Achetez chez…

Achetez chez…

 

Dans les bonnes familles, on a ses commerçants préférés et ses fournisseurs attitrés… Les personnages fictifs d’À la Recherche du Temps perdu ne font pas leurs courses n’importe où, chez n’importe qui et c’est l’occasion pour le lecteur de connaître les meilleurs adresses de Paris — bien réelles.

 

Un confiseur-pâtissier ? Bourbonneux…

Il est installé 14, place du Havre, IXe arr.

*[Mme Cottard à Mme Swann :] je sais que vous faites tout venir de chez Rebattet. Je dois dire que je suis plus éclectique. Pour les petits fours, pour toutes les friandises, je m’adresse souvent à Bourbonneux. Mais je reconnais qu’ils ne savent pas ce que c’est qu’une glace. II

 

… Colombin…

Il est installé à l’angle des rues Cambon et du Mont-Thabor, Ier, arr.

*[Odette Swann au Héros :] « Quand viendrez-vous ? Demain ? On vous fera des toasts aussi bons que chez Colombin. Non ? Vous êtes un vilain », disait-elle, car depuis qu’elle aussi commençait à avoir un salon, elle prenait les façons de Mme Verdurin, son ton de despotisme minaudier. Les toasts m’étant d’ailleurs aussi inconnus que Colombin, cette dernière promesse n’aurait pu ajouter à ma tentation. II

*Swann quand il n’aima plus Mme Swann mais une femme qui servait le thé chez ce même Colombin où Mme Swann avait cru quelque temps qu’il était chic d’aller, comme au thé de la rue Royale, Swann savait très bien sa valeur mondaine, se rappelant Twickenham, n’avait aucun doute sur les raisons pour lesquelles il allait plutôt chez Colombin que chez la duchesse de Broglie et savait parfaitement qu’eût-il été lui-même mille fois moins « chic », cela ne l’eût pas empêché davantage d’aller chez Colombin où à l’hôtel Ritz puisque tout le monde peut y aller en payant. Sans doute les amis de Bloch ou de Swann se rappelaient eux aussi la petite société juive ou les invitations à Twickenham et ainsi les amis, comme des « moi », un peu moins distincts de Swann et de Bloch, ne séparaient pas dans leur mémoire du Bloch élégant d’aujourd’hui, le Bloch sordide d’autrefois, du Swann de chez Colombin des derniers jours le Swann de Buckingham Palace. VII

 

… Gouache…

Il est installé 13, boulevard de la Madeleine, 1er arr., puis 18, boulevard des Italiens.

*Cette marquise me conseilla de ne pas rester au frais et m’ouvrit même un cabinet en me disant : « Vous ne voulez pas entrer ? en voici un tout propre, pour vous ce sera gratis. » Elle le faisait peut-être seulement comme les demoiselles de chez Gouache quand nous venions faire une commande m’offraient un des bonbons qu’elles avaient sur le comptoir sous des cloches de verre et que maman me défendait hélas d’accepter ; II

*Mais il me semble que je ne connais pas ce charmant, ce délicieux jeune homme », ajouta-t-il en avisant un autre qu’il ne reconnaissait pas ou qu’il n’avait peut-être jamais vu. Il le salua comme il eût salué un prince à Versailles et pour profiter de l’occasion d’avoir en supplément un plaisir gratis, comme quand j’étais petit et que ma mère venait de faire une commande chez Boissier ou chez Gouache, je prenais, sur l’offre d’une des dames du comptoir un bonbon extrait d’un des vases de verre entre lesquels elle trônait, prenant la main du charmant jeune homme et la lui serrant longuement à la prussienne, VII

 

… Boissier…

Il est installé 7, boulevard des Capucines, IIe arr.

*[Brichot à Charlus :] Je ne sais de reçu par elle que notre ami Thureau-Dangin, qui avait avec elle d’anciennes relations de famille, et aussi Gaston Boissier, qu’elle a désiré connaître à la suite d’une étude qui l’intéressait tout particulièrement. Il y a dîné une fois et est revenu sous le charme. Encore Mme Boissier n’a-t-elle pas été invitée. » À ces noms, Morel sourit d’attendrissement : « Ah ! Thureau-Dangin, me dit-il d’un air aussi intéressé que celui qu’il avait montré en entendant parler du marquis de Norpois et de mon père était resté indifférent. Thureau-Dangin, c’était une paire d’amis avec votre oncle. Quand une dame voulait une place de centre pour une réception à l’Académie, votre oncle disait : « J’écrirai à Thureau-Dangin. » Et naturellement la place était aussitôt envoyée, car vous comprenez bien que M. Thureau-Dangin ne se serait pas risqué de rien refuser à votre oncle, qui l’aurait repincé au tournant. Cela m’amuse aussi d’entendre le nom de Boissier, car c’était là que votre grand-oncle faisait faire toutes ses emplettes pour les dames au moment du jour de l’an. Je le sais, car je connais la personne qui était chargée de la commission. » IV

