Swann et Combray, une aventure américaine

Swann et Combray, une aventure américaine

 

S’appeler Swann et être Proustien, ça ne s’invente pas… n’est-ce pas, Marcelita ?

Let me introduce you Jeffrey Swann. J’ai découvert son existence à l’occasion d’un concert donné dimanche dernier à New York — hélas à distance. Pianiste, il est à l’origine de sa formation composée avec un violoniste et un violoncelliste. Leur nom, ainsi qu’il me l’a confié : « Quand j’ai eu l’idée de former ce Trio, nous avons choisi le nom Combray, parce qu’il y a déjà un Proust Trio ! » À quoi ça tient…

Mais j’ai voulu en savoir davantage. Découvrez ce que m’a encore écrit Jeffrey dans un français parfait : « Mon professeur de piano me parlait en français dès l’âge de 12 ans, puis j’avais toujours un petit cercle d’amis francophones, et après j’ai gagné le concours à Bruxelles et je jouais souvent en Belgique et en France.  Ces dernières années, je joue surtout en Italie (et je parle italien), mais je serai à Paris le 24 avril pour une présentation du Festival à Cortina, Italie, où je suis le Directeur artistique.

Les circonstances de la naissance de mon rapport amoureux avec Proust sont marrantes.  Au lycée au Texas, j’avais un professeur de littérature que j’admirais beaucoup.  Nous étudions les « Frères Karamazov », que j’adorais, et une fois je lui ai parlé du « génie » de Dostoievsky.  Il m’a répondu que le seul génie certain de la littérature du dernier siècle fut Marcel Proust, un nom que j’ignorais totalement à l’époque. Je lui ai demandé le titre d’une œuvre de ce Proust, et il m’a dit « À la recherche du temps perdu », mais puis il a ajouté que ce serait inutile que je le lise, car il était trop difficile pour moi ! Dès que j’avais du temps libre, je me suis mis à la lecture, et en effet,  j’ai trouvé tout très précieux, trop élaboré, trop narcissiste : mais j’ai continué à lire, parce que je ne voulais pas faire réaliser ce que mon professeur avait prédit — que c’était trop difficile pour moi.  Et tout d’un coup — je crois que cela devait être vers la fin du chapitre sur Combray, peut-être le passage où il décrit les tours de la cathédrale [en réalité, les clochers de Martinville] pendant le trajet en voiture — mes yeux se sont ouverts, et tout ce qui m’avait ennuyé maintenant me paraissait d’une beauté infinie et unique.  Et 40 ans après, je suis resté avec la même passion et amour pour ce chef d’œuvre absolu. »

Étonnez-vous que Jeffrey Swann le bien nommé — qui interprète en récital les grands compositeurs, de Bach à Boulez partout dans le monde — ait une prédilection pour les musiciens chéris par Proust. Il m’a gentiment fait parvenir le programme d’un jour, intitulé « Du Côté de Chez Swann : Une Soirée Chez Mme Verdurin », avec des œuvres de Franck Fauré, Chabrier, Lili Boulanger, Reynaldo Hahn et Debussy.

Last Sunday à Brooklyn, le Trio Combray (Jeffrey Swann au piano, Gregory Fulkerson au violon et Jeffrey Solow au violoncelle) a joué Saint-Saëns, Fauré et Ravel.

Le Trio Combray (de g. à d., Fulkerson, Solow, Swann, après leur concert new yorkais)

Le Trio Combray (de g. à d., Fulkerson, Solow, Swann) après le concert new yorkais)

 

Un détail du concert m’a ravi : « first come, first seated » — à bas les privilèges !

 

Mr Swann, vous serez toujours le bienvenu à Illiers-Combray — chez vous.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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