Les palaces de Proust (I)

Les palaces de Proust (I)

 

Salies-de-Béarn, 1887 ; Trouville, 1893 ; Évian, 1889-1890 ; Venise, 1900 ; Versailles, 1906 ; Cabourg, 1907-1914 ; Paris, 1917-1922…

Ce sont autant d’étapes luxueuses pour Marcel Proust. Son milieu, sa nature et ses goûts ne l’incitent pas à fréquenter les hôtels de seconde zone. Sa vie est donc rythmée par des séjours dans des établissements de luxe. J’en ai répertorié sept — plus de la moitié ont vu passer l’écrivain avec sa maman !

Présentation en deux épisodes, aujourd’hui, le XIXe siècle.

 

Été 1887, Grand Hôtel de la Paix, à Salies-de-Béarn

01 Salies-de-Béarn, Grand Hôtel de la Paix

Marcel passe la saison avec sa mère dans cette petite ville thermale du Béarn dont les eaux deviennent célèbres. Cinq trains quotidiens déversent leurs flots d’étrangers, d’aristocrates, de grands bourgeois et d’artistes.

Pendant son séjour, l’adolescent bavarde avec Mme Anatole Catusse, la meilleure amie de Mme Proust, elle-même cliente de l’hôtel, ou l’écoute chanter.

Le Grand Hôtel de la Paix, construit en 1883, part en fumée en 1926.

 

Septembre 1893, les Roches noires, à Trouville

02 Les Roches Noires

Marcel occupe avec sa mère l’appartement 110, au premier étage, avec vue sur la mer.

L’hôtel est construit en 1866. En pierres et briques, il est du type haussmanno-balnéaire. C’est le deuxième établissement de luxe édifié sur ce bout de côte. Avec 75 chambres à l’origine, 300 à la veille de la guerre, il a une très belle clientèle. Il est l’un des lieux de villégiature préférés de la haute société du Second Empire et de la IIIe République. Grands bourgeois et aristocrates français côtoient alors sur la côte normande milliardaires américains, industriels allemands, ou financiers anglais. L’hôtel est parfois nommé « le roi de la côte normande ».

Les Roches Noires, par Claude Monet

Les Roches Noires, par Claude Monet

 

1889, 1890, 1903, 1905, le Splendide, à Évian

05 Splendide Hôtel, Evian

Marcel y séjourne à deux reprises. Il y travaille son premier roman Jean Santeuil et fréquente le prince Antoine Bibesco, le prince Constantin de Brancovan et sa sœur, future Anna-de-Noailles, qui deviendra une amie, dans leur villa Bassaraba.

En août 1903, les Proust passent leurs dernières vacances ensemble à Évian. En septembre 1905, Marcel séjourne au Splendide pour la dernière fois avec sa mère, qui meurt peu après.

Proust, Hôtel Splendide, 1905

Proust, Hôtel Splendide, 1905

L’hôtel, sorti de terre en 1859, est rasé en 1983.

 

Avril-mai, puis octobre 1900, le Danieli, à Venise

Danieli, Riva degli Schiavoni

Danieli, Riva degli Schiavoni

08 Danieli, façade

09 Danieli, aujourd'hui

Marcel séjourne au Palazzo Dandolo en compagnie de sa mère, de Reynaldo Hahn et de Marie Nordlinger, sa cousine artiste-peintre. Il y revient seul en octobre suivant, en faisant un large détour par Padoue afin d’y admirer les fresques de Giotto.

Pour lui, Venise est « le haut lieu de la religion de la beauté » auquel il a été initié par John Ruskin.

L’hôtel mythique est situé sur le quai des Schiavoni. Il occupe l’ancien palais Dandolo bâti en style vénéto-gothique au XVe siècle.

En 1822, Giuseppe Da Niel, dit Danieli achète le premier étage et en fait l’Albergo reale. Sa fille Alfonsina Muzzarelli acquiert en 1840 la totalité, qu’elle transmet à son tour à sa fille, Giuseppina Roux. L’Albergo reale devient le Royal Danieli, et enfin simplement hôtel Danieli.

 

Demain, les palaces de Proust au XXe siècle.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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