Livre de comptes

Livre de comptes

 

En pièces, en billets, en ordre de banque, l’argent s’accumule dans À la Recherche du temps perdu.

 

Il y en a pour tous les budgets… L’œuvre de Proust jongle avec l’argent, des plus petites sommes (un sou) aux colossales fortunes (cinq milliards). Entre ces deux extrémités, l’argent est partout et tout, à commencer par les êtres, a sa valeur.

 

Le Blogobole n’a pas ménagé sa peine — mais pour vous, que ne tenterait-il pas ? — en faisant l’inventaire complet des sommes citées dans À la Recherche du Temps perdu.

 

Afin que la lectrice et le lecteur du XXIe siècle s’y retrouvent, voici de quoi comprendre les monnaies d’alors et leur valeur aujourd’hui : Le franc retenu est celui d’avant la guerre de 1914 et arrondi à l’équivalent de trois euros ; le sou est le vingtième du franc, soit cinq centimes ; le louis équivaut à vingt francs.

1 centime recto 1 centime verso

Un franc

Cinq francs

Cent francs

Pourboires

Du père Chenut aux cochers : un sou. II

Du Héros au lift de Balbec : 100 sous. IV

D’un généreux à un télégraphiste : 100 sous. II

Du Héros à une crémière pour une lettre à porter (mission finalement annulée) : 5 F. V

Du Héros à un chauffeur : 10 F. (chiffre corrigé par Françoise : 43 F.) V

D’une dame en gris aux bains : 10 F. VI

De Charlus à un employé de train : 20 F. IV

 

Prêts

De Charlus à Mme de Villeparisis : 3 000 F. (elle rend 2 9 90 « et quelque ») III

*Du Héros à Albertine : 3 000 F. (qu’elle lui rend « presque de force ») VI

*De Bloch à Morel : 4 000 F. (mais il ne réclame le remboursement que de 3 500 F.) V

*De Nissim Bernard à Morel via Bloch : 5 000 F V

*De Charlus à Morel via le Héros : 5 000 F. V

-Réclamé par Morel à Charlus : 25 000 F. (« pour une chose affreuse » et que le baron lui refuse). IV

 

Le prix des choses

Une bille : 1 sou.

Sel à l’épicerie Camus : 2 sous. I

Une cabinet au pavillon des Champs-Élysées : 2 sous. III

Un bigorneau : 2 sous. V

Location d’un fauteuil au jardin des Champs-Élysées : 10 centimes. I

Escargots : 6 sous la douzaine. V

Un oignon : 8 sous. V

Le thé chez Jupien : 15 centimes. V

Une bille d’agathe : 50 centimes. I

Billet de train Donville-Féterne/La Sogne : 20 sous.

Des œillets et une rose achetés par Charlus : 40 sous.

Du beurre pour faire une sauce blanche : 5 F. la livre. VI

Un mandat télégraphique : 6, 75 F. III

La location de la cabine royale à Balbec : 20 F. II

Un bouquet de roses : 20 F. III

Une bouteille de champagne : 40 F. (dans une « maison ») IV

Une leçon donnée par Morel : 40 F (ou 2 louis) IV

Le prix d’une course du Héros en voiture : 45 F. VVII

Des toiles d’un peintre génie méconnu : 50 F. pièce

Une chambre d’hôtel au bord de la mer : 100 F. I

Une pierre reconstituée : 300 F. I

Le droit d’entrée en Angleterre : 300 F. IV

La prestation d’un musicien pour une soirée pour Charlus : 500 F. IV

Un chapeau de la duchesse de Guermantes : 500 F. IV

Une bague pour une inconue : 1 000 F. II

Une toilette de Callot : 2 000 F (contre 300 F. chez un couturier quelconque). II

Un rubis : 3 000 F. I

L’appartement de Saniette : 6 500 F. V

Une fourrure : 8 ou 9 000 F. V

Des soupers fins dans un château à Bayreuth : quelques milliers de F. I

Un tableau d’Elstir : plusieurs milliers de F. III

Le portrait du Dr Cottard par Machard : 10 000 F. I

Une potiche de vieux Chine : 10 000 F. (le Héros, vendeur, en espérait 1 000 du marchand) II

Un collier chez Boucheron : 30 000 F. III

L’entretien d’un yacht : 200 000 F. par an VI

Des costumes authentiques et des bijoux vrais pour le théâtre : des centaines de milliers de F. IV

