Un sou est un sou (1)

Un sou est un sou

 

Il y en a pour tous les budgets… L’œuvre de Proust jongle avec l’argent, des plus petites sommes (un sou) aux colossales fortunes (cinq milliards). Entre ces deux extrémités, l’argent est partout et tout, à commencer par les êtres, a sa valeur.

 

Le Blogobole n’a pas ménagé sa peine — mais pour vous, que ne tenterait-il pas ? — en faisant l’inventaire complet des sommes citées dans À la Recherche du Temps perdu.

 

Afin que la lectrice et le lecteur du XXIe siècle s’y retrouvent, voici de quoi comprendre les monnaies d’alors et leur valeur aujourd’hui : Le franc retenu est celui d’avant la guerre de 1914 et arrondi à l’équivalent de trois euros ; le sou est le vingtième du franc, soit cinq centimes ; le louis équivaut à vingt francs.

 

Un sou

J’achetai deux billes d’un sou. Je regardais avec admiration, lumineuses et captives dans une sébile isolée, les billes d’agate qui me semblaient précieuses parce qu’elles étaient souriantes et blondes comme des jeunes filles et parce qu’elles coûtaient cinquante centimes pièce. I

[Swann au Héros :] Votre pauvre grand-père a bien connu, au moins de réputation et de vue, le vieux père Chenut qui ne donnait qu’un sou de pourboire aux cochers bien qu’il fût riche pour l’époque II

[Albertine] n’ayant pas un sou de dot, vivant assez mal d’ailleurs, à la charge de M. Bontemps qu’on disait véreux et qui souhaitait se débarrasser d’elle II

M. de Cambremer était généreux, et en cela était plutôt « du côté de sa maman ». Mais, soit que « le côté de son papa » intervînt ici, tout en donnant il éprouvait le scrupule d’une erreur commise — soit par lui qui, voyant mal, donnerait, par exemple, un sou pour un franc, soit par le destinataire qui ne s’apercevrait pas de l’importance du don qu’il lui faisait. Aussi fit-il remarquer celle-ci : « C’est bien un franc que je vous donne, n’est-ce pas ? » en faisant miroiter la pièce dans la lumière, et pour que les fidèles pussent le répéter à Mme Verdurin. IV

[Albertine :] « Grand merci ! dépenser un sou pour ces vieux-là, j’aime bien mieux que vous me laissiez une fois libre pour que j’aille me faire casser… » V

 

Deux sous

Allez donc chercher deux sous de sel chez Camus. I

[Le curé de Combray :] Mon Dieu, le porche est sale et antique, mais enfin d’un caractère majestueux ; passe même pour les tapisseries d’Esther dont personnellement je ne donnerais pas deux sous, mais qui sont placées par les connaisseurs tout de suite après celles de Sens. I

« Ça a une tête de mauvais payeur, dit la « marquise » [tenancière du pavillon des Champs-Élysées]. Ce n’est pas le genre d’ici, ça n’a pas de propreté, pas de respect, il aurait fallu que ce soit moi qui passe une heure à nettoyer pour Madame. Je ne regrette pas ses deux sous. » III

« ah le bigorneau, deux sous le bigorneau » V

[Charlus :] Vous-même, Brichot, qui mettriez votre main au feu de la vertu de tel ou tel homme qui vient ici et que les renseignés connaissent comme le loup blanc, vous devez croire, comme tout le monde, à ce qu’on dit de tel homme en vue qui incarne ces goûts-là pour la masse, alors qu’il « n’en est pas » pour deux sous. Je dis pour deux sous, parce que, si nous y mettions vingt-cinq louis, nous verrions le nombre des petits saints diminuer jusqu’à zéro. V

c’étaient des bagues ou des bracelets faits avec des fragments d’obus ou des ceintures de 75, des allume-cigarettes composés de deux sous anglais, auxquels un militaire était arrivé à donner, dans sa cagna, une patine si belle que le profil de la reine Victoria y avait l’air tracé par Pisanello VII

 

La vieille lectrice des Débats était assise sur son fauteuil, toujours à la même place, elle interpellait un gardien à qui elle faisait un geste amical de la main en lui criant : « Quel joli temps ! » Et la préposée s’étant approchée d’elle pour percevoir le prix du fauteuil, elle faisait mille minauderies en mettant dans l’ouverture de son gant le ticket de dix centimes comme si ç’avait été un bouquet, pour qui elle cherchait, par amabilité pour le donateur, la place la plus flatteuse possible.  I

 

Six sous

[Les escargots] « On les vend six sous la douzaine… » […] « On les vend six sous la douzaine… » V

 

[Charlus à Morel :] Le « toucher » qui, je le vois, n’est pas forcément allié au « tact », a donc empêché chez vous le développement normal de l’odorat, puisque vous avez toléré que cette expression fétide de payer le thé, à 15 centimes je suppose, fît monter son odeur de vidanges jusqu’à mes royales narines ?

