Fiche — Actrice lesbienne, une ancienne (Balbec)

Actrice lesbienne, une ancienne [IV]

Comédienne française

 

Personnage fictif.

Homosexuelle.

 

 

À Balbec, elle provoque un scandale au Casino du Grand-Hôtel avec Mlle Bloch, la sœur d’Albert. Elles s’y caressent et y ont des ébats amoureux en public. La plainte de deux officiers venus avec leurs femmes n’y change rien, protégées qu’elles sont par M. Nissim Bernard.

Appelées à la circonspection par le directeur, les deux jeunes femmes se signalent peu après. Sans s’aller aussi loi, elles s’enlacent, s’embrassent, rient et poussent des cris indécents. Bloch feint de ne pas reconnaître sa sœur tandis que le Héros est indigné songeant que de tels comportements pourraient s’adresser à Albertine.

 

 

*Vers cette époque se produisit au Grand-Hôtel de Balbec un scandale qui ne fut pas pour changer la pente de mes tourments. La sœur de Bloch avait depuis quelque temps, avec une ancienne actrice, des relations secrètes qui bientôt ne leur suffirent plus. Être vues leur semblait ajouter de la perversité à leur plaisir, elles voulaient faire baigner leurs dangereux ébats dans les regards de tous. Cela commença par des caresses, qu’on pouvait en somme attribuer à une intimité amicale, dans le salon de jeu, autour de la table de baccara. Puis elles s’enhardirent. Et enfin un soir, dans un coin pas même obscur de la grande salle de danses, sur un canapé, elles ne se gênèrent pas plus que si elles avaient été dans leur lit. Deux officiers, qui étaient non loin de là avec leurs femmes, se plaignirent au directeur. On crut un moment que leur protestation aurait quelque efficacité. Mais ils avaient contre eux que, venus pour un soir de Netteholme, où ils habitaient, à Balbec, ils ne pouvaient en rien être utiles au directeur. Tandis que, même à son insu, et quelque observation que lui fît le directeur, planait sur Mlle Bloch la protection de M. Nissim Bernard. (IV, 169)

*La famille de Bloch avait beau n’avoir jamais soupçonné la raison pour laquelle son oncle ne déjeunait jamais à la maison et avoir accepté cela dès le début comme une manie de vieux célibataire, peut-être pour les exigences d’une liaison avec quelque actrice, tout ce qui touchait à M. Nissim Bernard était « tabou » pour le directeur de l’hôtel de Balbec. Et voilà pourquoi, sans en avoir même référé à l’oncle, il n’avait finalement pas osé donner tort à la nièce, tout en lui recommandant quelque circonspection. Or la jeune fille et son amie qui, pendant quelques jours, s’étaient figurées être exclues du Casino et du Grand-Hôtel, voyant que tout s’arrangeait, furent heureuses de montrer à ceux des pères de famille qui les tenaient à l’écart qu’elles pouvaient impunément tout se permettre. Sans doute n’allèrent-elles pas jusqu’à renouveler la scène publique qui avait révolté tout le monde. Mais peu à peu leurs façons reprirent insensiblement. Et un soir où je sortais du Casino à demi éteint, avec Albertine, et Bloch que nous avions rencontré, elles passèrent enlacées, ne cessant de s’embrasser, et, arrivées à notre hauteur, poussèrent des gloussements, des rires, des cris indécents. Bloch baissa les yeux pour ne pas avoir l’air de reconnaître sa sœur, et moi j’étais torturé en pensant que ce langage particulier et atroce s’adressait peut-être à Albertine. (IV, 175)

 


CATEGORIES : Homosexuel(le), Personnage fictif/ AUTHOR : patricelouis

Comments are closed.

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et