*Il [Charlus] le [un jeune homme] salua comme il eût salué un prince à Versailles et pour profiter de l’occasion d’avoir en supplément un plaisir gratis, comme quand j’étais petit et que ma mère venait de faire une commande chez Boissier ou chez Gouache, je prenais, sur l’offre d’une des dames du comptoir un bonbon extrait d’un des vases de verre entre lesquels elle trônait, VII

 

… et Rebattet (également glacier).

Il est installé 12, rue du Faubourg Saint-Honoré. VIIIe arr.

*Vraiment vous ne vous laissez pas tenter, ajoutait Mme Swann et tout en tendant une assiette de gâteaux : Vous savez que ce n’est pas mauvais du tout ces petites saletés-là. Ça ne paye pas de mine mais goûtez-en, vous m’en direz des nouvelles. » « Au contraire, ça a l’air délicieux, répondait Mme Cottard, chez vous, Odette, on n’est jamais à court de victuailles. Je n’ai pas besoin de vous demander la marque de fabrique, je sais que vous faites tout venir de chez Rebattet. Je dois dire que je suis plus éclectique. Pour les petits fours, pour toutes les friandises, je m’adresse souvent à Bourbonneux. Mais je reconnais qu’ils ne savent pas ce que c’est qu’une glace. Rebattet, pour tout ce qui est glace, bavaroise ou sorbet, c’est le grand art. Comme dirait mon mari, le nec plus ultra. » « Mais ceci est tout simplement fait ici. Vraiment non ? » « Je ne pourrai pas dîner, répondait Mme Bontemps, mais je me rassieds un instant, II

*Je savais que, chez les Guermantes, on citait toujours le nom de Dieulafoy (avec un peu plus de respect seulement) comme celui d’un « fournisseur » sans rival. Et la vieille duchesse de Mortemart, née Guermantes (il est impossible de comprendre pourquoi dès qu’il s’agit d’une duchesse on dit presque toujours : « la vieille duchesse de » ou tout au contraire, d’un air fin et Watteau, si elle est jeune, la « petite duchesse de »), préconisait presque mécaniquement, en clignant de l’œil, dans les cas graves « Dieulafoy, Dieulafoy », comme si on avait besoin d’un glacier «Poiré Blanche» ou pour des petits fours « Rebattet, Rebattet ». Mais j’ignorais que mon père venait précisément de faire demander Dieulafoy. V

*« je ne veux plus que les choses que nous aurons entendu crier, mais je fais naturellement des exceptions. Aussi il n’y aurait rien d’impossible à ce que je passe chez Rebattet commander une glace pour nous deux. Vous me direz que ce n’est pas encore la saison, mais j’en ai une envie ! » Je fus agité par le projet de Rebattet, rendu plus certain et suspect pour moi à cause des mots : il n’y aurait rien d’impossible. » C’était le jour où les Verdurin recevaient, et depuis que Swann leur avait appris que c’était la meilleure maison, c’était chez Rebattet qu’ils commandaient glaces et petits fours. « Je ne fais aucune objection à une glace, mon Albertine chérie, mais laissez-moi vous la commander, je ne sais pas moi-même si ce sera chez Poiré-Blanche, chez Rebattet, au Ritz, enfin je verrai. » V

 

Un glacier ? Poiré-Blanche.

Il est installé 196, boulevard Saint-Germain, Ve, VIe ou VIIe arr., au cœur du « Faubourg ».

*C’était le jour où les Verdurin recevaient, et depuis que Swann leur avait appris que c’était la meilleure maison, c’était chez Rebattet qu’ils commandaient glaces et petits fours. «Je ne fais aucune objection à une glace, mon Albertine chérie, mais laissez-moi vous la commander, je ne sais pas moi-même si ce sera chez Poiré-Blanche, chez Rebattet, au Ritz, enfin je verrai. V

*Je savais que, chez les Guermantes, on citait toujours le nom de Dieulafoy (avec un peu plus de respect seulement) comme celui d’un « fournisseur » sans rival. Et la vieille duchesse de Mortemart, née Guermantes (il est impossible de comprendre pourquoi dès qu’il s’agit d’une duchesse on dit presque toujours : « la vieille duchesse de » ou tout au contraire, d’un air fin et Watteau, si elle est jeune, la « petite duchesse de »), préconisait presque mécaniquement, en clignant de l’œil, dans les cas graves « Dieulafoy, Dieulafoy », comme si on avait besoin d’un glacier « Poiré Blanche » ou pour des petits fours « Rebattet, Rebattet ». Mais j’ignorais que mon père venait précisément de faire demander Dieulafoy. V

 

Un fruitier ? Crapote…

Il est installé 23, rue Le Peletier, IXe arr.

