Un (faux) mot d’Oriane

Un (faux) mot d’Oriane

 

J’ai eu le plaisir de livrer une quarantaine de traits d’esprit de la duchesse de Guermantes tels que les égrène À la recherche du temps perdu (voir les chroniques Mots d’Oriane). Je pense ne pas en avoir omis. Toutefois j’aurais dû signaler aussi un qu’elle n’a pas prononcé. Mieux vaut tard que jamais. Il est dans Le Côté de Guermantes :

*Je fus peiné d’entendre les jeunes gens chics, que je ne connaissais pas, raconter les histoires les plus ridicules et les plus malveillantes sur le jeune grand-duc héritier de Luxembourg (ex-comte de Nassau) que j’avais connu à Balbec et qui m’avait donné des preuves si délicates de sympathie pendant la maladie de ma grand’mère. L’un prétendait qu’il avait dit à la duchesse de Guermantes : « J’exige que tout le monde se lève quand ma femme passe » et que la duchesse avait répondu (ce qui eût été non seulement dénué d’esprit mais d’exactitude, la grand’mère de la jeune princesse ayant toujours été la plus honnête femme du monde) : « faut qu’on se lève quand passe ta femme, cela changera de sa grand’mère car pour elle les hommes se couchaient. »

Le Héros donne deux raisons pour lesquelles c’est apocryphe. La seconde est pertinente. La première — « dénué d’esprit » — l’est moins : le mot exprime bien l’esprit cruel de la divine duchesse.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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