Cachez ce sein…

Cachez ce sein…

 

La crétinerie à ce point relève du grand art… La censure s’est signalée la semaine dernière à propos de la vente, chez Christie’s à New York, du tableau Les Femmes d’Alger de Pablo Picasso : 179 millions de dollars — frais inclus, j’espère, pour le fortuné acquéreur — record mondial.

L’information a fait la « une » des médias du monde entier. Mais, certains téléspectateurs américains n’ont pas eu droit à voir l’œuvre toute nue — si j’ose dire : Fox 5, la chaîne new-yorkaise du groupe Fox, a pris la décision de ne pas montrer les poitrines des femmes représentées sur la toile. Elle les a floutées.

601 Picasso flouté

 

Jerry Saltz, critique d’art du New York Magazine, s’est interrogé sur Twitter : « À quel point les conservateurs et Fox News sont-ils sexuellement perturbés ? #EspritsMalades ».

Pour ma part, je trouve que nos distingués censeurs ont failli en ne floutant pas les fesses picassiennes.

 

Aussi évocateurs que les images, les mots ne devraient-ils pas subir le même sort. ? Allons-y gaîment et testons l’interdit sur quatre extraits d’À la Recherche du Temps perdu :

*Une sainte avait les joues pleines, le s*** ferme et qui gonflait la draperie comme une grappe mûre dans un sac de crin… Du côté de chez Swann

*[Le Dr Cottard au Héros :] Tenez, regardez, ajouta-t-il en me montrant Albertine et Andrée qui valsaient lentement, serrées l’une contre l’autre, j’ai oublié mon lorgnon et je ne vois pas bien, mais elles sont certainement au comble de la jouissance. On ne sait pas assez que c’est surtout par les s*** que les femmes l’éprouvent. Et, voyez, les leurs se touchent complètement. Sodome et Gomorrhe

*Avant qu’Albertine m’eût obéi et m’eût laissé enlever ses souliers, j’entr’ouvrais sa chemise. Ses deux petits s*** haut remontés étaient si ronds qu’ils avaient moins l’air de faire partie intégrante de son corps que d’y avoir mûri comme deux fruits ; et son ventre (dissimulant la place qui chez l’homme s’enlaidit comme du crampon resté fiché dans une statue descellée) se refermait à la jonction des cuisses, par deux valves d’une courbe aussi assoupie, aussi reposante, aussi claustrale que celle de l’horizon quand le soleil a disparu. La prisonnière

*Toujours le lieu actuel avait été vainqueur ; toujours c’était le vaincu qui m’avait paru le plus beau ; si beau que j’étais resté en extase sur le pavé inégal comme devant la tasse de thé, cherchant à maintenir aux moments où il apparaissait, à faire réapparaître dès qu’ils m’avaient échappé, ce Combray, ce Venise, ce Balbec envahissants et refoulés qui s’élevaient pour m’abandonner ensuite au s*** de ces lieux nouveaux, mais perméables pour le passé. Le Temps retrouvé

 

Dans la Recherche, il y a soixante-deux occurrences du mot que le Tartuffe de Molière « ne saurai[t] voir »— (et aucune du mot « fesse !).

 

Je vous dois un aveu : ainsi censuré, Proust m’excite encore plus !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “Cachez ce sein…”

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  1. In the environment I was raised, « cheeks » could be a substitute for « derriere. »
    http://www.thesaurus.com/browse/derriere
    http://alarecherchedutempsperdu.com/search/node/joues

    I’m also thinking of Legrandin outside the church.

  2. C’est d’autant plus idiot que le tableau peut être vu, non flouté, sur n’importe quel moteur de recherche.

    Mais peut-être certains moteurs-censeurs disposent-ils d’une application de floutage automatique.

    C’est vraiment du floutage de gueule LOL comme disent les « jeuns » (prononcez djeunse).

    Cordialement.
    Gérard

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