Il s’en passe de belles à Illiers-Combray

Il s’en passe de belles à Illiers-Combray

 

La question du quizz soumise aujourd’hui portait sur le sort réservé à Odette adolescente à Nice. Sa mère ne l’a-t-elle pas livrée à un riche Anglais ?

On criera volontiers à la dépravation et on aura raison. Mais c’était de la fiction, en outre de plus d’un siècle en arrière. Nous sommes en 2015, que diable ! La ville de la Côte d’Azur d’alors était décrite par Proust comme « cosmopolite » et « de plaisir ». Nous en sommes à mille lieux, palsambleu !

 

Ne l’affirmons pas trop vite… L’autre jour, je livrais sans l’altérer nullement l’article d’un journal de Cotonou décrivant des mœurs bizarres au pays-berceau du vaudou. (Voir la chronique C’est pas sorcier).

Voilà, sans en modifier un iota, un article du quotidien de l’Eure-et-Loir, le vénérable Écho républicain de ce matin — ça vaut l’affaire de sorcellerie :

 

La mère de famille d’Illiers-Combray

condamnée pour avoir abusé de jeunes garçons

 

La rumeur commençait à enfler à la rentrée 2013, à Illiers-Combray. Elle a fini par arriver aux oreilles effarées de mères de familles. Une de leur voisine, âgée de 31 ans, elle-même maman d’un garçon de 4 ans, avait eu quelques faiblesses pour leurs fils : une demi-douzaine d’adolescents de 14 ans.

Elle avait organisé chez elle des parties fines au cœur de l’été. Au début, elle attirait les adolescents sous le prétexte de voir des DVD, témoigne l’un des garçons au tribunal de Chartres : « Elle nous offrait à boire. Il n’y avait que de l’alcool ».

Très vite, les soirées prenaient une autre tournure : « Elle organisait des jeux, avec des gages à la clé ». En garde à vue, elle avait avoué aux gendarmes qu’elle prenait du plaisir à être la première partenaire sexuelle des garçons.

À la barre du tribunal, la jeune femme est beaucoup moins prolixe. Elle se contente de répondre par monosyllabes aux questions des juges. « C’est vrai que ça s’est bien passé, mais ils étaient consentants ». Sauf qu’en dessous de 15 ans, le consentement n’existe pas. Dès lors, l’agression sexuelle sur mineurs est juridiquement caractérisée.

L’expert-psychiatre explique le comportement de la femme par « son isolement et un manque certain de maturité intellectuelle ». Sur le banc des proches des victimes civiles, les mères de familles aux côtés de leurs rejetons sont très remontées. « J’ai moi-même été victime d’abus sexuels de mon père. J’ai la haine. Je ne lui pardonnerai jamais », témoigne l’une d’elle.

Leur avocat, Me Xavier Torré, avoue sa perplexité devant ce dossier atypique : « Mais il ne faut pas oublier qu’à l’époque ce n’étaient que des petits minots qui ne connaissaient rien dans ce domaine ».

Avec un sens prononcé du raccourci, l’avocat résume : « C’est elle qui a pris les choses en main. Il y a eu des détails hallucinants ».

La femme est condamnée à deux ans de prison avec sursis et mise à l’épreuve, avec l’obligation de se soigner. Elle devra aussi déménager. Il lui est dorénavant interdit de résider à Illiers-Combray.

 

Je ne me doutais pas en venant m’installer dans la cité proustienne que j’y trouverais des mœurs dépravées guère éloignées de celles attribuées au baron de Charlus dans Le Temps retrouvé :

*[Jupien :] « Au moment où j’approchais de la chambre du baron, j’entendis une voix qui disait : « Quoi ? — Comment, répondit le baron, c’était donc la première fois ». J’entrai sans frapper, et quelle ne fut pas ma frayeur. Le baron, trompé par la voix qui était en effet plus forte qu’elle n’est d’habitude à cet âge-là (et à cette époque-là le baron était complètement aveugle) était, lui qui aimait plutôt autrefois les personnes mûres, avec un enfant qui n’avait pas dix ans. »

 

Dans les deux cas, c’est d’initiation et de mineurs qu’il s’agit.

Quelle(s) époque(s), non mais quelle(s) époque(s) !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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