Aux urnes !

Aux urnes !

 

Dimanche, toute la France (ou presque) est appelée à voter pour le premier tour des élections départementales — nommées jusqu’à présent cantonales. Les citoyens élisaient un conseiller général par canton. Désormais ils choisiront un couple « chabada » — un homme et une femme — dans un nombre de cantons divisé par deux. Les heureux élus s’appelleront conseillers départementaux.

 

Illiers-Combray n’échappe pas à la règle. Des élections, À la recherche du Temps perdu en évoque quelques-unes. Elles concernent principalement des assemblées aussi huppées qu’élitaires telles celle qui attire le prince von Faffenheim-Munsterburg-Weinigen (l’Académie des sciences morales et politiques) et celle qui ne réussit pas au duc de Guermantes (la présidence du  Jockey Club).

 

Il est une élection toutefois qui concerne les citoyens et qui ne sourit pas davantage au général de Montserfeuil —  occasion pour la duchesse de Guermantes d’un de ses mots cruels :

*— Ce pauvre général [de Monserfeuil], il a encore été battu aux élections, dit la princesse de Parme pour changer de conversation.

— Oh! ce n’est pas grave, ce n’est que la septième fois, dit le duc qui, ayant dû lui-même renoncer à la politique, aimait assez les insuccès électoraux des autres.

— Il s’est consolé en voulant faire un nouvel enfant à sa femme.

— Comment ! Cette pauvre Mme de Monserfeuil est encore enceinte, s’écria la princesse.

— Mais parfaitement, répondit la duchesse, c’est le seul arrondissement où le pauvre général n’a jamais échoué. (III)

 

Dans la vraie vie, le canton d’Illiers-Combray, Eure-et-Loir, voit s’affronter quatre binômes — par ordre alphabétique, Front de Gauche (extrême-gauche), Front National (extrême-droite), PS et divers gauche (gauche) et UMP-UDI (droite et centre).

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Ce blogue s’offre parfois des détours hors du décorticage de la Recherche pour raconter la vie de son auteur dans son environnement beauceron-proustien. Ainsi, trois des quatre listes ont tenu réunion publique. L’électeur lambda que je suis s’y est rendu.

 

J— 4. Salle des fêtes d’Illiers-Combray. Ce soir, la droite républicaine attire près d’une centaine de personnes.

UMP-UDI

UMP-UDI

 

Les candidats et leurs remplaçants se présentent (au public, en plus de le faire aux suffrages) : le maire de la commune, ex-industriel parle d’économie ; la députée, spécialiste du numérique, parle d’internet ; la remplaçante, infirmière, parle de santé ; le remplaçant, salarié d’Orange, reparle de numérique.

Deux phrases retenues au vol : du candidat, tel un seigneur d’antan : « Je suis sur mes terres » ; de son binôme, authentique aristocrate : « J’aime les gens ».

Je suis là depuis une heure. Vient le temps des questions. Les deux premières posées par le même portent sur un « champ de ruine » qui dépare le centre ville — « une friche », une balafre », selon l’édile — et sur les crottes de chiens — « les déjections canines », selon les mots du candidat. Je me sauve.

 

J — 3. Salle Jules Amiot. Ce soir, le Front de Gauche attire quatre personnes. Ses membres sont trois pour leur faire face.

Front de Gauche

Front de Gauche

 

Présentation des candidats : une enseignante retraitée, un ancien menuisier et un encore salarié à GdF-Suez, représentants d’une coalition PC, Parti de Gauche, Ensemble, FASE de Clémentine Autain, alternatifs, dissidents du NPA, ex PSU (ça ne nous rajeunit pas !) et non encartés. Le discours est frappé du sceau collectif : « Nous on pense… On déplore… ». Le crédo : « Contre l’austérité, il doit bien y avoir une autre politique à faire ». Une dame questionne : « Vous êtes élus dimanche. Ce que vous proposez, un rêve, est-il réalisable ? » La réponse, hésitante, se perd dans les allusions à la BCE. Je m’éclipse.

 

J — 2. Salle des fêtes. Ce soir, la gauche républicaine attire une quinzaine de personnes.

PS et divers gauche (Photos PL)

PS et divers gauche (Photos PL)

 

Trois candidats sont là. Le premier (visiblement le leader) est élu depuis 32 ans, tous mandats confondus (maire, conseiller général, député, j’en oublie). Peu convaincu par le mot « binôme », il lui préfère celui de « tandem », parce qu’il est cycliste et qu’il faut « pédaler ave synchronisation ». Sa co-équipière qui travaille dans la cosmétique parle (peu) du social ; la seconde, infirmière après avoir été cuisinière, n’en dit guère plus ; on apprend de l’absent qu’il œuvre dans l’animation. Retour au meneur qui définit le conseil général bientôt rebaptisé comme « la collectivité de la cohésion » et revendique sa « fibre sociale ». Il s’éternise. Je file.

 

Les urnes rendent leur verdict demain. Je vous le livre lundi.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “Aux urnes !”

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  1. Je vous en prie, cher Patrice, épargnez-nous le quatrième (soupir).

  2. Le « j’aime les gens » me rappelle le « j’aime le pople » de Michel Serrault dans La Gueule de l’Autre.

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