Façons de parler (3) : accents d’ici et d’ailleurs

Façons de parler (3) : accents d’ici et d’ailleurs

 

Il n’y a pas que des accents de sincérité dans À la recherche du temps perdu

Le parler des personnages se plait dans les variations musicales.

Il n’est nul besoin d’être étranger pour faire entendre un accent. Le meilleur exemple est la chère Odette. Est-ce parce qu’elle a été « livrée » à un riche anglais dans sa toute jeunesse ? Toujours est-il qu’elle aura toujours une coquetterie dans la voix venue d’Outre-Manche. Elle l’a déjà en « dame en rose ». Il est toujours remarqué dans Le Temps retrouvé.

Ces intonations british, Bloch les possède également mais à mauvais escient puisqu’il prononce « laïft » pour « lift » et « Venaïce » pour « Venice ». Lui explique-t-on qu’il se goure ? Superbe, il répond : « Cela n’a d’ailleurs aucune espèce d’importance. » En revanche, l’accent anglais d’une grand’mère au téléphone est logique : celle qui parle est sujette britannique.

 

Autres accents ? Le russe de la princesse Sherbatoff et de deux clients de l’hôtel de Jupien, le canadien entendu dans le même établissement, l’autrichien de la princesse d’Orvillers, le rastaquouère de Cottard, le multiple du directeur cosmopolite du Grand–Hôtel et l’allemand du prince von Faffenheim-Munsterburg-Weinigen qui prononce  « Ponchour », « Matame », « arshéologue », « pêtes », « praves » et « payssans ».

 

L’accent peut avoir une cause physique — ainsi, le « nasal » de Bloch devenu Jacques du Rozier.

 

Les provinces offrent leur lot d’accents, à commencer par celui de la duchesse de Guermantes qui, toute vieille France qu’elle soit, s’enorgueillit de parler comme une paysanne. C’est de famille, une particularité des Guermantes — qui, d’ailleurs, déteint sur son ami Swann.

Si l’accent de Morel est « étrange », celui d’Andrée vient du Périgord et celui de Rosemonde du Nord.

Enfin, la mère du Héros reprend Mme de Sévigné, à propos d’Albertine, en soulignant la qualité de ne pas avoir « l’accent de Rennes ».

Demain, le français écorché.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits :

Allemand

Le prince von Faffenheim-Munsterburg-Weinigen a un fort accent allemand. Il prononce  « Ponchour » (bonjour), « Matame » (madame), « arshéologue » (archéologue), « pêtes » (bêtes), « praves » (braves) , « payssans » (paysans).

 

Anglais

Odette

*— Comme il est gentil ! il est déjà galant, il a un petit œil pour les femmes : il tient de son oncle. Ce sera un parfait gentleman, ajouta-t-elle en serrant les dents pour donner à la phrase un accent légèrement britannique. « Est-ce qu’il ne pourrait pas venir une fois prendre a cup of tea, comme disent nos voisins les Anglais ; il n’aurait qu’à m’envoyer un « bleu » le matin. I

*Mme Swann tenait beaucoup à ce « thé » ; elle croyait montrer de l’originalité et dégager du charme en disant à un homme : « Vous me trouverez tous les jours un peu tard, venez prendre le thé », de sorte qu’elle accompagnait d’un sourire fin et doux ces mots prononcés par elle avec un accent anglais momentané et desquels son interlocuteur prenait bonne note en saluant d’un air grave, comme s’ils avaient été quelque chose d’important et de singulier qui commandât la déférence et exigeât de l’attention. II

*elle était entourée de Saxe (aimant cette dernière sorte de porcelaine, dont elle prononçait le nom avec un accent anglais II

*Cette voix était restée la même, inutilement chaude, prenante, avec un rien d’accent anglais. VII

 

Lift et Venice

*Pour ce qui est de « laïft », cela avait d’autant moins lieu de me surprendre que quelques jours auparavant, Bloch m’ayant demandé pourquoi j’étais venu à Balbec (il lui semblait au contraire tout naturel que lui-même y fût) et si c’était « dans l’espoir de faire de belles connaissances », comme je lui avais dit que ce voyage répondait à un de mes plus anciens désirs, moins profond pourtant que celui d’aller à Venise, il avait répondu : « Oui, naturellement, pour boire des sorbets avec les belles madames, tout en faisant semblant de lire les Stones of Venaïce, de Lord John Ruskin, sombre raseur et l’un des plus barbifiants bonshommes qui soient. » Bloch croyait donc évidemment qu’en Angleterre, non seulement tous les individus du sexe mâle sont lords, mais encore que la lettre i s’y prononce toujours . Quant à Saint-Loup, il trouvait cette faute de prononciation d’autant moins grave qu’il y voyait surtout un manque de ces notions presque mondaines que mon nouvel ami méprisait autant qu’il les possédait. Mais la peur que Bloch apprenant un jour qu’on dit Venice et que Ruskin n’était pas lord, crût rétrospectivement que Robert l’avait trouvé ridicule, fit que ce dernier se sentit coupable comme s’il avait manqué de l’indulgence dont il débordait et que la rougeur qui colorerait sans doute un jour le visage de Bloch à la découverte de son erreur, il la sentit par anticipation et réversibilité monter au sien. Car il pensait bien que Bloch attachait plus d’importance que lui à cette faute. Ce que Bloch prouva quelque temps après, un jour qu’il m’entendit prononcer « lift », en interrompant : « Ah ! on dit lift. » Et d’un ton sec et hautain : « Cela n’a d’ailleurs aucune espèce d’importance. » II

