Hue cocotte (7) : la victoria

Tags :

Victoria

 

La victoria est une voiture hippomobile apparue vers 1840, d’après un phaéton conçu pour le Prince de Galles, futur roi Édouard VII, mais elle aurait été créée en France et nommée ainsi en l’honneur de la reine Victoria, et ensuite elle aurait gagné l’Angleterre, où le nom de « victoria » n’apparaît pas avant 1870. D’un accès aisé, elle est considérée comme une voiture pour dames.

C’est un cabriolet à quatre roues et deux places, auquel a été adjoint un siège sur coffre pour le cocher, tiré par un ou deux chevaux, et destiné à des déplacements en ville. Elle est suspendue par des ressorts en C, ou une suspension à huit ressorts. La caisse descend assez bas devant l’essieu arrière, facilitant l’accès. Les marchepieds et les garde-boue sont combinés.

La victoria grand-duc n’a pas de coffre à l’avant, et est munie d’un siège à l’arrière pour deux valets. À la différence du grand duc, la victoria grand-duc a un siège de cocher amovible, ce qui permet d’atteler à la d’Aumont, ou de mener depuis le siège arrière.

Victoria, ombres chinoises

Victoria, ombres chinoises

Huit ressorts

Huit ressorts

 

 

`

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

*C’était le printemps, un printemps pur et glacé. En sortant de soirée, il [Swann] montait dans sa victoria, étendait une couverture sur ses jambes, répondait aux amis qui s’en allaient en même temps que lui et lui demandaient de revenir avec eux qu’il ne pouvait pas, qu’il n’allait pas du même côté, et le cocher partait au grand trot sachant où on allait. I

 

*Parfois, en voyant, de sa victoria, dans ces belles nuits froides, la lune brillante qui répandait sa clarté entre ses yeux et les rues désertes, il pensait à cette autre figure claire et légèrement rosée comme celle de la lune, qui, un jour, avait surgi dans sa pensée et, depuis projetait sur le monde la lumière mystérieuse dans laquelle il le voyait. I

 

*une fois qu’il l’avait quittée, non sans être rentré pour l’embrasser encore parce qu’il avait oublié d’emporter dans son souvenir quelque particularité de son odeur ou de ses traits, tandis qu’il revenait dans sa victoria, bénissant Odette de lui permettre ces visites quotidiennes, dont il sentait qu’elles ne devaient pas lui causer à elle une bien grande joie, mais qui en le préservant de devenir jaloux — en lui ôtant l’occasion de souffrir de nouveau du mal qui s’était déclaré en lui le soir où il ne l’avait pas trouvée chez les Verdurin — l’aideraient à arriver, sans avoir plus d’autres de ces crises dont la première avait été si douloureuse et resterait la seule, au bout de ces heures singulières de sa vie, heures presque enchantées, à la façon de celles où il traversait Paris au clair de lune. I

 

*Quand il sortit le lendemain du banquet, il pleuvait à verse, il n’avait à sa disposition que sa victoria ; un ami lui proposa de le reconduire chez lui en coupé, et comme Odette, par le fait qu’elle lui avait demandé de venir, lui avait donné la certitude qu’elle n’attendait personne, c’est l’esprit tranquille et le cœur content que, plutôt que de partir ainsi dans la pluie, il serait rentré chez lui se coucher. I

 

*il sentit l’odeur du fer du coiffeur par lequel il se faisait relever sa « brosse » pendant que Lorédan allait chercher la petite ouvrière, les pluies d’orage qui tombèrent si souvent ce printemps-là, le retour glacial dans sa victoria, au clair de lune, toutes les mailles d’habitudes mentales, d’impressions saisonnières, de créations cutanées, qui avaient étendu sur une suite de semaines un réseau uniforme dans lequel son corps se trouvait repris. I

 

*Il se rappela ces soirs de clair de lune, où allongé dans sa victoria qui le menait rue La Pérouse, il cultivait voluptueusement en lui les émotions de l’homme amoureux, sans savoir le fruit empoisonné qu’elles produiraient nécessairement. I

 

