Pseudonyme

Pseudonyme

 

Qui, hormis le Héros, reconnaîtrait Bloch sous le nom de Jacques du Rozier ?

Idem : dans la vraie vie, qui ne sait que sous celui d’Anna P. se cache… ? Bien sûr que je ne révèlerai pas sa véritable identité. Un pseudonyme, c’est toujours troublant.

Il s’en trouve deux dans À la Recherche du Temps perdu : George Sand (nom de plume d’Aurore Dupin) et Jacques du Rozier (Albert Bloch).

 

*Saniette qui, depuis qu’il avait rendu précipitamment au maître d’hôtel son assiette encore pleine, s’était replongé dans un silence méditatif, en sortit enfin pour raconter en riant l’histoire d’un dîner qu’il avait fait avec le duc de La Trémoïlle et d’où il résultait que celui-ci ne savait pas que George Sand était le pseudonyme d’une femme. Swann qui avait de la sympathie pour Saniette crut devoir lui donner sur la culture du duc des détails montrant qu’une telle ignorance de la part de celui-ci était matériellement impossible; mais tout d’un coup il s’arrêta, il venait de comprendre que Saniette n’avait pas besoin de ces preuves et savait que l’histoire était fausse pour la raison qu’il venait de l’inventer il y avait un moment. I

*Presque aussitôt après quelqu’un parla de Bloch, je demandai si c’était du jeune homme ou du père (dont j’avais ignoré la mort, pendant la guerre, d’émotion avait-on dit de voir la France envahie). « Je ne savais pas qu’il eût des enfants, je ne le savais même pas marié, me dit la duchesse. Mais c’est évidemment du père que nous parlons, car il n’a rien d’un jeune homme », ajouta-t-elle en riant. Il pourrait avoir des fils qui seraient eux-mêmes déjà des hommes ». Et je compris qu’il s’agissait de mon camarade. Il entra d’ailleurs au bout d’un instant. J’eus de la peine à le reconnaître. D’ailleurs, il avait pris maintenant non seulement un pseudonyme, mais le nom de Jacques du Rozier, sous lequel il eût fallut le flair de mon grand-père pour reconnaître la « douce vallée » de l’Hébron et les « chaînes d’Israël » que mon ami semblait avoir définitivement rompues. Un chic anglais avait en effet complètement transformé sa figure et passé au rabot tout ce qui se pouvait effacer. Les cheveux jadis bouclés, coiffés à plat avec une raie au milieu brillaient de cosmétique. Son nez restait fort et rouge mais semblait plutôt tuméfié par une sorte de rhume permanent qui pouvait expliquer l’accent nasal dont il débitait paresseusement ses phrases, car il avait trouvé, de même qu’une coiffure appropriée à son teint, une voix à sa prononciation où le nasonnement d’autrefois prenait un air de dédain particulier qui allait avec les ailes enflammées de son nez. Et grâce à la coiffure, à la suppression des moustaches, à l’élégance du type, à la volonté, ce nez juif disparaissait comme semble presque droite une bossue bien arrangée. Mais surtout, dès que Bloch apparaissait, la signification de sa physionomie était changée par un redoutable monocle. VII

 

Quant à Anna P., j’ai déjà eu l’occasion de vous parler d’elle (voir les chroniques Prendre le thé chez Elstir, Les apparentements terribles de M. Wauquier, L’éléphant, le géant et le temps) car je prends toujours plaisir à lire son « Journal d’une thésarde », intelligent et pétillant blogue proustien (http://culturebox.francetvinfo.fr/des-mots-de-minuit/journal-dune-thesarde/). Elle signe Anna P., mais sa vraie identité est autre. Si elle s’abrite derrière un pseudonyme, c’est qu’elle considère que ses activités de doctorante lui interdisent de se dévoiler. Respectons cette discrétion.

