Voir Proust partout (encore !)

Voir Proust partout (encore !)

J’avais à faire ce vendredi à Paris… à propos de Proust, évidemment.

La planète proustienne est en émoi parce que, mardi prochain, Sotheby’s Paris, en association avec Binoche et Giquello, vend des autographes, manuscrits et photographies du XXe siècle, parmi lesquels près de vingt pièces de Marcel Proust. Les enchères s’annoncent fastueuses.

Concepteur et présentateur de « Chercheurs d’Art » dans l’émission « Paris est vous » sur BFM Business (radio et télé), mon ami Olivier de Rincquesen (familier des habitués de ce blogue) m’a invité à venir parler de notre écrivain chéri. Le rendez-vous étant en direct à 14 h, j’ai donc pris ce matin le chemin de la Capitale. J’ai vu du Proust partout.

Avant l’aube, (sous ma casquette de président de l’Office de Tourisme du Pays de Combray), j’avais ouvert exceptionnellement les locaux parce que le marché hebdomadaire d’Illiers-Combray inaugurait sa nouvelle installation sur la place devant l’Office. Il me semblait, ainsi qu’aux bénévoles sans lesquels je ne serais rien, qu’un geste de bienvenue aux commerçants serait judicieux.

Je leur ai donc distribué un sachet contenant une madeleine et du tilleul local tel que le petit Marcel et sa tante (Élisabeth ou Léonie) en ont dégustés avec les conséquences que l’on sait :

 

L'office de Tourisme...

L’office de Tourisme…

... et des marchands de fleurs avec leur sachet (Photos PL

… et des marchands de fleurs avec leur sachet (Photos PL

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai sauté ensuite dans le train de 8 h 39. À Chartres, j’ai acheté les journaux, dont Les Echos, qui consacrait un long article à la vente Sotheby’s…

Les Echos

Les Echos

 

Arrivé tôt gare Montparnasse, j’ai choisi d’aller à pied à la télé et suis passé par la rue de Vaugirard. Je ne savais plus où donner de la tête tant s’enchaînaient les éléments évocateurs…

Dans la vitrine d’un chemisier-habilleur chic, justement appelé Gentilhomme, des vêtements pour homme au nom d’un saint honoré à Combray :

04 Saint-Hilaire

 

Une rue traversée du nom de Fabre…

05 Fabre

 

… mais c’est Ferdinand, romancier (1827-1898), que j’ai confondu avec  Jean-Henri, entomologiste (1823-1915), que le Héros cite en comparant la cruauté de Françoise à l’égard de la fille de cuisine, à une guêpe fouisseuse qui paralyse savamment des insectes pour nourrir sainement ses petits. Il l’évoque encore, sans le citer, comme exemple de savants capitaux ouvrant sans moyens.

Bien que baptisé « l’Homère des insectes » par Victor Hugo, J.-H. Fabre réalise l’essentiel de ses travaux avec des instruments rudimentaires dans des conditions précaires.

Il est au cœur d’une jolie citation  de Jean Cocteau sur la comtesse Laure de Chevigné, inspiration pour la duchesse de Guermantes, que Du côté de Guermantes avait rendue furieuse. Proust s’en plaint à Cocteau : « Lorsque j’avais vingt ans, elle refusait de m’aimer, faut-il lorsque j’en ai quarante qu’elle refuse de me lire. » Réponse du poète : « On ne peut pas reprocher aux insectes de ne pas lire Fabre. »

 

Un peu plus loin un étal d’ananas renvoyant à la salade d’ananas aux truffes qui ne convainc pas M. de Norpois (voir la chronique Pour des papilles proustiennes).

06 Ananas

 

Sont apparus ensuite deux éléments du Paris d’alors et d’aujourd’hui mais que Proust aurait du mal à reconnaître :

Des toilettes publiques, ni pavillon ni édicule Rambuteau…

07 Toilettes

 

… et le tramway :

08 Tramway

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Même une publicité immobilière a fait remonter la Recherche à ma mémoire :

09 K

 

Dans Le Temps retrouvé, c’est la culture qui, dans la bouche d’Oriane, commence par un K :

*Déjà, pendant la guerre, la duchesse avait donné des marques de cet affaiblissement. Si quelqu’un disait le mot culture, elle l’arrêtait, souriait, allumait son beau regard, et lançait : « la KKKKultur », ce qui faisait rire les amis qui croyaient retrouver là l’esprit des Guermantes.

Arrivé à BFM Business, j’ai participé à l’émission et parlé de Proust :

BB PL 1

Il ne me restait plus qu’à rentrer.

J’ai pris le métro, descendant avant une station fort proustienne :

11 Métro Madeleine

 

Dans le train, j’ai ouvert Paris Match et lu les pages consacrées à la Fondation Vuitton bâti par Frank Ghery au Jardin d’Acclimatation du Bois de Boulogne que fréquentaient Mme Swann et la princesse Mathilde. Il y avait une interview du génial architecte.

Paris-Match

Paris-Match

 

N’en jetez plus ! Pour me changer les idées, je vais passer le week-end à Cabourg.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

4 comments to “Voir Proust partout (encore !)”

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  1. c’est étonnant ce parcours dans Paris avec tous ces clins d’œil à notre cher Marcel, une journée bien proustienne, un weekend bien proustien…

  2. Bravo à votre journée proustienne, et merci d’avoir cité l’un de mes auteurs de prédilection, dont j’ai dévoré les mémoires entomologistes. Le style de Fabre, notamment ses pages sur son enfance, est éblouissant, il se rapproche beaucoup de celui de France à son meilleur ; peut-être le narrateur de la Recherche a-t-il pensé à lui pour composer son Bergotte ?

  3. Dear Patrice~
    Although I didn’t understand a word, your infectious enthusiasm for Proust and Illiers-Combray jumped out of the screen. Bravo! Oh, and your yellow scarf and thoughtful gift of madelines…were perfect touches. You brought laughter…just like Marcel.

    @6:19
    http://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/video/chercheurs-d-art-les-nuits-blanches-a-drouot-dans-paris-est-a-vous-0310-12-325956.html

  4. Bravo, grâce à Marcelita, qui l’a signalé dans facebook et ailleurs, je t’ai vu à la télé: félicitations pour ton énergie et ton enthousiasme au service de notre grand homme.
    Amicalement, j’ai été heureuse de t’apercevoir à Cabourg.

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