Il y a un siècle, le Lusitania

Il y a un siècle, le Lusitania

 

C’est un anniversaire qui doit être célébré. Il y a tout juste cent ans, les Allemands coulaient un paquebot britannique venant de New York au large de l’Irlande.

Qu’on me pardonne d’avoir trois jours de retard pour remémorer l’événement. disons que je me réfère au « matin où les journaux narraient le naufrage », ainsi que le raconte Proust dans Le Temps retrouvé. En outre, ce blogue a déjà évoqué l’affaire (voir la chronique Le croissant de Mme Verdurin et le Lusitania).

 

Mais bon, un anniversaire et un anniversaire et un siècle, c’est un bail !

 

Revenons-y donc en revivant le cynisme de Sidonie, savourant en pleine guerre son croissant obtenu par piston et favoritisme. Quel génie de l’écrivain de savoir décrire si prestement les « pichenettes [données] à son journal pour qu’il pût se tenir grand ouvert sans qu’elle eût besoin de détourner son autre main des trempettes ». Ah, ces pichenettes, ah, ces trempettes ! Et que dire de cet « air qui surnageait sur sa figure », « celui d’une douce satisfaction » alors que la presse raconte les centaines de victimes ?

505 Le Lusitania dans la presse

C’était le 7 mai 1915.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

L’extrait :

*Mme Verdurin souffrant pour ses migraines de ne plus avoir de croissant à tremper dans son café au lait, avait obtenu de Cottard une ordonnance qui lui permettait de s’en faire faire dans certain restaurant, dont nous avons parlé. Cela avait été presque aussi difficile à obtenir des pouvoirs publics que la nomination d’un général. Elle reprit son premier croissant, le matin où les journaux narraient le naufrage du Lusitania. Tout en trempant le croissant dans le café au lait et donnant des pichenettes à son journal pour qu’il pût se tenir grand ouvert sans qu’elle eût besoin de détourner son autre main des trempettes, elle disait : « Quelle horreur ! Cela dépasse en horreur les plus affreuses tragédies ». Mais la mort de tous ces noyés ne devait lui apparaître que réduite au milliardième, car tout en faisant, la bouche pleine, ces réflexions désolées, l’air qui surnageait sur sa figure, amené probablement là par la saveur du croissant, si précieux contre la migraine, était plutôt celui d’une douce satisfaction.

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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