Chapeaux et cheveux

Chapeaux et cheveux

 

Proust roi des histoires drôles… Celle-là est particulièrement « au poil ».

Elle trouve place dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs. Des habitantes de Combray se cotisent pour assurer une rente à une petite fille née des amours d’un professeur de dessin et d’une maîtresse de passage, morte peu après. Conduite par son père, l’enfant vient remercier. L’une des dames admire ses « beaux cheveux ». La grand’mère du Héros, membre des du groupe de ces généreuses, demande au papa si la maman avait « ces beaux cheveux-là ». La réponse, ingénue, prouve la fugacité des relations : « Je ne sais pas. Je ne l’ai jamais vue qu’en chapeau. »

 

Je pensais à cette bonne blague en tombant sur ce bas d’affiches invitant à des « séances récréatives » à Illiers dans les années 1920 trouvées dans le grenier de l’Office du Tourisme du Pays de Combray. Ne me dites pas que c’est tiré par les cheveux.

495 Les dames sont priées...

 

Je suppose que c’était précisé pour que leurs chapeaux ne gênassent pas les spectateurs placés derrière elles. En tous cas, c’est chou comme tout.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

L’extrait

*Un ancien professeur de dessin de ma grand’mère avait eu d’une maîtresse obscure une fille. La mère mourut peu de temps après la naissance de l’enfant et le professeur de dessin en eut un chagrin tel qu’il ne survécut pas longtemps. Dans les derniers mois de sa vie, ma grand’mère et quelques dames de Combray, qui n’avaient jamais voulu faire même allusion devant leur professeur à cette femme avec laquelle d’ailleurs il n’avait pas officiellement vécu et n’avait eu que peu de relations, songèrent à assurer le sort de la petite fille en se cotisant pour lui faire une rente viagère. Ce fut ma grand’mère qui le proposa, certaines amies se firent tirer l’oreille, cette petite fille était-elle vraiment si intéressante, était-elle seulement la fille de celui qui s’en croyait le père ; avec des femmes comme était la mère, on n’est jamais sûr. Enfin on se décida. La petite fille vint remercier. Elle était laide et d’une ressemblance avec le vieux maître de dessin qui ôta tous les doutes ; comme ses cheveux étaient tout ce qu’elle avait de bien, une dame dit au père qui l’avait conduite : « Comme elle a de beaux cheveux ! » Et pensant que maintenant, la femme coupable étant morte et le professeur à demi-mort, une allusion à ce passé qu’on avait toujours feint d’ignorer n’avait plus de conséquence, ma grand’mère ajouta : « Ça doit être de famille. Est-ce que sa mère avait ces beaux cheveux-là ? — Je ne sais pas, répondit naïvement le père. Je ne l’ai jamais vue qu’en chapeau. » II, 305

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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