Et si…

Et si…

 

Que se serait-il passé si Proust avait rêvé de devenir peintre plutôt qu’écrivain ?

La réponse relève de l’uchronie.

Le mot est un néologisme formé par le philosophe Charles Renouvier en 1857 et qu’il illustre dans son livre Uchronie, l’utopie — la première formée sur le modèle de la seconde : « u » négatif et « chronos » (temps), comme « topos » (lieu).

L’uchronie désigne donc un « non-temps », un temps qui n’existe pas, ce que les Anglo-Saxons nomment « alternate history ».

Blaise Pascal en est l’illustre précurseur avec sa célèbre Pensée : « Le nez de Cléopâtre : s’il eût été plus court, toute la face du monde aurait changé. »

Cléopâtre (et son nez)

 

Plus modestement et récemment, le Blogobole a commis un ouvrage dans lequel André Breton ne voit pas la revue d’Aimé Césaire dans la vitrine d’une mercerie de Fort-de-France en 1941, ne rencontre donc pas son auteur, ne lui trouve pas du génie et ne lui assure pas une notoriété internationale (Le Ruban de la fille du pape, Fantaisie historique, Ibis rouge, 2008). Le destin du grand martiniquais en aurait été modifié, bouleversé, métamorphosé.

Le ruban de la fille du pape

 

L’idée d’appliquer au Marcel que nous chérissons ce « Que se serait-il passé si… » me vient à la lecture du commentaire de l’excellent Stephen Camburn (voir la chronique SOS aubépines). L’ami d’Alan Halliday et le peintre lui-même se désolent de l’état des aubépines de la haie du Pré Catelan, qui étaient « amazing » à l’époque d’À la Recherche du Temps perdu. Et il ose un scénario inouï : « What we have now is a poor vestige which — if Marcel had seen — he wou¨ld probably not even have written about. »

Sans une ligne sur les aubépines, que deviendrait l’œuvre, n’en serait-elle pas méconnaissable, avec les effets induits — « domino » ou « papillon » ? L’hypothèse est diabolique, l’idée drolatique.

 

Alors divertissons-nous. Prolongeons le scénario de l’iconoclaste britannique : Si Charlus n’était pas… Et si Albertine était… Et si Balbec… Et si la madeleine… Etc.

 

À vous de jouer. Croyez-en un expert : l’uchronie ne vaut que si elle ne s’interdit rien.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Divertissement/ AUTHOR : patricelouis

6 comments to “Et si…”

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  1. Les pavés de l’hôtel de Guermantes, s’ils eussent été mieux alignés, la face de la littérature aurait changé.

  2. La guerre de 14-18, si elle n’eut pas eu lieu, la face de la Recherche aurait été changée.

  3. Si le petit Marcel n’avait pas été asthmatique, le personnage central de la Recherche aurait été un chat. Angora…

  4. Le nez de Bergotte, s’il eut été plus droit, l’admiration du héros aurait elle changé?
    S’il n’y avait pas eu d’armée bulgare, la diffusion du fusil à répétition aurait elle été changée?

  5. Et posons donc la question « essentielle », Fétiveau : que ce serait-il passé si le petit pan de mur avait été rose ? (sourire).

  6. Si Bergotte avait été socialiste, il aurait pu en effet par une illusion idéologique voir un mur rose. Mais sa littérature aurait été toute autre, et aurait peut-être conduit le Héros à donner sa fortune aux pauvres, au lieu de la gaspiller pour Albertine.
    Il aurait pu se faire aussi qu’il soit de ceux qui voient une robe noire et bleue comme blanche et or( ce qui est le cas de votre serviteur), ce qui conduirai aussi à voir du rose où il y a du jaune.

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