Guermantes, Seine-et-Marne

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Guermantes, Seine-et-Marne

 

Dans quelle commune de France peut-on se promener sur l’allée Swann, emprunter la rue de la Madeleine, flâner place du Temps perdu et se réunir dans l’espace Marcel Proust ?

Guermantes ! La seule, la vraie, même si elle est fausse…

Logo Guermantes

 

Espace Marcel Proust

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tout proustien sait que le divin Marcel pensait au château de Villebon pour abriter la sublime duchesse de Guermantes. Mais, un édifice, fut-il exceptionnel, ne remplacera jamais un nom — « Noms de pays »…

L’écrivain n’a pas sorti Guermantes de son chapeau, il ne l’a pas inventé. Guermantes a une réalité, non en Eure-et-Loir mais en Seine-et-Marne. Oubliez l’ouest de Paris, portez votre regard vers l’est.

 

De nobles familles se sont succédées au château de Guermantes.

Dès le XIVe siècle, un manuscrit des chanoines de l’abbaye de Sainte Geneviève mentionne des terres situées « in via de Guermant », en un lieu dit « le Chemin ». Une famille Viole en possède le fief au milieu du XVe. Au début du XVIIe, l’un d’eux, prénommé Claude, conseiller au Parlement de Paris, fait renaître un château sur des bâtiments délabrés. Son fils Pierre est le premier à se qualifier de « Seigneur de Guermantes ci-devant Le Chemin ». Décédé en 1667, il repose dans l’église du village.

À la fin du siècle, un certain Paulin Prondre achète le château et ses terres. Receveur des Finances de Lyon, puis grand audiencier de France et membre de la Chancellerie, enfin président de la Cour des Comptes, il fait appel aux talents de Mansart et de Le Nôtre pour aménager son bien. Son descendant, Emmanuel-Paulin-Louis Prondre, est le dernier comte de Guermantes. Il meurt en 1800.

 

Mais comment Marcel Proust connaît-il ce nom de Guermantes ? J’y viens.

 

Le jeune comte laisse le lieu à sa veuve, Eulalie (!) de Brisay, et à deux fillettes en bas âge, Albertine (!) et Ernestine de Guermantes. Celles-ci n’ayant pas eu d’enfants, ce sont ceux qu’Eulalie de Brisay aura de son remariage avec le marquis de Tholozan qui héritent du château. En 1909 et jusqu’en 1916, date de sa mort, la propriétaire de Guermantes est la baronne de Lareinty, née Puységur, unique petite-fille d’Eulalie de Brisay et du marquis de Tholozan, et grand-mère maternelle du vicomte puis marquis François de Pâris.

 

Nous y voilà.

 

Au début du XXe siècle, Proust se lie avec une bande de jeunes gens un peu plus jeunes que lui et appartenant à la fine fleur de l’aristocratie. Il restera en contact avec la plupart jusqu’à la fin de sa (ou de leur) vie : Antoine de Bibesco, son frère Emmanuel, Bertrand de Fénelon, Georges de Lauris, Constantin de Brancovan, Armand de Guiche, futur duc de Gramont, le prince Léon Radziwill, et, du côté de la noblesse d’Empire, Louis d’Albufera. Bien que lié à Fénelon et Lauris et de toutes les mondanités du faubourg Saint-Germain, ce Pâris-là ne fait pas partie du cercle des intimes. Une fois, cependant, il se joint à eux, peut-être à l’instigation de Georges de Lauris, et participe à l’une des deux expéditions « Ruskin » que Proust organise en avril 1903 pour visiter en automobile avec ses amis les églises et cathédrales d’Ile-de-France. L’écrivain « admire » le « visage » de ce vicomte de trois ans son cadet et apprend au passage que Guermantes est la résidence de campagne de sa famille.

Si la Correspondance de Proust ne contient que deux lettres à François de Pâris, c’est un troisième écrit, adressé à Lauris, qui retient l’attention. Le 23 mai 1909 au soir, Marcel griffonne notamment une question :

« Savez-vous si Guermantes qui a dû être un nom de gens, était déjà dans la famille Pâris, ou plutôt pour parler un langage plus décent, si le nom de Comte ou Marquis de Guermantes était un titre de parents des Pâris, et s’il est entièrement éteint et à prendre pour un littérateur. »

 

Dans une réponse qui ne nous est pas parvenue, Lauris a dû répondre à Proust que Guermantes n’était pas apparenté aux Pâris mais aux Puységur, la branche maternelle de François de Pâris. Marcel revient à la charge :

« Mais si Guermantes est un nom de la famille Puységur cela revient au même que si c’était de la famille Pâris. […] Je ne veux fâcher que des inconnus, qui ne soient pas apparentés à des gens que je connais et n’ai pas le toupet de Balzac. […] Je voudrais que mon château n’appartînt pas à la famille dont il porte le nom (exemple Dampierre aux Luynes) et que si le possesseur actuel existe au moins le nom du château soit éteint et non parent. »

 

Depuis 1800, le nom est disponible, éteint avec le dernier comte de Guermantes.

François de Pâris est mort en 1958 et Guermantes est éternel.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

Sources :

-Martine Gantrel, Jeu de pistes autour d’un nom : Guermantes, Revue d’histoire littéraire de la France, 2004/4 (Vol.104), Presses Universitaires de France ;

-www.guermantes.info.

 

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

Has one comment to “Guermantes, Seine-et-Marne”

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  1. Patrice~
    About eight months ago, I discovered, on one of your favorite Proust blogs, this similar, remarkable tale about the Guermantes family…and a portrait of a lovely « Albertine » in 1818.

    Oh, to go into the library and seek out the autographed copy of Proust’s novel!
    Could it still be there?

    Pierre HENRY
    « Albertine … de Guermantes. »
    http://proustien.over-blog.com/pages/Albertine_de_Guermantes-909463.html

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