Proyst & Jouce

Proyst & Jouce

 

Halte au sectarisme… Il n’y a pas que la Recherche qui compte en littérature.

Pour nous en tenir qu’à la seule Europe, on me dit qu’un autre livre illustre le génie et qu’avec lui aussi il y aurait un avant et un après. Depuis le début du XXe siècle qui leur est commun, la Recherche et Ulysse sont des marqueurs aussi uniques qu’insurpassables.

 

Marcel et James, Proust et Joyce.

Ayant attendu d’être sexagénaire pour lire le premier, il est peut-être temps d’ouvrir le second.

 

Proust est né à Paris, en 1871 ; Joyce à Dublin, 1882.

Ils sont les auteurs d’une œuvre majeure (pas unique), un roman polymorphe : À la Recherche du Temps perdu (début en 1913 et fin posthume) et Ulysse (1922). La première a 3 000 pages, sept tomes et 2 500 personnages, le second 1 000 pages, dix-huit épisodes et une foultitude (à préciser) de personnages.

L’une couvre une vie, l’autre une journée (le 16 juin 1904).

Le Français veut construire son œuvre « comme une cathédrale » ; le livre de l’Irlandais est qualifié de « cathédrale de prose ». Ce sont effectivement deux sacrés monuments.

Le Héros du premier (Marcel ?) aspire à devenir écrivain ; celui du second, (Stephen Dedalus) est un jeune écrivain.

Les deux romans sont également connus pour leurs longues phrases : la définition proustienne des invertis compte 845 mots sans points pendant huit pages ; le monologue joycien de Molly Bloom est découpé en huit paragraphes et court sur 69 pages.

Ni Proust ni Joyce n’a été couronné par le prix Nobel de littérature. « L’un est sédentaire, inverti et monoglotte, l’autre nomade, averti et polyglotte », écrit joliment Pierre Assouline. Leur unique rencontre a été un fiasco.

 

J’ai donc acheté Ulysse (folio classique, Gallimard, édition de 2013). Avant même d’en lire la première ligne, deux formules me montrent à quel point son auteur est victime de toutes les idées reçues entretenant la prévention du public. Quel besoin s’impose-t-il en « 4e de couverture » d’en référer à la Recherche — « En même temps que Proust, Joyce écrit le grand roman de la mémoire et de l’identité instable » ? Et puis, pourquoi commencer la préface par « L’opinion couramment admise est qu’Ulysse est un ouvrage ardu. Certains le qualifient même d’illisible. » ?

C’est ce qui s’appelle se tirer une balle dans le pied et donner envie de refermer le livre avant de l’ouvrir — certes, l’image est techniquement osée.

 

J’ai passé outre et me suis lancé à l’assaut des 1 159 pages du volume épais de 43 mm — 54 de moins que mes trois tomes de la Pléiade (version 1983) :

471 Ulysse et la Recherche

 

Première phrase : « En majesté, dodu, Buck Mulligan émergea de l’escalier, porteur d’un bol de mousse à raser sur lequel un miroir et un rasoir reposaient en croix. »

 

J’en suis là. Je dois avancer prudemment pour cette première infidélité à la prose du divin Marcel, mais je vous tiendrai au courant.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

4 comments to “Proyst & Jouce”

You can leave a reply or Trackback this post.
  1. A quand « Le fou de Joyce »?

  2. Dès l’incipit on voit la différence avec la Recherche. On peut en effet supposer que Buck Mulligan avait l’habitude de se lever tard. J’ai lu sur un site en anglais qu’il est à ce moment là 8 heures (du matin of course).

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et