique musical, biographe — Mozart, Bach, Verdi, Mendelssohn, Tchaïkovski… jusqu’à Monpou), ses connaissances étourdissent tant il complète, précise, place dans le contexte. À l’image de Ruskin, il a une curiosité sans limites et ses notes prennent des allures de paperoles proustiennes.

 

Je ne sais pas encore comment je vais déguster ce pavé à 30 €. Il n’est pas impossible que, laissant les textes originaux dans l’assiette, je ne me délecte que de ses notes.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

Comments are closed.

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et