Je ne suis pas Charlie (Morel)

Je ne suis pas Charlie (Morel)

 

Sur le pavé parisien, Charlie parmi d’autres Charlie en hommage aux membres de Charlie Hebdo et aux autres victimes des barbares, j’ai pris le temps de penser aux Charlie célèbres.

J’en ai trouvé quatre, curieusement tous musiciens : Charlie Chaplin (acteur et réalisateur oscarisé comme compositeur pour Limelight), les jazzmen Charlie Parker et Charlie Mingus, enfin Charlie Watts, le batteur des Rolling Stones.

Et le nom de Charlie Morel a surgi. Officiellement Charles, il est Charlie soixante-sept fois de Sodome et Gomorrhe au Temps retrouvé.

Personnage fictif, lui, c’est donc aussi un musicien, violoniste violent et vicieux. Fils du valet de chambre de l’oncle Adolphe (ce dont il a honte), il fait la connaissance de Charlus alors qu’il est militaire à Doncières. Il doit toute sa carrière au baron et les deux hommes ont une liaison orageuse. Il devient aussi l’amant du prince de Guermantes puis de Saint-Loup. Charlie est déserteur pendant la guerre.

Ce Charlie-là n’est pas sympathique. Je l’ai donc chassé de mon esprit en ce dimanche d’unité (inter)nationale.

J’ai participé à deux des rassemblements organisés en France — le matin à Illiers-Combray où il y avait beaucoup de monde (nous nous sommes recueilli et avons entonné la Marseillaise), et l’après-midi à Paris. Comment rendre compte de la multitude ? Sachant que les médias du monde entier allaient l’illustrer à foison et mieux que moi, j’y ai renoncé et je n’ai réalisé que deux photos.

Arme de création massive (Photo PL)

Arme de création massive (Photo PL)

 

L'auteur d'Ecr.' l'inf.

L’auteur d’Ecr.’ l’inf. (Photo PL)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les yeux et les cœurs du monde tournés vers la France… Voilà pourquoi c’est un pays immense et singulier. Ce qui nous est arrivé ce début janvier a mené à une solidarité sans équivalent. Partout sur la planète, la devise française a résonné dans sa simplicité évidente et lumineuse. « Liberté, égalité, fraternité » a été, est et sera toujours la réponse de l’humaine grandeur aux ennemis de l’intelligence.

Pour boucler la boucle avec Proust, son engagement dreyfusard se fondait sur les mêmes valeurs si françaises, si universelles.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

6 comments to “Je ne suis pas Charlie (Morel)”

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  1. Mince ! Je ne vous ai pas vu ! (ahahah…)

    Très bonne journée à vous.

  2. Lu sur le site de la Règle du Jeu, une chronique de Jean-Paul Enthoven datée du 15 janvier. Son nom : Je me souviens… Extrait :
    Je me souviens qu’il y a un Charlie dans À la recherche du temps perdu. C’est le prénom de Morel, l’amant violoniste du baron de Charlus. Ce Charlie est une canaille, un tapin, un lâche. Rien à voir, pour le moins, avec les Charlie du 11 janvier. Quant au « charlisme » dont parle mon cher Marcel, ce n’est qu’une allusion pudique aux mœurs dudit Charlus.
    Combien d’amis, piétinant mon gâteau d’anniversaire, Place de la République, ont-ils pensé, ce jour-là, à Proust, à Charlie Morel, au Baron de Charlus ?
    Mais j’aime bien, moi, que tout se mélange. Il y a sans cesse, dans ma tête, des courts-circuits incongrus. Et des passages secrets. En les empruntant, je m’égare par plaisir. Et je me lave le cœur. Et je reste en contact avec le meilleur – alors même qu’il s’agit de faire face au pire.

  3. Mais enfin, Charlie est AUSSI un violoniste virtuose, et il ne manque pas de panache quand il répond à Charlus que « ses ancêtres ont coupé le cou aux siens »…

    Il n’est donc pas, n’en déplaise à Monsieur Enthoven, qu’une « canaille, un tapin, un lâche » – aucun personnage de la Recherche n’est ni tout blanc, ni tout noir, même la mère Verdurin est capable de générosité, c’est dire ! (la pension à Saniette). C’est le vertige même de la Recherche, cette « relativité » non restreinte, cet ample mouvement de balancier, ce « rayon de lumière » projeté alternativement sur chacun, un peu comme, à la fin du film « le Corbeau », l’ampoule balancée fait apparaître les creux et les déliés des visages…

    Et puis Monsieur Enthoven n’était certes pas tout seul à penser à Charlus et Charlie, ce jour-là ; ce n’était pas, à mon sens, « un court-circuit incongru », au contraire ! Proust a intégré de forts longs et forts explicites passages dans son oeuvre, à seule fin de célébrer l’identité française via ses valeurs morales et culturelles. La germanophilie de Charlus en est un bon exemple – nul doute que Proust eût fait son miel de nos contradictions modernes, notamment dans le traitement du terrorisme fanatique : la « résistance républicaine » écartelée entre le repli de la répression ou l’ouverture éducative, que me voilà un balancier proustien en diable, point besoin de « se laver le coeur » – se retrousser les manches suffit, ma parole.

    Patrice, pardonnez-moi : je connais votre amitié pour les Enthoven, et je me doute que vous allez « sucrer » mon commentaire, qui, je le reconnais, est aussi acide qu’un citron vert qui serait utilisé à la place d’une pâte dentifrice. Mais c’est que toute la famille m’agace, voilà, et fait dans la « pâte dentifrice », justement, et se hausse du col ! Charb, d’ailleurs, avait parfaitement exprimé cela, dans le dernier numéro (avant le sang et les larmes) de Charlie Hebdo : il avait proprement habillé pour l’hiver et le père, et le fils…

    Donc, vous serez tout seul, Patrice, à entendre ma petite protestation anti-enthovenienne. Je compte sur votre compréhension et votre bienveillance à mon égard pour ne pas m’en vouloir – je vous absous bien, moi, de votre si probable censure, puisqu’elle va s’opérer au nom de l’amitié…

  4. N’ayant jamais censuré un commentaire sur ce blogue, chère Clopine, je ne vais pas commencer – surtout par les temps qui courent…
    Mes visiteurs expriment des points de vue. Je n’ai reçu aucun propos que la loi condamnerait. Ce qui se dit ici nourrit les réflexions.

  5. Alors là, Bravo, Patrice ! j’aurais compris une réaction agacée à mon endroit, mais je vous remercie de votre compréhension. Après tout, oui, Proust est à tout le monde, pas vrai ?

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