Vivent les enfants !

Vivent les enfants !

 

On n’imagine pas assez combien les enfants ne sont pas bornés et peuvent se montrer de précieux prescripteurs…

 

Le Narrathon du week-end passé vient de l’illustrer. En en construisant le trajet à Illiers-Combray, il m’apparaissait évident pas qu’il devait comporter une étape au Collège — justement nommé Marcel Proust. Même si la littérature n’est pas des préoccupations premières des élèves, on peut espérer qu’ils sont moins prisonniers d’idées reçues.

 

Une rencontre exploratoire avec la nouvelle principale promettait les meilleurs augures. Elle était ouverte aux expériences les plus novatrices et se montra prête à recevoir le Narrathon. J’y mettais ma condition : que cela ne se passe pas dans le cadre scolaire ; elle y mit la sienne : que les enseignants y adhèrent. Le principe fut retenu que les lectures de Du côté de chez Swann se fassent pendant la pause du déjeuner.

 

Las, quelques heures avant le début du marathon des mots, la principale m’invitait à renoncer, les différents professeurs consultés — comment traduire son propos ? — n’ayant pas réagi par un enthousiasme atomique. « Vous risquez de vous retrouver tout seul, me confia-t-elle navrée — Le risque n’est pas bien grave. Si vous maintenez votre promesse d’accueil, je viens. »

 

À l’heure fixée, je me présentais dans un hall clair creusé au centre pour un amphithéâtre réduit. Des adolescents vaquaient çà et là. Le temps de descendre trois marches, d’installer mon pupitre avec les pages de Proust et… miracle !

 

En quelques instants, venus d’on ne sait où, plus d’une centaine de garçons et filles m’encerclaient, prêts à participer à l’événement — et pour lire et pour écouter.

J’étais aux anges, ému, et la principale rayonnait.

 

En repartant, des souvenirs me sont revenus d’une autre lecture avec des enfants du Pays de Combray qui s’étaient terminées par des parents entraînés au Pré Catelan par leur garçon séduit par la description que Proust en avait faite (voir la chronique Un jeu d’enfant).

 

Quoi que j’aie réalisé depuis et quoi que je conçoive désormais, rien n’atteindra l’intensité de cette séquence.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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