 

*on vint me chercher de mon hôtel ; on m’avait demandé de la poste au téléphone. J’y courus car elle allait fermer. Le mot interurbain revenait sans cesse dans les réponses que me donnaient les employés. J’étais au comble de l’anxiété car c’était ma grand’mère qui me demandait. Le bureau allait fermer. Enfin j’eus la communication. « C’est toi, grand’mère ? » Une voix de femme avec un fort accent anglais me répondit : « Oui, mais je ne reconnais pas votre voix. » Je ne reconnaissais pas davantage la voix qui me parlait, puis ma grand’mère ne me disait pas « vous ». Enfin tout s’expliqua. Le jeune homme que sa grand’mère avait fait demander au téléphone portait un nom presque identique au mien et habitait une annexe de l’hôtel. M’interpellant le jour même où j’avais voulu téléphoner à ma grand’mère, je n’avais pas douté un seul instant que ce fût elle qui me demandât. Or c’était par une simple coïncidence que la poste et l’hôtel venaient de faire une double erreur. III

 

Autrichien

*C’était la princesse d’Orvillers, fille naturelle, disait-on, du duc de Parme, et dont la douce voix se scandait d’un vague accent autrichien. Elle s’avançait, grande, inclinée, dans une robe de soie blanche à fleurs, laissant battre sa poitrine délicieuse, palpitante et fourbue, à travers un harnais de diamants et de saphirs. Tout en secouant la tête comme une cavale de roi qu’eût embarrassée son licol de perles, d’une valeur inestimable et d’un poids incommode, elle posait çà et là ses regards doux et charmants, d’un bleu qui, au fur et à mesure qu’il commençait à s’user, devenait plus caressant encore, et faisait à la plupart des invités qui s’en allaient un signe de tête amical. « Vous arrivez à une jolie heure, Paulette ! dit la duchesse. — Ah ! j’ai un tel regret ! Mais vraiment il n’y a pas eu la possibilité matérielle », répondit la princesse d’Orvillers qui avait pris à la duchesse de Guermantes ce genre de phrases, mais y ajoutait sa douceur naturelle et l’air de sincérité donné par l’énergie d’un accent lointainement tudesque dans une voix si tendre. IV

 

Canadien

*Quelques-uns [des clients de l’hôtel de Jupien] réclamaient surtout des Canadiens, subissant peut-être à leur insu le charme d’un accent si léger qu’on ne sait pas si c’est celui de la vieille France ou de l’Angleterre. VII

 

Rastaquouère

*« Ié coupe », dit, en contrefaisant l’accent rastaquouère, Cottard IV

 

Russe

*La princesse [Sherbatoff] nous apprit que le jeune violoniste était retrouvé. Il avait gardé le lit la veille à cause d’une migraine, mais viendrait ce soir et amènerait un vieil ami de son père qu’il avait retrouvé à Doncières. Elle l’avait su par Mme Verdurin avec qui elle avait déjeuné le matin, nous dit-elle d’une voix rapide où le roulement des r, de l’accent russe, était doucement marmonné au fond de la gorge, comme si c’étaient non des r mais des l. IV

*Pendant ce temps, deux clients très élégants, en habit et cravate blanche sous leurs pardessus – deux Russes me sembla-t-il à leur très léger accent – se tenaient sur le seuil et délibéraient s’ils devaient entrer. VII

 

Divers

*le directeur [du Grand-Hôtel de Balbec], sorte de poussah à la figure et à la voix pleines de cicatrices (qu’avait laissées l’extirpation sur l’une, de nombreux boutons, sur l’autre des divers accents dus à des origines lointaines et à une enfance cosmopolite) II

 

Bloch

*Son nez restait fort et rouge mais semblait plutôt tuméfié par une sorte de rhume permanent qui pouvait expliquer l’accent nasal dont il débitait paresseusement ses phrases, car il avait trouvé, de même qu’une coiffure appropriée à son teint, une voix à sa prononciation où le nasonnement d’autrefois prenait un air de dédain particulier qui allait avec les ailes enflammées de son nez. VII

 