J’ai eu envie de la rencontrer et notre rendez-vous vient d’avoir lieu sur la rive gauche d’une capitale française (que je ne puis préciser pour ne pas donner d’indice qui se retournerait contre elle). Ai-je le droit de vous dire que son vrai prénom est… ? Non. La chronique s’annonce ardue, mais je me dois de ne donner aucune information qui ferait voler son masque. Toute indication physique est risquée, mais je vais oser révéler qu’elle n’a pas le crâne rasé, que ses yeux ne louchent pas, qu’elle a toutes ses dents et qu’elle est ingambe. N’en ai-je pas trop dit ? Je tremble.

Assez audacieux, je vous livre une photo d’Anna.

583 Anna P

Elle a été prise à l’issue de notre déjeuner dans un établissement où l’on peut se nourrir (comprenez que je reste vague).

583 Facture restaurant

 

Un indice enfin, sans divulguer quoi que ce soit d’imprudent : nous avons parlé d’un écrivain que nous avons en commun (les plus futés d’entre vous saurons deviner sans mettre en péril Gertrude, non, Émilie, non, Rosetta, non, Apolline, non, Rachel, non, Diane, non…).

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

5 comments to “Pseudonyme”

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  1. Ouh là là, tremblez, Patrice : la main d’Anna P, (non : « X »), est fine, belle, jeune, et elle sort d’un gilet d’un beau beige marronné. Franchement, vous devriez avoir honte d’avoir ainsi révélé ces caractéristiques essentielles : songez à leur utilisation potentielle par des cerveaux mal intentionnés…

    Et nous pouvons aussi déduire qu’elle aime soit la fricassée de canard, soit le tartare thaï. Et qu’elle boit de l’eau minérale. Et qu’elle boit son café sans manger d’abord la petite meringue.

    C’est énorme.

    Alertez la presse !

  2. Si on cherche Anna P. dans G…le, on obtient cent soixante quatre millions de résultats et quarante trois pages d’images où ne figure d’ailleurs pas celle de sa main.
    En cherchant dans B..g, on obtient deux cent quinze millions de résultats et un nombre d’images que je n’ai pas essayé de compter.
    Donc Anna P. peut-être tranquille, son anonymat n’est pas à la veille d’être percé. Elle est une sorte d’aiguille dans une meule de foin.

  3. And…no ring. 😉

    From another who relishes privacy, thank you for introducing Anna P’s blog to us.

    Thinking about Anna P., the next generation of Proustians, and technology.
    I am ‘experimenting’ with Twitter’s livestreaming App, Periscope.

    Jean Findlay will be speaking about her biography, « Chasing Lost Time: The Life of C.K. Scott Moncrieff, May 14, 19 and 21.
    I hope to get her permission to video/livestream a few minutes, which you will be able to watch on my Twitter account.
    I will update the exact time, nearer to the date.

    Naturally, wishing someone would livestream (Periscope or Meerkat) Laure Hillerin’s talk on her biography-May 16th.
    II wouldn’t understand a word, but just to ‘be there.’ 😉

  4. Considérons que la demoiselle est « toujours » doctorante… (après tout, peut-être a-t-elle déjà soutenue sa thèse avec succès…).

    En parcourant un site spécialisé avec une recherche avancée sur Marcel Proust, on obtient vingt-huit résultats. Dans un de ses articles, Anna P. évoque sa  » directrice de thèse  » (mais peut-être s’agit-il là d’un piège ?!). Si on élimine les directeurs de thèse masculins, il ne reste plus que douze résultats et… sur cette liste de douze doctorants, combien de filles ? Là est la difficulté. On peut sans encombre prétendre que cinq prénoms à consonance française appartiennent à la gent féminine. Mais qu’en est-il exactement de Shiho T., Guangyu W., Sarawut R. et quelques autres ?! Bigre ! Je n’ose poursuivre mes recherches. Cependant, je pencherais plutôt pour… Chut ! N’entravons pas un secret si bien gardé.

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