 

Huit sous

« Huit sous mon oignon » V

 

Je regardais avec admiration, lumineuses et captives dans une sébile isolée, les billes d’agate qui me semblaient précieuses parce qu’elles étaient souriantes et blondes comme des jeunes filles et parce qu’elles coûtaient cinquante centimes pièce. I

Vingt sous

[Le marquis de Cambremer dans le petit train :] c’est bien vingt sous ? comme ce n’est qu’une petite course. » IV

 

Quarante sous

ces grands artistes modestes ou généreux qui, […] donnant une de leurs toiles pour rien, ne peuvent en revanche sans mauvaise humeur perdre quarante sous aux dominos. II

[Une marchande de fleurs à Charlus :] « Prenez ces œillets, tenez, cette belle rose, mon bon Monsieur, cela vous portera bonheur. » M. de Charlus, impatienté, lui tendit quarante sous, en échange de quoi la femme offrit ses bénédictions et derechef ses fleurs. IV

 

100 sous

tel qui ne peut plus envoyer dix mille francs à une œuvre de bienfaisance, fait encore sans peine le généreux en donnant cent sous de pourboire au télégraphiste qui lui apporte une dépêche II

[Albertine :] j’ai passé les trois jours à me raser à cent sous l’heure. V

je ne lui [le lift] avais pas donné les cent sous que j’avais l’habitude de lui remettre en montant. IV

 

Un franc

[Le marquis de Cambremer dans le petit train :]« C’est bien un franc que je vous donne, n’est-ce pas ? » en faisant miroiter la pièce dans la lumière, et pour que les fidèles pussent le répéter à Mme Verdurin. IV

M. Verdurin dit à sa femme : « Tu sais où est allé Cottard ? Il est auprès de Saniette dont le coup de bourse pour se rattraper a échoué. En arrivant chez lui tout à l’heure, après nous avoir quittés, en apprenant qu’il n’avait plus un franc et qu’il avait près d’un million de dettes, Saniette a eu une attaque. V

 

2 francs

Après avoir congédié la laitière en lui donnant deux francs, je téléphonai à Bloch V

 

5 francs

ma mère me mettait dans la main une pièce de cinq francs I

J’avais cinq francs dans ma poche. II

[Le Héros sur une crémière à qui il pense faire porter une lettre :] Je lui dis que décidément je n’avais pas besoin d’elle et je lui donnai cinq francs. Aussitôt, s’y attendant si peu, et se disant que, si elle avait cinq francs pour ne rien faire, elle aurait beaucoup pour ma course, elle commença à trouver que son match n’avait pas d’importance. V

la véritable sauce blanche, faite avec du beurre à cinq francs la livre VI

je ne dis pas que Jeanne l’Algérienne ne lui donnait pas quelque chose, mais elle ne lui donnait pas plus de cinq francs VII

 

le mandat télégraphique coûte six francs soixante-quinze III

six francs soixante-quinze que vous m’avez retenus sur les trois mille francs que je vous avais prêtés III

 

10 francs

« J’ai voulu être gentil avec le chauffeur, je lui ai donné dix francs » V

la dame en gris donnait au moins dix francs de pourboire à la personne avec qui j’ai causé. Comme m’a dit cette personne, vous pensez bien que si elles n’avaient fait qu’enfiler des perles, elles ne m’auraient pas donné dix francs de pourboire. VI

 

Mais non, Monsieur lui a donné 43 francs de pourboire. Il a dit à Monsieur qu’il y avait 45 francs, Monsieur lui a donné 100 francs et il ne lui a rendu que 12 francs. » V

 

20 francs

— Mais on m’avait assuré qu’à Ostende ils usaient de la cabine royale.

— Naturellement ! On la loue pour vingt francs. II

Je comprenais que ce qui m’avait paru ne pas valoir vingt francs quand cela m’avait été offert pour vingt francs dans la maison de passe, où c’était seulement pour moi une femme désireuse de gagner vingt francs, peut valoir plus qu’un million, que la famille, que toutes les situation enviées, si on a commencé par imaginer en elle un être inconnu, curieux à connaître, difficile à saisir, à garder. Sans doute c’était le même mince et étroit visage que nous voyions Robert et moi. Mais nous étions arrivés à lui par les deux routes opposées qui ne communiqueront jamais, et nous n’en verrions jamais la même face. Ce visage, avec ses regards, ses sourires, les mouvements de sa bouche, moi je l’avais connu du dehors comme étant celui d’une femme quelconque qui pour vingt francs ferait tout ce que je voudrais. […] Il donnait plus d’un million pour avoir, pour que ne fût pas offert à d’autres, ce qui m’avait été offert comme à chacun pour vingt francs. […] une Rachel à vingt francs. III

— Pourquoi ne venez-vous jamais me voir ? me dit Mme de Guermantes quand Mme de Villeparisis se fut éloignée pour féliciter les artistes et remettre à la diva un bouquet de roses dont la main qui l’offrait faisait seule tout le prix, car il n’avait coûté que vingt francs. (C’était du reste son prix maximum quand on n’avait chanté qu’une fois. Celles qui prêtaient leur concours à toutes les matinées et soirées recevaient des roses peintes par la marquise.) III

« Le train de Paris est signalé, Monsieur », dit l’employé qui portait les valises.