Oriane

*[Sur Mme d’Heudicourt :] elle est bête comme un (heun) oie, dit d’une voix forte et enrouée Mme de Guermantes, qui, bien plus vieille France encore que le duc quand il n’y tâchait pas, cherchait souvent à l’être, mais d’une manière opposée au genre jabot de dentelles et déliquescent de son mari et en réalité bien plus fine, par une sorte de prononciation presque paysanne qui avait une âpre et délicieuse saveur terrienne. III

*— Mais vous savez bien que je ne sais rien expliquer, moi, je suis eun bête, je parle comme une paysanne. V

Ça m’étonne même, quand j’y pense, qu’une paysanne comme moi qui n’ai que l’éducation des filles de province, ait aimé du premier coup ces choses-là. VII

 

Les Guermantes

*C’est quelqu’un de très mal, me dit Mme de Villeparisis, avec l’accent vertueux des Guermantes même les plus dépravés. De très, très mal, reprit-elle en mettant trois t à très. III

*— Mais voyons, Basin, vous ne voyez pas que la princesse se moque de vous (la princesse n’y songeait pas). Elle sait aussi bien que vous que Gallardonette est une vieille poison, reprit Mme de Guermantes, dont le vocabulaire, habituellement limité à toutes ces vieilles expressions, était savoureux comme ces plats possibles à découvrir dans les livres délicieux de Pampille, mais dans la réalité devenus si rares, où les gelées, le beurre, le jus, les quenelles sont authentiques, ne comportent aucun alliage, et même où on fait venir le sel des marais salants de Bretagne : à l’accent, au choix des mots on sentait que le fond de conversation de la duchesse venait directement de Guermantes. Par là, la duchesse différait profondément de son neveu Saint-Loup, envahi par tant d’idées et d’expressions nouvelles ; III

*D’ailleurs, la duchesse était fort capable, ajoutant à ces influences une recherche artiste, d’avoir choisi pour la plupart des mots la prononciation qui lui semblait le plus Ile-de-France, le plus champenoise, puisque, sinon tout à fait au degré de sa belle-sœur Marsantes, elle n’usait guère que du pur vocabulaire dont eût pu se servir un vieil auteur français. Et quand on était fatigué du composite et bigarré langage moderne, c’était, tout en sachant qu’elle exprimait bien moins de choses, un grand repos d’écouter la causerie de Mme de Guermantes, — presque le même, si l’on était seul avec elle et qu’elle restreignît et clarifiât encore son flot, que celui qu’on éprouve à entendre une vieille chanson. IV

*— Mais oui, reprit la duchesse, en ajoutant de plus en plus aux mots (qui étaient presque des mots de moi, car j’avais justement émis devant elle une idée analogue), grâce à sa prononciation, l’équivalent de ce que pour les caractères imprimés on appelle italiques, c’est comme une espèce de premier individu isolé d’une espèce qui n’existe pas encore et qui pullulera, un individu doué d’une espèce de sens que l’espèce humaine à son époque ne possède pas. IV

*Mme de Guermantes, malheureusement spirituelle et Parisienne et qui, quand je la connus, ne gardait plus de son terroir que l’accent, avait, du moins, quand elle voulait peindre sa vie de jeune fille, trouvé, pour son langage (entre ce qui eût semblé trop involontairement provincial, ou au contraire artificiellement lettré), un de ces compromis qui font l’agrément de la Petite Fadette de George Sand ou de certaines légendes rapportées par Chateaubriand dans les Mémoires d’outre-tombe. V

*[La duchesse de Guermantes :] la chose qu’elle [Rachel] jouait, c’était une chose de Maeterlinck, maintenant c’est très connu, mais à ce moment-là tout le monde s’en moquait, eh bien moi je trouvais ça admirable. Ça m’étonne même, quand j’y pense, qu’une paysanne comme moi qui n’ai que l’éducation des filles de province, ait aimé du premier coup ces choses-là. VII

 

*Quant aux Guermantes selon la chair, selon le sang, si l’esprit des Guermantes ne les avait pas gagnés aussi complètement qu’il arrive, par exemple, dans les cénacles littéraires, où tout le monde a une même manière de prononcer, d’énoncer, et par voie de conséquence de penser, ce n’est pas certes que l’originalité soit plus forte dans les milieux mondains et y mette obstacle à l’imitation. IV

 

*Et sans doute cela n’était pas vrai. Mais Swann et la princesse avaient une même manière de juger les petites choses qui avait pour effet — à moins que ce ne fût pour cause — une grande analogie dans la façon de s’exprimer et jusque dans la prononciation. Cette ressemblance ne frappait pas parce que rien n’était plus différent que leurs deux voix. Mais si on parvenait par la pensée à ôter aux propos de Swann la sonorité qui les enveloppait, les moustaches d’entre lesquelles ils sortaient, on se rendait compte que c’étaient les mêmes phrases, les mêmes inflexions, le tour de la coterie Guermantes. I

