Proust au cinéma : « Pas son genre »

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Proust au cinéma : « Pas son genre »

 

À lui seul, le titre fait lever les oreilles des Proustiens…

La référence à la dernière phrase d’Un Amour de Swann, la deuxième partie de Du côté de chez Swann, n’est naturellement pas fortuite. C’est Charles Swann qui parle : « Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’était pas mon genre ! »

 

« Pas son genre » est un film de Lucas Belvaux, en 2014, tiré du roman du même nom de Philippe Vilain (Grasset, 2011), et diffusé ces jours-ci sur Canal +.

Pas son genre 1, le filmPas son genre 2, le livre

 

 

 

 

 

 

 

 

L’histoire : Clément (Loïc Corbery), jeune professeur de philosophie parisien est affecté à Arras pour un an. Loin de Paris et ses de « Deux Magots », il ne sait pas à quoi occuper son temps libre. Il rencontre Jennifer (Émilie Dequenne), jolie coiffeuse, qui devient sa maîtresse. Si la vie de Clément est régie par Kant ou Proust, celle de Jennifer est rythmée par la lecture de romans populaires, de magazines « people » et de soirées karaoké avec ses copines. Cœurs et corps sont libres pour vivre le plus beau des amours mais cela suffira-t-il à renverser les barrières culturelles et sociales ? Même si le Parisien intello ne considère pas la philosophie comme de la « masturbation intellectuelle » mais comme un « sport de combat », face à la shampouineuse provinciale qui, moderne Odette, prononce « Djénifeur » — « c’est anglais » —, la réponse est non.

 

Les renvois à la Recherche ne manquent pas : l’extrait où l’on « coupe les cheveux en quatre » que Clément lit à Jennifer, la quête qu’il mène d’un lieu public à l’autre — comme Charles sur les Boulevards, Dostoievski qu’elle ne connaît pas comme Odette n’a « jamais entendu parler » de Ver Meer, le voyage sans lui dont elle l’informe (pas une croisière en Méditerranée avec les Verdurin mais un séjour à Djerba avec ses copines) ou, subliminalement, la façon qu’elle a de ponctuer certaines phrases de l’expression « Genre ! »…

On ne s’étonnera pas qu’au Festival du film de Cabourg, « Pas son genre » ait reçu le Swann d’or du meilleur film, de la meilleure actrice et du meilleur acteur.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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  1. Ce que vous en dites fait aussi penser à la « Dentellière » – ce film d’antan qui vit éclore Isabelle Huppert, or perso je vois toujours Albertine dans l’Huppert de ses années-là, car elle avait encore de larges joues rondes et un teint qui lui aurait permis d’incarner l’héroïne proustienne… Je vais essayer d’aller le voir, mais bon, l’agenda commence à être entièrement noirci !

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