Le château de Brézé, propriété de M. de Charlus : plusieurs millions de F. III

Un bouquet de violettes : 5 milliards de F. IV

 

L’amour tarifé

Une passe : 1 louis. III

Une « passe » de Rachel dans une « maison » : 20 F. III

De Charlus à Maurice pour se faire « taper à tour de bras » : 50 F. VII

Du Héros à une fillette qu’il berce sur ses genoux : 500 F. (les parents les lui rendent expliquant qu’ils ne mangent « pas de ce pain-là ») VI

Le prix de Rachel : 50 000 F. (selon un ami qui ne la considère pas comme une cocotte —«  ce n’est pas une femme qu’on paye, ou alors ce serait trop cher »). Somme payée par Saint-Loup, qui « l’a eu une fois ». III

 

 

Libéralités :

*De la mère du Héros à son fils : 5 F. I

*Du Héros pour Albertine : lui laisser 50 000 F de rente avant de se tuer VI ; Albertine rêve de 300 000 F de rente V ; Vivre sur un pied de 500 000 F par an VI ; Somme que le héros est prêt à laisser à Albertine avant de se tuer : 50 000 F (sa dernière rente). VI ; Un yacht (Le Cygne) et une Rolls-Royce

*De Swann à Odette : 4 000 F par mois, puis 5 000, puis  6 000, puis 6 ou 7 000, I

*D’une amie d’Odette à un poète : Plus de 300 00 F (qu’il « lui a croqué »). I

*De Saint-Loup à Rachel : Plus de 100 000 F par an III ; plus d’un million. III

*De Saint-Loup à une femme pour le comité électoral de son mari : 30 000 F. VI

*De tante Léonie à Eulalie (selon Françoise) : 4 000 F. (moins de 50 F. selon le Héros) VI

*Des Verdurin à Saniette (envisagé) : 10 000 F. pendant trois ans. V

*De Jeanne l’Algérienne à Julot : 5 F. VII

 

 

Revenus

*De Jeanne l’Algérienne en maison : plus de 50 F. VII

*Le père Morel, intendant chez l’oncle Adolphe : 30 000 F. par an (de fixe) IV

 

Patrimoine (Voir chronique Riches à millions, cœurs à prendre)

*M. de Guermantes : 30 millions F. III

*Mme Verdurin : 35 millions F. IV

*Gilberte de Forcheville : 100 millions  F. VI

 

Dot

*Mlle d’Entragues : 20 millions de F. (insuffisant pour Mme de Marsantes) VI

 

Legs

*Du père Swann à son fils : 4 ou 5 millions F. I

*D’un inconnu tel que le Héros le rêve : cent millions. VI

 

Spéculation

*La montée des cours de la De Beers par des achats faits par des « hommes de la Bourse » : 1 000 F. VII

 

Vénalité 

*Un ministre et la grève des ouvriers au Canada : 200 000 F. (« pour ça ») III

 

Dette

*Du prince d’Agrigente à un chasseur : 25 louis. IV


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “Livre de comptes”

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  1. J’avais une grand-mère qui comptait encore en sous, mais ça n’allait que jusqu’à cent sous, c’est à dire cinq francs. Après, c’était par exemple cinq franc dix sous. Quant aux louis, ils n’en était pas question.

  2. Eh bien moi, c’est gratuitement que j’ai eu la chance d’entendre Véronique Aubouy résumer la Recherche « en une heure », hier, à la Courneuve, lors de la clôture du festival « hors limites », et je peux vous garantir que ce n’était pas cher payé… C’était vivant, amusant, remarquable et diaboliquement intelligent. Cher Patrice, je crois que vous auriez, comme moi, fait des petits bonds sur votre chaise, à voir la manière dont Véronique arrive à entraîner son public, non sur un passage précis, mais sur une sorte d’image tremblée et pourtant ressemblante de l’ensemble de la Recherche (un peu comme une Cathédrale de Rouen peinte par Monet), malgré les inévitables ellipses (Les Verdurin cités une seule fois, pas d’évocation de l’affaire Dreyfus ni de la guerre de 14-18, etc.) que l’exercice comporte. Vraiment du bonheur, et les applaudissements d’une salle non-lectrice de la Recherche (mais beaucoup vont s’y mettre, du coup !) étaient à la hauteur de l’entreprise !

    J’aime vraiment beaucoup Véronique, et elle sort en ce moment un film sur Anne-Marie Schwarzenbach…

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