Quand Philae se pose sur une comète

Quand Philae se pose sur une comète

 

Saluons avec Proust l’événement historique…

Cet après-midi, (à 17 h, heure de Paris) pour la première fois, un engin forgé par l’Homme a atterri (doit-on dire « acometti » ?) sur un corps inconnu se déplaçant à 55 000 km/h à plus de 500 millions de kilomètres de la Terre après un voyage de 6,5 milliards de kilomètres dans l’espace parcourus en dix ans. La comète s’appelle 67P/Tchourioumov-Guérassimenko ; le robot, Philae ; la sonde qui l’a largué, Rosetta.

La zone où Philae s'est posé

La zone où Philae s’est posé

 

À la Recherche du Temps perdu illustre la fascination que les comètes exercent avec leurs noyau, queue et chevelure.

 

À propos des jeunes filles en fleurs de Balbec : « leur bande qui progressait le long de la digue comme une lumineuse comète » II

 

*À l’ouverture du rideau de l’Opéra de Paris : « je tenais mon esprit préparé comme ces plaques sensibles que les astronomes vont installer en Afrique, aux Antilles, en vue de l’observation scrupuleuse d’une comète ou d’une éclipse » III

 

*Sur les réflexions qu’Albertine, Gisèle et Gilberte  lui inspirent : « Auprès de ces idées, le souvenir de Mme de Guermantes à l’Opéra était bien peu de chose, une petite étoile à côté de la longue queue de sa comète flamboyante » III

 

*Une phrase de la duchesse de Guermantes : « Je trouve charmant un pays où on veut être sûr que votre crémier vous vende des œufs bien pourris, des œufs de l’année de la comète. » III

[Les comètes sont souvent désignées par l’année où elles apparaissent aux Terriens. Ainsi, Proust a peut-être admiré, en 1910, Halley et une Grande comète, visibles cette année-là.]

 

*À Venise : « d’antres plus obscurs que ceux d’où s’élance la comète qu’on peut prédire — grâce à l’insoupçonnable puissance défensive de l’habitude invétérée, grâce aux réserves cachées que par une impulsion subite elle jette au dernier moment dans la mêlée — mon action surgit enfin : je pris mes jambes à mon cou » VI

 

*Le maître d’hôtel des Guermantes à Françoise sur les Allemands : « Ça doit chauffer, notre vieux Joffre est en train de leur tirer des plans sur la comète. » VII

 

*Sur des apparitions : « C’est pendant des années que Bergotte m’avait paru un doux vieillard divin, que je m’étais senti paralysé comme par une apparition devant le chapeau gris de Swann, le manteau violet de sa femme, le mystère dont le nom de sa race entourait la duchesse de Guermantes jusque dans un salon : origines presque fabuleuses, charmante mythologie de relations devenues si banales ensuite, mais qu’elles prolongeaient dans le passé comme en plein ciel avec un éclat pareil à celui que projette la queue étincelante d’une comète. « VII

 

Sidérant voyage intersidéral !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Chronique, Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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