Semainier : le jeudi

Le jeudi

*[Odette à Swann :] Mais les endroits chics, parbleu ! Si, à ton âge, il faut t’apprendre ce que c’est que les endroits chics, que veux-tu que je te dise, moi, par exemple, le dimanche matin, l’avenue de l’Impératrice, à cinq heures le tour du Lac, le jeudi l’Éden Théâtre, le vendredi l’Hippodrome, les bals… (I)

*« Oh! Madame Bontemps, je vois que vous vous levez, c’est très mal de donner ainsi le signal de la fuite. Vous me devez une compensation pour n’être pas venue jeudi dernier… (II)

*J’étais intimement persuadé que toutes les histoires relatives à M. de Luxembourg étaient pareillement fausses et que, chaque fois que je me trouverais en présence d’un des acteurs ou des témoins, j’entendrais le même démenti. Je me demandai cependant si celui de Mme de Guermantes était dû au souci de la vérité ou à l’amour-propre. En tous cas, ce dernier céda devant la malveillance, car elle ajouta en riant : « Du reste, j’ai eu ma petite avanie aussi, car il m’a invitée à goûter, désirant me faire connaître la grande-duchesse de Luxembourg ; c’est ainsi qu’il a le bon goût d’appeler sa femme en écrivant à sa tante. Je lui ai répondu mes regrets et j’ai ajouté : « Quant à « la grande-duchesse de Luxembourg », entre guillemets, dis-lui que si elle vient me voir je suis chez moi après 5 heures tous les jeudis. » (III)

*Je repris la file des visiteurs qui entraient dans l’hôtel. « Est-ce qu’il y a longtemps que vous avez vu ma délicieuse cousine Oriane ? » me demanda la Princesse qui avait depuis peu déserté son fauteuil à l’entrée, et avec qui je retournais dans les salons. « Elle doit venir ce soir, je l’ai vue cette après-midi, ajouta la maîtresse de maison. Elle me l’a promis. Je crois du reste que vous dînez avec nous deux chez la reine d’Italie, à l’ambassade, jeudi. Il y aura toutes les Altesses possibles, ce sera très intimidant. » (IV)

*Malheureusement il était bien rare que Saniette ne rencontrât pas dans le tortillard l’invité qui venait me voir, si même celui-ci ne m’avait pas dit, chez les Verdurin : « N’oubliez pas que je vais vous voir jeudi », jour où j’avais précisément dit à Saniette ne pas être libre. De sorte qu’il finissait par imaginer la vie comme remplie de divertissements organisés à son insu, sinon même contre lui. (IV)

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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