Nombres — Les jours

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Les jours

 

                                                

 

Treize jours de l’année sont cités dans d’À la Recherche du Temps perdu. Celui qui l’est le plus est le 1er janvier — vingt occurrences plus quatre sous le nom de Jour de l’An.

 

Noël (le jour, son arbre, son soulier ou chausson, son nom, sa période, sa nuit, ou sous sa forme anglaise « Christmas ») apparaît  seize fois — mais aucune dans la Fugitive.

 

Il est suivi (de loin) par le 14 juillet (2 fois) et le 15 août (2 aussi).

 

 

 

*quand M. Swann venait le 1er janvier lui apporter son sac de marrons glacés, elle ne manquait pas, s’il y avait du monde, de lui dire : « Eh bien ! M. Swann, vous habitez toujours près de l’Entrepôt des vins, pour être sûr de ne pas manquer le train quand vous prenez le chemin de Lyon ? » (I)

 

*Il y avait eu dans mon enfance, avant que nous allions à Combray, quand ma tante Léonie passait encore l’hiver à Paris chez sa mère, un temps où je connaissais si peu Françoise que, le 1er janvier, avant d’entrer chez ma grand’tante, ma mère me mettait dans la main une pièce de cinq francs et me disait : « Surtout ne te trompe pas de personne. Attends pour donner que tu m’entendes dire : « Bonjour Françoise » ; (I)

 

*J’éprouvais une petite déception, car cette jeune dame  [en rose] ne différait pas des autres jolies femmes que j’avais vues quelquefois dans ma famille notamment de la fille d’un de nos cousins chez lequel j’allais tous les ans le premier janvier. Mieux habillée seulement, l’amie de mon oncle avait le même regard vif et bon, elle avait l’air aussi franc et aimant. (I)

 

*Dès le commencement de décembre elle était malade à la pensée que les fidèles « lâcheraient » pour le jour de Noël et le 1er janvier. (I)

 

*Quand vint le 1er janvier, je fis d’abord des visites de famille, avec maman, qui, pour ne pas me fatiguer, les avait d’avance (à l’aide d’un itinéraire tracé par mon père) classées par quartier plutôt que selon le degré exact de la parenté. (II)

 

*j’avais décidé de lui envoyer au nouvel an, et dans laquelle je lui disais que notre amitié ancienne disparaissait avec l’année finie, que j’oubliais mes griefs et mes déceptions et qu’à partir du 1er janvier, c’était une amitié neuve que nous allions bâtir, si solide que rien ne la détruirait, si merveilleuse que j’espérais que Gilberte mettrait quelque coquetterie à lui garder toute sa beauté et à m’avertir à temps comme je promettais de le faire moi-même, aussitôt que surviendrait le moindre péril qui pourrait l’endommager. (II)

 

*Le soir tombait, je m’arrêtai devant une colonne de théâtre où était affichée la représentation que la Berma donnait pour le 1er janvier. (II)

 

*Je venais de vivre le 1er janvier des hommes vieux qui diffèrent ce jour-là des jeunes, non parce qu’on ne leur donne plus d’étrennes, mais parce qu’ils ne croient plus au nouvel an. (II)

 

*Seulement, quand le milieu du mois de janvier approcha, une fois déçues mes espérances d’une lettre pour le jour de l’an et la douleur supplémentaire qui avait accompagné leur déception une fois calmée, ce fut mon chagrin d’avant « les Fêtes » qui recommença. (II)

 

*Ainsi ma souffrance était infiniment plus cruelle qu’au temps de cet ancien 1er janvier, parce que cette fois il y avait en moi au lieu de l’acceptation pure et simple de cette souffrance, l’espoir, à chaque instant, de la voir cesser. (II)

 

*Il faisait penser en plus grand, dans les hôtels d’alors, à ces serres minuscules et portatives posées au matin du 1er janvier sous la lampe allumée — les enfants n’ayant pas eu la patience d’attendre qu’il fît jour — parmi les autres cadeaux du jour de l’an, mais le plus beau d’entre eux, consolant avec les plantes qu’on va pouvoir cultiver, de la nudité de l’hiver ; (II)

 

*Le 1er janvier me fut particulièrement douloureux cette année-là. Tout l’est sans doute, qui fait date et anniversaire, quand on est malheureux. (II)

 

*Pour imaginer au contraire ce qui se passait en Gilberte, il eût fallu que je pusse tout simplement anticiper dès ce 1er janvier-là, ce que j’eusse ressenti celui d’une des années suivantes, et où l’attention, ou le silence, ou la tendresse, ou la froideur de Gilberte eussent passé à peu près inaperçus à mes yeux et où je n’eusse pas songé, pas même pu songer à chercher la solution de problèmes qui auraient cessé de se poser pour moi. (II)

 

*Le 1er janvier sonna toutes ses heures sans qu’arrivât cette lettre de Gilberte. (II)

 

*(comme il [Bloch] disait le premier janvier : «Je vous la souhaite bonne et heureuse») (II)

 

*enfin certain de pouvoir reprendre sa maîtresse, de le pouvoir, donc de le faire. Seulement elle lui demandait, pour qu’elle retrouvât son calme, de ne pas revenir à Paris au 1er janvier. Or, il n’avait pas le courage d’aller à Paris sans la voir. (III)

 