*Mais au lieu de la simplicité, c’est le faste que je mettais au plus haut rang, si, après que j’avais forcé Françoise, qui n’en pouvait plus et disait que les jambes « lui rentraient », à faire les cent pas pendant une heure, je voyais enfin, débouchant de l’allée qui vient de la Porte Dauphine — image pour moi d’un prestige royal, d’une arrivée souveraine telle qu’aucune reine véritable n’a pu m’en donner l’impression dans la suite, parce que j’avais de leur pouvoir une notion moins vague et plus expérimentale — emportée par le vol de deux chevaux ardents, minces et contournés comme on en voit dans les dessins de Constantin Guys, portant établi sur son siège un énorme cocher fourré comme un cosaque, à côté d’un petit groom rappelant le « tigre » de « feu Baudenord », je voyais — ou plutôt je sentais imprimer sa forme dans mon cœur par une nette et épuisante blessure — une incomparable victoria, à dessein un peu haute et laissant passer à travers son luxe « dernier cri » des allusions aux formes anciennes, au fond de laquelle reposait avec abandon Mme Swann, ses cheveux maintenant blonds avec une seule mèche grise ceints d’un mince bandeau de fleurs, le plus souvent des violettes, d’où descendaient de longs voiles, à la main une ombrelle mauve, aux lèvres un sourire ambigu où je ne voyais que la bienveillance d’une Majesté et où il y avait surtout la provocation de la cocotte, et qu’elle inclinait avec douceur sur les personnes qui la saluaient. I

 

*Je rejoignis les bords du Lac, j’allai jusqu’au Tir aux pigeons. L’idée de perfection que je portais en moi, je l’avais prêtée alors à la hauteur d’une victoria, à la maigreur de ces chevaux furieux et légers comme des guêpes, les yeux injectés de sang comme les cruels chevaux de Diomède, et que maintenant, pris d’un désir de revoir ce que j’avais aimé, aussi ardent que celui qui me poussait bien des années auparavant dans ces mêmes chemins, je voulais avoir de nouveau sous les yeux au moment où l’énorme cocher de Mme Swann, surveillé par un petit groom gros comme le poing et aussi enfantin que saint Georges, essayait de maîtriser leurs ailes d’acier qui se débattaient effarouchées et palpitantes. I

 

*[Le Héros sur Odette Swann :] dès le mois de mai, on avait l’habitude de voir passer avec l’attelage le plus soigné, la livrée la mieux tenue de Paris, mollement et majestueusement assise comme une déesse, dans le tiède plein air d’une immense victoria à huit ressorts. II

 

*N’allant pas jusqu’à avoir une voiture, M. Bloch louait à certains jours une victoria découverte à deux chevaux de la Compagnie et traversait le Bois de Boulogne, mollement étendu de travers, deux doigts sur la tempe, deux autres sous le menton et si les gens qui ne le connaissaient pas le trouvaient à cause de cela « faiseur d’embarras », on était persuadé dans la famille que pour le chic, l’oncle Salomon aurait pu en remontrer à Gramont-Caderousse. II

 

*Peut-être eussé-je été un peu moins ému si je l’eusse rencontrée [la duchesse de Guermantes] chez Mme de Villeparisis à une soirée, au lieu de la voir ainsi à un des « jours » de la marquise, à un de ces thés qui ne sont pour les femmes qu’une courte halte au milieu de leur sortie et où, gardant le chapeau avec lequel elles viennent de faire leurs courses, elles apportent dans l’enfilade des salons la qualité de l’air du dehors et donnent plus jour sur Paris à la fin de l’après-midi que ne font les hautes fenêtres ouvertes dans lesquelles on entend les roulements des victorias III

*[Le duc de Guermantes :] Comment, c’est la sœur de Vermandois [Mme de Saint-Ferréol], je n’en avais pas la moindre idée. Ah ! ma famille est épatante, dit-il en se tournant à demi vers moi et en prenant sans s’en rendre compte les intonations de Bloch comme il empruntait ses idées, elle connaît des gens inouïs, des gens qui s’appellent plus ou moins Saint-Ferréol (et détachant la dernière consonne de chaque mot), elle va au bal, elle se promène en victoria, elle mène une existence fabuleuse. C’est prodigieux. III

 

*Ainsi, à ce moment, se rendant sans doute aussi chez le prince de Guermantes, passa en victoria, Mme de Sainte-Euverte, que le baron [de Charlus] ne trouvait pas assez chic pour lui. VII

 

*[Bloch] il s’installait derrière la glace de ce monocle dans une position aussi hautaine, distante et confortable que si ç’avait été la glace d’un huit ressorts VII

xxx 9 bis

 

Demain, le buggy.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

Comments are closed.

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et