De l’Hyper Casher à Dreyfus

De l’Hyper Casher à Dreyfus

 

Relire Proust pour comprendre l’actualité, c’est souhaitable…

Je n’ouvre qu’aujourd’hui Le Monde de samedi dernier ! La chronique du médiateur y est consacrée au titre de la « une » du quotidien trois jours plus tôt. Après les attentats à Paris, l’alya (l’immigration vers Israël) connaît un regain d’actualité chez les Français juifs. Et la manchette clamait : « Juifs de France : la tentation du départ ».

« Alors, s’interroge le journaliste, « juifs de France » ou « juifs français » ? Français juifs ou Français tout court ? Le débat suscité est vif.

 

Sautons plus d’un siècle en arrière au temps de l’affaire Dreyfus, si prégnante dans À la Recherche du Temps perdu. Me revient un échange entre le Héros et Charlus, dans Le Côté de Guermantes :

*M. de Charlus s’interrompit pour me poser des questions sur Bloch dont on avait parlé sans qu’il eût l’air d’entendre, chez Mme de Villeparisis. Et de cet accent dont il savait si bien détacher ce qu’il disait qu’il avait l’air de penser à toute autre chose et de parler machinalement par simple politesse ; il me demanda si mon camarade était jeune, était beau, etc. Bloch, s’il l’eût entendu, eût été plus en peine encore que pour M. de Norpois, mais à cause de raisons bien différentes, de savoir si M. de Charlus était pour ou contre Dreyfus. « Vous n’avez pas tort, si vous voulez vous instruire, me dit M. de Charlus après m’avoir posé ces questions sur Bloch, d’avoir parmi vos amis quelques étrangers. » Je répondis que Bloch était Français. « Ah ! dit M. de Charlus, j’avais cru qu’il était Juif. » La déclaration de cette incompatibilité me fit croire que M. de Charlus était plus antidreyfusard qu’aucune des personnes que j’avais rencontrées ; Il protesta au contraire contre l’accusation de trahison portée contre Dreyfus. Mais ce fut sous cette forme : « Je crois que les journaux disent que Dreyfus a commis un crime contre sa patrie, je crois qu’on le dit, je ne fais aucune attention aux journaux, je les lis comme je me lave les mains, sans trouver que cela vaille la peine de m’intéresser. En tous cas le crime est inexistant, le compatriote de votre ami aurait commis un crime contre sa patrie s’il avait trahi la Judée, mais qu’est-ce qu’il a à voir avec la France ? » J’objectai que, s’il y avait jamais une guerre, les Juifs seraient aussi bien mobilisés que les autres.

 

Le Héros — pardon, Proust parle juste.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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