… Jauret…

Il est installé 14-16, place du Marché Saint-Honoré, 1er arr.

… … Chevet (également comestibles et traiteur).

Il est installé 16, galerie de Chartres, 1er arr., au Palais-Royal.

*Un jour que, pour l’anniversaire de la princesse de Parme (et parce qu’elle pouvait souvent être indirectement agréable à Odette en lui faisant avoir des places pour des galas, des jubilés), il [Swann] avait voulu lui envoyer des fruits, ne sachant pas trop comment les commander, il en avait chargé une cousine de sa mère qui, ravie de faire une commission pour lui, lui avait écrit, en lui rendant compte qu’elle n’avait pas pris tous les fruits au même endroit, mais les raisins chez Crapote dont c’est la spécialité, les fraises chez Jauret, les poires chez Chevet où elles étaient plus belles, etc., « chaque fruit visité et examiné un par un par moi ». Et en effet, par les remerciements de la princesse, il avait pu juger du parfum des fraises et du moelleux des poires. Mais surtout le « chaque fruit visité et examiné un par un par moi» avait été un apaisement à sa souffrance, en emmenant sa conscience dans une région où il se rendait rarement, bien qu’elle lui appartînt comme héritier d’une famille de riche et bonne bourgeoisie où s’étaient conservés héréditairement, tout prêts à être mis à son service dès qu’il le souhaitait, la connaissance des « bonnes adresses » et l’art de savoir bien faire une commande. I

 

Un fleuriste ? Debac…

Il est installé 63, boulevard Malesherbes, VIIIe arr.

… Lachaume…

Il est installé 10, rue Royale, VIIIe arr.

… et Lemaître.

Il est installé 128, boulevard Haussmann, VIIIe arr.

*Vous ne savez pas arranger les chrysanthèmes, disait-elle en s’en allant tandis que Mme Swann se levait pour la reconduire. Ce sont des fleurs japonaises, il faut les disposer comme font les Japonais. » « Je ne suis pas de l’avis de Mme Verdurin, bien qu’en toutes choses elle soit pour moi la Loi et les Prophètes. Il n’y a que vous, Odette, pour trouver des chrysanthèmes si belles ou plutôt si beaux puisque il paraît que c’est ainsi qu’on dit maintenant », déclarait Mme Cottard, quand la Patronne avait refermé la porte. « Chère Mme Verdurin n’est pas toujours très bienveillante pour les fleurs des autres », répondait doucement Mme Swann. « Qui cultivez-vous, Odette, demandait Mme Cottard pour ne pas laisser se prolonger les critiques à l’adresse de la Patronne… Lemaître ? J’avoue que devant chez Lemaître il y avait l’autre jour un grand arbuste rose qui m’a fait faire une folie. » Mais par pudeur elle se refusa à donner des renseignements plus précis sur le prix de l’arbuste et dit seulement que le professeur « qui n’avait pourtant pas la tête près du bonnet » avait tiré flamberge au vent et lui avait dit qu’elle ne savait pas la valeur de l’argent. « Non, non, je n’ai de fleuriste attitré que Debac. » « Moi aussi, disait Mme Cottard, mais je confesse que je lui fais des infidélités avec Lachaume. » « Ah ! vous le trompez avec Lachaume, je lui dirai, répondait Odette qui s’efforçait d’avoir de l’esprit et de conduire la conversation, chez elle, où elle se sentait plus à l’aise que dans le petit clan. Du reste Lachaume devient vraiment trop cher ; ses prix sont excessifs, savez-vous, ses prix je les trouve inconvenants ! » ajoutait-elle en riant. II

Un  épicier ? Félix Potin.

En 1900, il a trois magasins à Paris, dont un à la Madeleine, 45-47, boulevard Malesherbes, VIIe ou XVIIe arr.

*Et il est bien rare en effet qu’un jour ou l’autre, ce ne soit pas dans de telles organisations [professionnelles] que les solitaires viennent se fondre, quelquefois par simple lassitude, par commodité (comme finissent ceux qui en ont été le plus adversaires par faire poser chez eux le téléphone, par recevoir les Iéna, ou par acheter chez Potin). IV

 

La réclame est gratis.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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