On se lève tous pour Odette

On se lève tous pour Odette

 

En réalité, je devrais dire : Ils se couchent tous pour Odette…

Quel tempérament, quelle femme, quelle séductrice !

 

Sa vie amoureuse connaît plusieurs étapes, cocotte, bourgeoise mondaine, aristocrate sur le tard.

L’adolescence est malheureuse : sa propre mère la livre à un riche Anglais à Nice. Dans la même ville, elle y gagne « une sorte de notoriété galante ». L’oncle Adolphe passant l’hiver sur la Côte d’Azur, c’est peut-être là qu’il fait sa connaissance. Elle deviendra pour le Héros la « dame en rose », vue chez ce parent parisien. Plus tard encore, le tonton essaiera « de la prendre de force ».

Dans une autre « ville cosmopolite », autre « ville de plaisir », Bade, elle a dû aussi « faire la fête », mais l’été, sous les tilleuls. Elle a aussi été, avant, en 1872, la Miss Sacripant peinte par Elstir qui aurait été son amant.

A-t-elle travaillé dans des maisons de passe ? Il est certain qu’une « entremetteuse » a voulu l’embaucher.

Quand se marie-t-elle avec Pierre de Verjus, comte de Crécy ? Devenue Odette de Crécy, elle multiplie les aventures. Un promeneur parisien se souvient avoir couché avec elle le 30 janvier 1879. La date lui est restée car c’est celle de la démission de Patrice de Mac-Mac-Mahon de la Présidence de la République. Bloch se vante d’avoir fait l’amour trois fois dans le train de Ceinture. Hannibal de Bréauté-Consalvi a connu sa couche ainsi qu’« untel et un tel ». Il y a encore un grand-duc qui lui offre des cigarettes « étrangères et dorées ». Le seul dont on sait que ce n’est pas vrai, c’est Charlus dont les mœurs ne l’entraînent pas vers le sexe opposé, même s’il assure qu’Odette l’a forcé à « lui faire faire des parties à cinq ou six ». Sur le tard, elle-même raconte au Héros la « nuit folle » passée avec un homme « toqué » d’elle et avec lequel elle doit partir le lendemain vers l’Amérique. Le voyage ne se fera pas car elle trouve plus beau de mette fin à un amour qui ne peut que baisser.

En 1890, cette demi-mondaine rencontre celui qui va devenir son deuxième mari, Charles Swann. Leur première relation sexuelle, restée sous le nom de « faire catleya » dû à l’orchidée qu’elle porte, a lieu dans sa voiture à elle. Lui découvre qu’elle a été « femme entretenue », « peut-être trop connue des fêtards, des hommes à femmes ».

Cités comme des « amis », Antoine de Castellane, Adalbert de Montmorency et un homme « souvent coiffé d’un «tube» gris » ont-ils eu le statut d’« amants » ? Que fait-elle et avec qui dans une gare d’Europe centrale où le comte de Paris la voit 1892 ? Et, comme l’assure une lettre anonyme, fréquente-t-elle encore les maisons de passe ?

Devenue la « dame en blanc » pour le Héros quand il voir Gilberte sa fille à Tansonville, en 1892, elle trompe Swann avec de Forcheville.

 

A-t-elle des expériences homosexuelles ? Swann envisage qu’elle aille « chez des maquerelles », qu’elle se livre « à des orgies avec des femmes », qu’elle mène « la vie crapuleuse de créatures abjectes ».

Et nous voilà au troisième mariage qui en fait Odette de Forcheville. Jusqu’à la fin de sa vie, elle tourne la tête des hommes puisqu’en 1919, elle devient la maîtresse du duc de Guermantes.

Lors d’une soirée donnée par Gilberte, un visiteur la trouve « un peu gaga », le Héros « un peu ramollie », mais « belle encore ».

Finalement, c’est le baron homo qui semble avoir trouvé la bonne formule pour résumer la vie sexuelle d’Odette : « ces amants, M. de Charlus se mit à les énumérer avec autant de certitude que s’il avait récité la liste des Rois de France. »

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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