Proust a besoin d’une bonne montre

Proust a besoin d’une bonne montre

 

L’ami Marcel a un problème avec la lecture du temps…

Un horaire variable m’avait échappé. La Pléiade, dans son résumé de fin de premier tome d’À la Recherche du Temps perdu, me le signale : il y a incertitude sur l’heure à laquelle Charles Swann se heurte à la porte fermée d’Odette de Crécy, pourtant sa maîtresse (dont on apprendra qu’elle recevait un rival, le marquis de Forcheville).

Lever de rideau dans Du côté de chez Swann :

*Un jour que Swann était sorti au milieu de l’après-midi pour faire une visite, n’ayant pas trouvé la personne qu’il voulait rencontrer, il eut l’idée d’entrer chez Odette à cette heure où il n’allait jamais chez elle, mais où il savait qu’elle était toujours à la maison à faire sa sieste ou à écrire des lettres avant l’heure du thé, et où il aurait plaisir à la voir un peu sans la déranger. Le concierge lui dit qu’il croyait qu’elle était là; il sonna, crut entendre du bruit, entendre marcher, mais on n’ouvrit pas.

Première version, quelques lignes plus loin :

*à trois heures, quand il était venu

Deuxième version, quelques pages plus loin :

*Swann allait pouvoir commencer à s’inquiéter chaque jour des visites qu’Odette avait reçues vers cinq heures, à chercher à apprendre où se trouvait Forcheville à cette heure-là.

Et ce n’est pas fini.

Troisième version dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs :

*la douloureuse curiosité de savoir si ce jour-là, tellement ancien, à six heures, Odette était couchée avec Forcheville.

 

Ces variations horaires ne sont pas les seules. Proust s’est déjà pris les pieds dans les aiguilles du temps avec le train qui le conduit de Paris à Balbec :

*Le beau train généreux d’une heure vingt-deux (I)

*ce train de une heure vingt-deux que je m’étais plu trop longtemps à chercher dans l’indicateur des chemins de fer (II)

*Le beau train d’une heure trente-cinq (VI)

*au train de une heure cinquante (VI)

 

Le plus incroyable, c’est qu’il ne l’a jamais raté !

 

Pour ma part, j’ai fait l’acquisition d’une belle montre qui a vite trouvé sa place dans mon gousset :

388 Montre

388 Gousset

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Proust aurait pu la consulter.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

3 comments to “Proust a besoin d’une bonne montre”

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  1. Si je puis me permettre, Proust perdait de temps en temps les pédales.

    • J’ai beaucoup hésité avant d’approuver ce commentaire. Comment peut-on parler ainsi du Grand Ecrivain ici vénéré ? Et puis, le principe de la liberté d’expression l’a emporté sur la nécessaire censure qui peut avoir du bon… Mais que je ne vous y reprenne pas. Quoi ! Proust perdre les pédales, nom mais !

  2. C’est entendu. Comme Céleste qui s’était fait reprendre sévèrement lorsqu’elle s’écria « zut alors », je ne récidiverai pas.

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