Démission !

Démission !

 

Quelques démissions parsèment À la recherche du temps perdu

Dans l’ordre : celle de Patrice de Mac-Mahon de la présidence de la République, le 30 janvier 1879, faute d’un soutien parlementaire, dont se souvient un promeneur parisien car c’est ce-jour-là qu’il a « couché » avec Odette (I) ; celle du cuisiner de Mme Cottard qui a failli entraîner le départ de la femme de chambre (II) ; celle que Chateaubriand aurait jeté à la face du roi, ce que conteste Mme de Villeparisis  (III) ; celles de deux jeunes membres du cercle de la rue Royale, qui font espérer à Bloch d’y entrer ; celles de diplomates et d’officiers qui leur ouvre les portes de l’hôtel de Guermantes pour déjeuner avec la duchesse  (III) ; celle de Swann du Cercle de la rue Royale évoquée dans sa nécrologie (V) ; celle de Théophile Delcassé, le 6 juin 1905, du ministère des Affaires étrangères après des exigences allemandes (V) ; celle, enfin, de Robert de Saint-Loup de la cavalerie à l’occasion de son mariage.

 

Au passage, il est instructif de noter — une fois encore — l’imbrication d’événements réels avec la fiction proustienne… mais là n’est pas le sujet de la chronique. « Soit, cher Blogobole, mais alors quel est le prétexte ?  — Oh, rien de fondamental, mais depuis ce matin, je ne suis plus président de l’Office de Tourisme du Pays de Combray, une occupation que j’exerçais depuis un an, parallèlement à ce blogue. »

J’ai démissionné, faute de me sentir soutenu et suivi dans mes idées, réalisations et projets. Le bénévolat est une merveille, c’est un sacerdoce dont on peut être fier, mais qui ne doit pas se prolonger si ça devient un sacrifice.

Ce départ ne mérite pas plus (et encore, valait-il une chronique ?). Je continuerai à me passionner pour la culture et le tourisme à Illiers-Combray, mais sous d’autres formes à inventer. En attendant, je vais écrire davantage — sans doute sur Proust.

 

On ne se refait pas.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Qui est-ce ? », interrogeaient quelquefois un passant, ou se promettaient de se rappeler la toilette comme un point de repère pour des amis plus instruits qui les renseigneraient aussitôt. D’autres promeneurs, s’arrêtant à demi, disaient :

— Vous savez qui c’est ? Mme Swann! Cela ne vous dit rien ? Odette de Crécy ?

— Odette de Crécy ? Mais je me disais aussi, ces yeux tristes… Mais savez-vous qu’elle ne doit plus être de la première jeunesse ! Je me rappelle que j’ai couché avec elle le jour de la démission de Mac-Mahon. I

 

« On ne le dirait pas, voilà trois mercredis que vous me faites faux-bond », disait Mme Swann à Mme Cottard. « C’est vrai, Odette, il y a des siècles, des éternités que je ne vous ai vue. Vous voyez que je plaide coupable, mais il faut vous dire, ajoutait-elle d’un air pudibond et vague (car, quoique femme de médecin, elle n’aurait pas oser parler sans périphrases de rhumatismes ou de coliques néphrétiques), que j’ai eu bien des petites misères. Chacun a les siennes. Et puis j’ai eu une crise dans ma domesticité mâle. Sans être plus qu’une autre, très imbue de mon autorité, j’ai dû, pour faire un exemple, renvoyer mon Vatel qui, je crois, cherchait d’ailleurs une place plus lucrative. Mais son départ a failli entraîner la démission de tout le ministère. Ma femme de chambre ne voulait pas rester non plus, il y a eu des scènes homériques. II

 

[Mme de Villeparisis :] M. de Chateaubriand venait bien souvent chez mon père. Il était du reste agréable quand on était seul parce qu’alors il était simple et amusant, mais dès qu’il y avait du monde, il se mettait à poser et devenait ridicule ; devant mon père, il prétendait avoir jeté sa démission à la face du roi et dirigé le conclave, oubliant que mon père avait été chargé par lui de supplier le roi de le reprendre ; et l’avait entendu faire sur l’élection du pape les pronostics les plus insensés. II

 

La marquise ne répondit rien, et Bloch n’insista pas, car il avait une affaire plus sérieuse à traiter avec elle et pour laquelle il venait de lui demander un rendez-vous pour le surlendemain. Ayant entendu les deux jeunes gens dire qu’ils avaient donné leur démission du cercle de la rue Royale où on entrait comme dans un moulin, il voulait demander à Mme de Villeparisis de l’y faire recevoir. III

 

Puisque être un homme d’État de premier ordre n’était nullement une recommandation auprès de la duchesse, ceux de ses amis qui avaient donné leur démission de la « carrière » ou de l’armée, qui ne s’étaient pas représentés à la Chambre, jugeaient, en venant tous les jours déjeuner et causer avec leur grande amie, en la retrouvant chez des Altesses, d’ailleurs peu appréciées d’eux, du moins le disaient-ils, qu’ils avaient choisi la meilleure part, encore que leur air mélancolique, même au milieu de la gaîté, contredît un peu le bien-fondé de ce jugement. III

 

« Nous apprenons avec un vif regret que M. Charles Swann a succombé hier à Paris, dans son hôtel, des suites d’une douloureuse maladie. Parisien dont l’esprit était apprécié de tous, comme la sûreté de ses relations choisies mais fidèles, il sera unanimement regretté, aussi bien dans les milieux artistiques et littéraires, où la finesse avisée de son goût le faisait se plaire et être recherché de tous, qu’au Jockey-Club dont il était l’un des membres les plus anciens et les plus écoutés. Il appartenait aussi au Cercle de l’Union et au Cercle Agricole. Il avait donné depuis peu sa démission de membre du Cercle de la rue Royale. Sa physionomie spirituelle comme sa notoriété marquante ne laissaient pas d’exciter la curiosité du public dans tout great event de la musique et de la peinture, et notamment aux « vernissages », dont il avait été l’habitué fidèle jusqu’à ces dernières années, où il n’était plus sorti que rarement de sa demeure. Les obsèques auront lieu, etc. » V

 

Diverses personnes, parmi lesquelles le prince de Monaco, ayant suggéré au gouvernement français l’idée que, s’il ne se séparait pas de M. Delcassé, l’Allemagne menaçante ferait effectivement la guerre, le ministre des Affaires étrangères avait été prié de démissionner. Donc le gouvernement français avait admis l’hypothèse d’une intention de nous faire la guerre si nous ne cédions pas. V

 

Robert vint plusieurs fois à Tansonville pendant que j’y étais. Il était bien différent de ce que je l’avais connu. Sa vie ne l’avait pas épaissi, comme M. de Charlus, tout au contraire, mais opérant en lui un changement inverse lui avait donné l’aspect désinvolte d’un officier de cavalerie – et bien qu’il eût donné sa démission au moment de son mariage – à un point qu’il n’avait jamais eu. VII

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

3 comments to “Démission !”

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  1. cher Proustiste, « ne vous refaites pas », c’est ainsi que vous êtes apprécié. Et votre enracinement vaudra votre entêtement. Proust toujours, n’importe où.

  2. En somme, après avoir œuvré pour des clopinettes, vous pourrez vous consacrer entièrement à donner matière à réflexion à Clopine et autres judicieux commentatrices et commentateurs.

  3. Un grand merci de continuer à nous entretenir sur Proust, vous nous rassurez un peu. Nous avons besoin du soutien du Proustiste…

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