« Mais je ne prends pas le train, mettez tout cela en consigne, que diable ! » dit M. de Charlus en donnant vingt francs à l’employé stupéfait du revirement et charmé du pourboire. IV

 

40 francs

elle se fit monter du champagne qui coûtait 40 francs la bouteille. IV

« Et puis, cela peut me faire gagner quarante francs. Ce n’est pas rien. […] S’il était vraiment sorti pour une leçon, il est possible que deux louis remis au départ par une élève lui eussent produit un effet autre que deux louis tombés de la main de M. de Charlus. Puis l’homme le plus riche ferait pour deux louis des kilomètres qui deviennent des lieues si l’on est fils d’un valet de chambre. IV

 

43 francs

Mais non, Monsieur lui a donné 43 francs de pourboire. Il a dit à Monsieur qu’il y avait 45 francs, Monsieur lui a donné 100 francs et il ne lui a rendu que 12 francs. » V

 

45 francs

Mais non, Monsieur lui a donné 43 francs de pourboire. Il a dit à Monsieur qu’il y avait 45 francs, Monsieur lui a donné 100 francs et il ne lui a rendu que 12 francs. » V

 

50 francs

causa autant de plaisir à mon camarade que si cinquante francs avaient été ajoutés à sa pension mensuelle. II

des petits-fils de voleurs, qui sont millionnaires et généreux, ne peuvent résister à vous voler cinquante francs. V

elle avait vu ma tante Léonie donner à Eulalie quatre billets de mille francs, alors qu’un billet de cinquante francs plié en quatre me paraissait déjà peu vraisemblable VI

homme de génie méconnu qui vend ses toiles cinquante francs VII

[Jeanne l’Algérienne] une femme qui était en maison, qui gagnait plus de cinquante francs par jour. VII

Si c’était pas les cinquante francs qu’il donne. VII

Il s’approcha ensuite de Maurice pour lui remettre ses cinquante francs VII

 

100 francs

en louant cent francs par jour la chambre d’hôtel I

la vue d’un billet de cent francs, à plus forte raison de mille IV

Mais non, Monsieur lui a donné 43 francs de pourboire. Il a dit à Monsieur qu’il y avait 45 francs, Monsieur lui a donné 100 francs et il ne lui a rendu que 12 francs. » V

 

300 francs

M. Verdurin acheta pour trois cents francs une pierre reconstituée en laissant entendre qu’on pouvait difficilement en voir d’aussi belle. I

il y a une différence immense entre une toilette de Callot et celle d’un couturier quelconque ? demandai-je à Albertine. — Mais énorme, mon petit bonhomme, me répondit-elle. Oh ! pardon. Seulement, hélas ! ce qui coûte trois cents francs ailleurs coûte deux mille francs chez eux. II

Après qu’on les aura battus, on ne laissera plu entrer en France un seul Anglais sans payer trois cents francs d’entrée, comme nous maintenant pour aller en Angleterre. » IV

 

500 francs

Oubliant sans doute que lui-même [le directeur du Grand-Hôtel] ne touchait pas cinq cent francs d’appointements mensuels, il méprisait profondément les personnes pour qui cinq cents francs ou plutôt comme il disait « vingt-cinq louis » est « une somme »  II

un chapeau de la princesse de Guermantes, qui a coûté cinq cents francs. IV

[Charlus :] je donne 500 francs pour la soirée IV

En tous cas l’offre des 500 francs avait dû remplacer pour Morel l’absence de relations antérieures IV

Je dis pour deux sous, parce que, si nous y mettions vingt-cinq louis, nous verrions le nombre des petits saints diminuer jusqu’à zéro. V

Bloch ayant oublié lui-même exactement ce qu’il avait prêté à Morel, et lui ayant réclamé 3.500 francs au lieu de 4.000, ce qui eût fait gagner 500 francs au violoniste V

Et je la [une fillette que le Héros berce sur ses genoux] priai de s’en aller, après lui avoir remis un billet de cinq cents francs. […] [les parents] me rendirent les cinq cents francs VI

 

Le prince d’Agrigente passait pour un « rasta » aux yeux d’un chasseur de cercle à qui il devait vingt-cinq louis IV

 

Demain, mille francs et plus.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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  1. Et dire que ce blog est GRATUIT !

    très bonne journée à vous…

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