Récupération politique (abusive) de Proust

Récupération politique (abusive) de Proust

 

Il est légitime de glorifier les grands auteurs… Il l’est moins de le faire pour des causes contestables.

Nicolas Sarkozy est dans son droit quand il brigue la présidence de son parti, l’UMP. Il l’est moins quand il se sert des écrivains qui illustrent la France pour parvenir à ses fins.

 

Lors d’un meeting à Nice, le 21 octobre, l’ancien président de la République (qui aspire à le redevenir) a lancé : «  L’immigration ne doit pas être un sujet tabou mais un sujet majeur, car cela menace notre façon de vivre… La France est le pays de Hugo, de Maupassant, de Flaubert, de Proust. Nous voulons bien accueillir les autres mais nous ne voulons pas changer notre pays. »

 

Ériger des plumes prestigieuses en rempart contre l’étranger, ce n’est pas raisonnable.

 

M. Sarkozy est un récidiviste. À Montpellier, le 28 février 2012, dans une autre campagne (celle pour conserver son bail à l’Élysée), il a opposé l’apatride internet aux génies français : « Le rôle de l’école c’est de donner le goût de la connaissance, le goût de la poésie, le goût du roman… Je suis convaincu qu’à l’ère d’internet, Victor Hugo, Flaubert, Maupassant, Proust, ce n’est pas dépassé. 

Je suis convaincu que nous ne pouvons pas faire un plus beau cadeau à nos enfants qui passent tant de temps devant leur écran, que de leur faire aimer les livres, que de leur faire aimer les plus beaux textes de notre littérature, que de leur faire découvrir les plus grands chefs-d’œuvre de l’art, de la musique, du théâtre et du cinéma. »

 

Il ne faudrait pas que ça tourne à l’obsession. Il est vrai que l’intéressé se pique de citer Proust. Il met même en scène son goût pour l’auteur. Petite revue de presse de la seule fin d’année 2009 :

 

*Nicolas Sarkozy poursuit sa lecture des grands classiques de la littérature française. Il lit actuellement “A la recherche du temps perdu”, de Marcel Proust, dans la collection de la “Bibliothèque du Figaro”, présentée par l’académicien Jean d’Ormesson. Le Figaro, 19 septembre — Rue 89 propose une photo à l’appui :

Nicolas Sarkozy arrive au sommet européen de Bruxelles avec un livre de Proust sous le bras (Sebastien Pirlet/Reuters)

Nicolas Sarkozy arrive au sommet européen de Bruxelles avec un livre de Proust sous le bras (Sebastien Pirlet/Reuters)

 

*En septembre, les dirigeants de l’UMP évoquaient avec Nicolas Sarkozy une université d’été du Parti républicain qui s’était déroulée dans les années 1990 à Cabourg, lorsque le président s’est lancé dans une digression sur… Balbec, ville imaginaire de Normandie chère à Marcel Proust. Quelques jours plus tôt, des visiteurs du chef de l’État avaient remarqué qu’il laissait ostensiblement traîner, sur une table de l’Élysée, un volume d’À la Recherche du Temps perdu. L’Express, 9 octobre

 

[Le même journal cite ailleurs une formule assassine d’un de ses ministres : « Dans l’avion, il laisse parfois traîner ses livres. Pendant longtemps, il les a fait voyager avec lui, prendre l’air, voir du pays. Maintenant, il les ouvre ! »]

 

Catherine Pégard, conseillère de Nicolas Sarkozy : « Il faut l’avoir entendu évoquer un instant le désir dans l’œuvre de Proust comme en catimini, en marge d’une réunion à l’Elysée. » Le Journal du Dimanche, 10 octobre

 

Ce blogue n’a pas vocation à se mêler du combat titanesque pour la tête de l’UMP. Il se doit juste de préciser que l’un des protagonistes, Bruno LM. — que son rival Nicolas S. qualifie du sobriquet « Bac + 18 » —, a consacré une maîtrise, un DEA et une thèse à Proust. Je m’en voudrais, par cette information, infléchir le résultat du vote.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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