Des coureurs cyclistes

Des coureurs cyclistes

 

Voici des rois de la petite reine…

Cyclistes 1 Cyclistes 2 Cyclistes 3

 

Leurs petites amies, maîtresses ou épouses se prénomment-elles Albertine, Andrée, Rosemonde ou Gisèle ?

Photographiés avant le départ, ils ont disputé hier le Tour du Pays de Combray, course en ligne de 120 kilomètres. Il faisait beau.

 

Si j’évoque les compagnes de ces sportifs, c’est parce qu’elles justifient cette chronique proustienne. Sans elles, j’aurais eu quelque difficulté à justifier la présence de ces messieurs en cuissards.

Quand il rencontre à Balbec les jeunes filles en fleurs, le Héros prend la « petite bande » menée par Mlle Simonet pour des « maîtresses de coureurs cyclistes ». Il ajoute même la possibilité qu’elles fréquentent des « champions de boxe ». N’ont-elles pas le « genre voyou » digne d’un « milieu interlope » ? Seulement, les donzelles n’appartiennent ni au « peuple » ni à la « société des Guermantes », mais à une « petite bourgeoisie fort riche, du monde de l’industrie et des affaires ».

Tout le monde peut se tromper. Moi, je ne confonds pas Balbec et Combray.

De l’une à l’autre, Cabourg à Illiers-Combray, il y a à peu près la même distance (environ 250 kms) que celle Paris-Roubaix, qui s’est disputée en même temps que le Tour du Pays de Combray.

Dans la trouée d’Arenberg de l’Enfer du Nord, hier, les coureurs ont eu leur lot de « pavés assez mal équarris, inégaux »…

Paris-Roubaix 1

Paris-Roubaix 2

 

 

… comme ceux dans lesquels le Héros bute dans la cour Guermantes, à Paris et au baptistère de Saint-Marc, à Venise.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

PS : Pendant ce temps, m’apprend le journal local de ce matin, un natif d’Eure-et-Loir est devenu en Australie champion du monde du vélo statique ! Il a tenu en équilibre « une bonne vingtaine de secondes » après avoir lâché une main du guidon, puis deux et soulevé un pied.

Clément Leroy à Melbourne (Photo L'Echo républicain)

Clément Leroy à Melbourne (Photo L’Echo républicain)

 

 

 

L’extrait

*J’avais commis à l’égard de leur situation sociale une erreur, mais pas dans le même sens que d’habitude à Balbec. J’y prenais facilement pour des princes des fils de boutiquiers montant à cheval. Cette fois j’avais situé dans un milieu interlope des filles d’une petite bourgeoisie fort riche, du monde de l’industrie et des affaires. C’était celui qui, de prime abord m’intéressait le moins, n’ayant pour moi le mystère ni du peuple, ni d’une société comme celle des Guermantes. Et sans doute si un prestige préalable qu’elles ne perdraient plus ne leur avait été conféré, devant mes yeux éblouis, par la vacuité éclatante de la vie de plage, je ne serais peut-être pas arrivé à lutter victorieusement contre l’idée qu’elles étaient les filles de gros négociants. Je ne pus qu’admirer combien la bourgeoisie française était un atelier merveilleux de sculpture la plus généreuse et la plus variée. Que de types imprévus, quelle invention dans le caractère des visages, quelle décision, quelle fraîcheur, quelle naïveté dans les traits! Les vieux bourgeois avares d’où étaient issues ces Dianes et ces nymphes me semblaient les plus grands des statuaires. Avant que j’eusse eu le temps de m’apercevoir de la métamorphose sociale de ces jeunes filles, et tant ces découvertes d’une erreur, ces modifications de la notion qu’on a d’une personne ont l’instantanéité d’une réaction chimique, s’était déjà installée derrière le visage d’un genre si voyou de ces jeunes filles que j’avais prises pour des maîtresses de coureurs cyclistes, de champions de boxe, l’idée qu’elles pouvaient très bien être liées avec la famille de tel notaire que nous connaissions. II

 

 


CATEGORIES : Chronique, Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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