 

Morel

*Morel criait à tue-tête, ce qui faisait sortir de lui un accent que je ne lui connaissais pas, paysan, refoulé d’habitude, et extrêmement étrange. Les paroles ne l’étaient pas moins, fautives au point de vue du français, mais il connaissait tout imparfaitement. « Voulez-vous sortir, grand pied de grue, grand pied de grue, grand pied de grue » répétait-il à la pauvre petite qui certainement, au début, n’avait pas compris ce qu’il voulait dire, puis qui, tremblante et fière, restait immobile devant lui. V

 

Les gens incompétents

*[Ils] croient qu’un paysan ne dit pas deux mots sans ajouter : « jarniguié », ou un Anglais « goddam ». V

 

Provincial

*Enfin, plus générale encore que n’est le legs familial, était la savoureuse matière imposée par la province originelle d’où elles tiraient leur voix et à même laquelle mordaient leurs intonations. Quand Andrée pinçait sèchement une note grave, elle ne pouvait faire que la corde périgourdine de son instrument vocal ne rendît un son chantant fort en harmonie d’ailleurs avec la pureté méridionale de ses traits ; et aux perpétuelles gamineries de Rosemonde, la matière de son visage et de sa voix du Nord répondaient, quoi qu’elle en eût, avec l’accent de sa province. Entre cette province et le tempérament de la jeune fille qui dictait les inflexions, je percevais un beau dialogue. Dialogue, non pas discorde. Aucune ne saurait diviser la jeune fille et son pays natal. Elle, c’est lui encore. Du reste cette réaction des matériaux locaux sur le génie qui les utilise et à qui elle donne plus de verdeur ne rend pas l’œuvre moins individuelle et que ce soit celle d’un architecte, d’un ébéniste, ou d’un musicien, elle ne reflète pas moins minutieusement les traits les plus subtils de la personnalité de l’artiste, parce qu’il a été forcé de travailler dans la pierre meulière de Senlis ou le grès rouge de Strasbourg, qu’il a respecté les nœuds particuliers au frêne, qu’il a tenu compte dans son écriture des ressources et des limites, de la sonorité, des possibilités, de la flûte ou de l’alto. II

 

*[La mère du Héros :] Actuellement je ne peux pas te dire comment je trouve Albertine, je ne la trouve pas. Je te dirai comme Mme de Sévigné : « Elle a de bonnes qualités, du moins je le crois. Mais, dans ce commencement, je ne sais la louer que par des négatives. Elle n’est point ceci, elle n’a point l’accent de Rennes. Avec le temps, je dirai peut-être : elle est cela. Et je la trouverai toujours bien si elle doit te rendre heureux. » IV

 

Accentuation

*Certaines particularités d’élocution qui existaient à l’état de faibles traces dans la conversation de Bergotte ne lui appartenaient pas en propre, car quand j’ai connu plus tard ses frères et ses sœurs, je les ai retrouvées chez eux bien plus accentuées. C’était quelque chose de brusque et de rauque dans les derniers mots d’une phrase gaie, quelque chose d’affaibli et d’expirant à la fin d’une phrase triste. Swann, qui avait connu le Maître quand il était enfant, m’a dit qu’alors on entendait chez lui, tout autant que chez ses frères et sœurs ces inflexions en quelque sorte familiales, tour à tour, cris de violente gaieté, murmures d’une lente mélancolie et que dans la salle où ils jouaient tous ensemble il faisait sa partie, mieux qu’aucun, dans leurs concerts successivement assourdissants et languides. Si particulier qu’il soit, tout ce bruit qui s’échappe des êtres est fugitif et ne leur survit pas. Mais il n’en fut pas ainsi de la prononciation de la famille Bergotte. Car s’il est difficile de comprendre jamais, même dans les Maîtres-Chanteurs, comment un artiste peut inventer la musique en écoutant gazouiller les oiseaux, pourtant Bergotte avait transposé et fixé dans sa prose cette façon de traîner sur des mots qui se répètent en clameurs de joie ou qui s’égouttent en tristes soupirs. Il y a dans ses livres telles terminaisons de phrases où l’accumulation des sonorités qui se prolongent, comme aux derniers accords d’une ouverture d’opéra qui ne peut pas finir et redit plusieurs fois sa suprême cadence avant que le chef d’orchestre pose son bâton, dans lesquelles je retrouvai plus tard un équivalent musical de ces cuivres phonétiques de la famille Bergotte. Mais pour lui, à partir du moment où il les transporta dans ses livres, il cessa inconsciemment d’en user dans son discours. Du jour où il avait commencé d’écrire et, à plus forte raison, plus tard, quand je le connus, sa voix s’en était désorchestrée pour toujours. II

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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