La gaudriole, le colloque et le phonographe

La gaudriole, le colloque et le phonographe

 

Une trentaine de spectateurs concentrés à la Salle des fêtes d’Illiers-Combray, plus de sept cents fans déchaînés au Musée Marcel Proust… Euh, à moins que ce soit l’inverse.

En quelques heures, la cité de tante Léonie est passée d’un extrême de la culture à l’autre.

352 Perret & colloque

Vendredi soir, l’increvable Pierre Perret donnait un récital à guichets fermés. Il n’y avait pas une place libre pour écouter l’auteur du « Zizi », mais aussi de « Lili » chanson bouleversante contre le racisme, comme le sont aussi celles sur  les épouses battues et les musulmanes grillagées. Mais c’est naturellement avec des couplets tels que « Mlle Alphonsine trempe son cul dans la bassine » qu’il a assuré son triomphe.

 

Ce rendez-vous avec une vedette âgée semble traditionnel à Illiers-Combray, puisque, l’an dernier, Annie Cordy assurait le spectacle et, l’année d’avant, c’était Dave.

Le lien avec Proust ? La dame interprète « Cho Ka Ka O » et Marcel fait dire au peintre du noyau verdurinesque qu’un tableau est « fait avec du caca » — je trouve les correspondances que je peux ! Pour le Hollandais aux mœurs proustiennes, c’est plus évident puisqu’un de ses « tubes » s’intitule « Du côté de chez Swann ».

 

L’autre soir, Pierre Perret a mis les rieurs de son côté en prévenant qu’il fallait faire attention car il « met[tait] « les nougats » chez « le grand Marcel ». Et puisqu’il faut trouver une correspondance, il a chanté « Le Tord Boyau », nom d’un restaurant infâme dont le patron s’apprête à racheter La Tour d’Argent, citée dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs et, dans Sodome et Gomorrhe, mise dans la bouche du philosophe suédois auquel Mme Verdurin répond qu’elle y a fait des dîners détestables ».

 

Changement d’atmosphère samedi après-midi à la Maison de tante Léonie. Le « mini-colloque » organisé par la Société des Amis de Marcel Proust et des Amis de Combray a proposé son lot d’interventions savantes et une surprise : Jean-Yves Patte, de France Culture, est venu avec un phonographe sur lequel il a fait entendre des airs patriotiques de la Grande Guerre.

(Photo PL)

(Photo PL)

 

La musique décidément partout. Oui, à Illiers-Combray, tout finit par des chansons.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “La gaudriole, le colloque et le phonographe”

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  1. Il est vrai qu’en cette année commémorative, un colloque « Proust et la guerre de 14 » aurait été le bienvenu (peut-être cela a-t-il d’ailleurs été fait ?) ; les pages de Proust sur cette période sont moins citées que d’autres, et pourtant… Madame Verdurin époussetant les miettes de son croissant tout en lisant les nouvelles du front est si typiquement proustienne…

  2. Il était implicite que c’est au cœur de ce colloque qui s’achève ce dimanche, organisé savamment et joliment par Mireille Naturel — en regrettant toutefois qu’elle ait choisi de renoncer à sa conférence « La guerre et les colonies ».

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