Le prince Eugène retrouvé

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Le prince Eugène retrouvé

 

On n’en a jamais fini avec un projet à vocation exhaustive.

Je croyais avoir livré la totalité des reproductions d’œuvres d’art citées dans À la Recherche du Temps perdu (voir Œuvres d’art dans le bandeau supérieur de la page d’accueil). Eh bien, pas tout à fait.

J’avais oublié Eugène de Beauharnais (1781-1824), fils adoptif de Napoléon 1er. Il est le fils du vicomte Alexandre de Beauharnais, un jeune aristocrate, sous-lieutenant au régiment du duc de la Rochefoucauld, le Sarre-Infanterie, et de Marie-Josèphe Tascher de la Pagerie, rebaptisée Joséphine par son second époux, le futur empereur. Après la campagne de 1805, il épouse la princesse Augusta-Amélie de Bavière et Napoléon l’investit du titre de Prince de Venise, le déclare son fils adoptif et l’héritier présomptif de la couronne d’Italie.

 

Il est gravé dans Le Côté de Guermantes, à propos d’Aimé :

*Dans l’hôtel de province où il avait servi bien des années avant de venir à Balbec, le joli dessin, un peu jauni et fatigué maintenant, qu’était sa figure, et que pendant tant d’années, comme telle gravure représentant le prince Eugène, on avait vu toujours à la même place, au fond de la salle à manger presque toujours vide, n’avait pas dû attirer de regards bien curieux. Il était donc resté longtemps, sans doute faute de connaisseurs, ignorant de la valeur artistique de son visage, et d’ailleurs peu disposé à la faire remarquer, car il était d’un tempérament froid. III, 112

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La lecture du Proust-Ruskin établi, présenté et annoté par Jérôme Bastianelli (Bouquins, Robert Laffont, 2015) m’apprend que la gravure du prince Eugène est une réminiscence proustienne de la Préface sur la lecture qui ouvre le ruskinien Sésame et les Lys :

*Quant à la photographie par Brown du Printemps de Botticelli ou au moulage de la Femme inconnue du musée de Lille, qui, aux murs et sur la cheminée des chambres de Maple, sont la part concédée par William Morris à l’inutile beauté, je dois avouer qu’ils étaient remplacés dans ma chambre par une sorte de gravure représentant le prince Eugène, terrible et beau dans son dolman, et que je fus très étonné d’apercevoir une nuit, dans un grand fracas de locomotives et de grêle, toujours terrible et beau, à la porte d’un buffet de gare, où il servait de réclame à une spécialité de biscuits. Je soupçonne aujourd’hui mon grand-père de l’avoir autrefois reçu, comme prime, de la munificence d’un fabricant, avant de l’installer à jamais dans ma chambre.

599 Gravure Le Prince Eugène

 

Oubli réparé.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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