Proustiens et Islériens : la revue de deux mondes

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Proustiens et Islériens : la revue de deux mondes

 

Vive le débat…

J’en ai un, vif, avec la Société des Amis de Marcel Proust et des Amis de Combray (Sampac) dont je suis membre depuis mon installation à Illiers-Combray (où je suis également président de l’Office de Tourisme).

Au titre d’adhérent, je reçois le Bulletin Marcel Proust, très attendue publication annuelle. Celui de 2014 est arrivé dans ma boîte aux lettres.

424 Bulletin 2014

 

Les contributions sont toujours originales, mais c’est sur le compte-rendu de l’Assemblée générale de la Sampac que je vais ici m’arrêter. Dans les « questions diverses », page 181, il rapporte assez fidèlement l’échange que j’ai eu avec l’aréopage proustien, le 18 novembre dernier, à la Sorbonne :

« M. Louis revient sur la question de la gratuité d’accès au musée pour les habitants d’Illiers-Combray et évoque la « dégradation » des liens entre les proustiens et les habitants d’Illiers-Combray. Le Président lui donne les arguments qui ont justifié le refus de la gratuité demandée (essentiellement économique ; la gratuité a aussi été refusée au personnel du Ministère de la Culture) et accepte d’envisager, avec son conseil d’administration, le principe d’une réduction tarifaire. La Secrétaire générale signale que le musée accueille gratuitement les scolaires, y compris ceux des villes jumelées, ce qui ne se faisait pas auparavant. Elle rappelle la remarquable synergie qui s’est mise en œuvre à l’occasion de la célébration du Centenaire de Du côté de chez Swann. »

 

Deux précisions : si j’ai bien évoqué les relations « dégradées », c’est pour parler d’un état, pas d’un processus ; quant à la « réduction » envisagée, elle ne l’a été que parce que j’avais signalé qu’elle n’avait même pas été proposée à l’occasion du refus — ce qui n’est pas rappelé.

 

Mais l’essentiel n’est pas là. Ne doutant pas de la bonne fois des deux parties (l’état-major de la Sampac et votre serviteur), je constaterai simplement que nous n’entendons pas les mêmes échos.

En réclamant cette gratuité pour les Islériens (oh, que le mot est vilain), je voulais rapprocher deux mondes qui s’ignorent, au mieux, et se dédaignent, ou pire.

Je résume la situation en simplifiant, au risque d’être accusé de caricaturer : pour les Proustiens, les habitants d’Illiers-Combray sont des ploucs ; pour les Beaucerons, les spécialistes patentés du cher Marcel sont des intellos parisiens peut-être homosexuels. Étant les deux (entendez : Islérien et Proustien), je pense qu’il serait bon de corriger symboliquement une triste réalité : si elle est domiciliée dans la commune d’Eure-et-Loir, la Sampac tient ses réunions à Paris et ses membres et invités ne viennent à Illiers-Combray qu’à l’occasion de manifestations trop rares, sans s’y attarder ; quant aux Beaucerons, peu nombreux sont ceux qui franchissent la grille de la Maison de tante Léonie. Indifférence, méfiance, idées reçues, a priori, malentendus : de part et d’autre, peu est fait pour rapprocher les deux mondes.

 

Lors de l’AG, on ne s’est pas privé — et on a bien fait, il faut se dire les choses — de m’expliquer que ma vision était d’un pessimisme injustifié, erronée même.

Cette semaine, ma dernière découverte proustienne sur internet (voir la chronique Prendre le thé chez Elstir) livre une intéressante remarque d’Antoine Compagnon, plus qu’éminent proustien, d’ailleurs membre du Conseil d’administration de la Sampac :

« Compagnon rappelle que les villageois accueillaient autrefois les étrangers avec peu d’enthousiasme : « C’est des proustiens, ça encore ! Des pédérastes et ça boit que de l’yau. » Extrait du blogue d’Anna P., « Lettres ou ne pas être »

 

On n’est jamais trahi que par ses compagnons.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “Proustiens et Islériens : la revue de deux mondes”

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  1. … Et pourtant, la passerelle pourrait parfaitement exister entre ces deux mondes : il suffirait aux islériens d’être imprégnés du parfum des aubépines – et d’être fiers que la nature paisible de leur petite ville de province ait ainsi irrigué toute la sensibilité d’un grand écrivain.

    Illiers est comme l’humus de Combray : c’est un rôle modeste, peut-être, mais essentiel. Les proustiens parisiens pourraient utilement s’en souvenir, non ?

    Mon pauvre Patrice, vous voici comme Janus, en plus écartelé. Tenez bon – vous êtes la preuve vivante que la cohabitation est possible, non ?

    Autre chose : avez-vous entendu parler de ce projet d’un livre sur la « musique dans les mémoires de Saint-Simon », qui devrait sortir à la fin de l’année, et qui ferait la part belle au pastiche proustien de Saint-Simon ( pastiche qui contient, paraît-il, de nombreuses allusions à la musique, Proust ayant repéré chez Saint-Simon cette imprégnation ) ?

    Le pastiche chez Proust – jusque dans la Recherche, qui en contient quelques uns et des plus réussis, comme celui du journal des Frères Goncourt – est un thème fort intéressant : croyez-vous que vos voyages extraordinaires pourraient y trouver la matière à quelques haltes ?

    très bonne journée à vous, la mienne sera studieuse…

  2. Écartelé, sûrement pas ! Islérien (pouah, le vilain mot) et membre de la Sampac (ah, la belle abréviation), comme Janus, j’ai une seule tête mais deux visages et je prends le meilleur d’Illiers-Combray et de la Société.
    Vive Janus, gardien des passages et des croisements, divinité du changement, de la transition.
    Appelez-moi Patricius Bifrons (aux deux visages).

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