*De même, un soir du 1er janvier, à la tombée de la nuit, devant une colonne d’affiches, j’avais découvert l’illusion qu’il y a à croire que certains jours de fête diffèrent essentiellement des autres. (III)

 

*Les habitudes d’enfance allaient renaître, on se réunirait dans trois mois pour la Noël, puis le 1er janvier, dates qui m’étaient déjà tristes en elles-mêmes, de par le souvenir inconscient du chagrin que j’y avais ressenti quand, autrefois, elles me séparaient, tout le temps des vacances du jour de l’an, de Gilberte.  (IV)

 

*interpolation curieuse des objets singuliers et superflus qui ont encore l’air de sortir de la boîte où ils ont été offerts et qui restent toute la vie ce qu’ils ont été d’abord, des cadeaux du Premier Janvier ; (V)

 

 

 

*Et comme j’en reçus quelques-unes de vœux tardifs ou retardés par l’encombrement des courriers à ces dates-là, le 3 et le 4 janvier, j’espérais encore, de moins en moins pourtant. Les jours qui suivirent, je pleurai beaucoup. (II)

 

 

 

 *[Le père du Héros :] vous pourriez rester à Venise du 20 avril au 29 (I)

 

 

 

*— Oui, et encore dans les environs de Paris où ils sont très en avance. En Normandie, par exemple, chez son père, dit-elle en désignant le duc de Châtellerault, qui a de magnifiques pommiers au bord de la mer, comme sur un paravent japonais, ils ne sont vraiment roses qu’après le 20 mai. (III)

 

 

 

*Et on sentait qu’il ne s’en fallait pas de beaucoup pour qu’ils fussent montés sur des chaises, pour mieux voir, comme à la revue du 14 juillet ou au Grand Prix. (IV)

 

*je craignais que, le 14 juillet, elle me demandât d’aller à un bal populaire (V)

 

 

 

*Et comme cette petite espérait pour le 15 août aller voir ses bienfaiteurs, Françoise ne pouvait se tenir de répéter : « Elle me fait rire. Elle dit : j’espère d’aller chez moi pour le 15 août. (II)

 

 

 

*à cause de la grande tristesse que j’avais eue à Balbec, cette nuit du 14 septembre, elle m’avait fait le sacrifice de ne pas y rester et de revenir tout de suite à Paris. Quand elle était arrivée, le 15, je lui avais demandé d’aller voir Andrée et lui avais dit : « A-t-elle été contente de vous revoir ? » (V)

 

 

 

*Il s’est cassé la jambe le 14 septembre, elle a eu le temps de télégraphier à Albertine, le 15 au matin, qu’elle ne viendrait pas, et Albertine de prévenir l’agence. (V)

 

 

 

*À bien vrai dire ce n’est pas ce qui me déterminerait. J’ai trop négligé depuis quelque temps l’Archange saint Michel, mon patron, et je voudrais le dédommager en restant jusqu’à sa fête, le 29 septembre, à l’Abbaye du Mont. (IV)

 

 

 

*Un jour plus tard, cela courait jusqu’au 15 octobre. (V)

 

 

 

*Dès le commencement de décembre elle [Mme Verdurin] était malade à la pensée que les fidèles « lâcheraient » pour le jour de Noël et le 1er janvier. I

 

*[Gilberte au Héros :] — Demain, comptez-y, mon bel ami, mais je ne viendrai pas ! j’ai un grand goûter ; après-demain non plus, je vais chez une amie pour voir de ses fenêtres l’arrivée du roi Théodose, ce sera superbe, et le lendemain encore à Michel Strogoff et puis après, cela va être bientôt Noël et les vacances du jour de l’An. Peut-être on va m’emmener dans le midi. Ce que ce serait chic! quoique cela me fera manquer un arbre de Noël ; en tous cas si je reste à Paris, je ne viendrai pas ici car j’irai faire des visites avec maman. Adieu, voilà papa qui m’appelle. I

 

*À midi et demi, je me décidais enfin à entrer dans cette maison qui, comme un gros soulier de Noël me semblait devoir m’apporter de surnaturels plaisirs. (Le nom de Noël était du reste inconnu à Mme Swann et à Gilberte qui l’avaient remplacé par celui de Christmas, et ne parlaient que du pudding de Christmas, de ce qu’on leur avait donné pour leur Christmas, de s’absenter — ce qui me rendait fou de douleur — pour Christmas. Même à la maison, je me serais cru déshonoré en parlant de Noël et je ne disais plus que Christmas, ce que mon père trouvait extrêmement ridicule.) II

 

*— Au moins on sait ce qu’on fait et dans quelle saison qu’on vit [à Combray]. Ce n’est pas comme ici qu’il n’y aura pas plus un méchant bouton d’or à la sainte Pâques qu’à la Noël, et que je ne distingue pas seulement un petit angélus quand je lève ma vieille carcasse. III

 

*La passion mystérieuse avec laquelle j’avais pensé autrefois à l’Autriche parce que c’était le pays d’où venait Albertine (son oncle y avait été conseiller d’ambassade), que sa singularité géographique, la race qui l’habitait, ses monuments, ses paysages, je pouvais les considérer (ainsi que dans un atlas, dans un recueil de vues) dans le sourire, dans les manières d’Albertine, cette passion mystérieuse, je l’éprouvais encore mais, par une interversion des signes, dans le domaine de l’horreur. Oui, c’était de là qu’Albertine venait. C’était là que, dans chaque maison, elle était sûre de retrouver, soit l’amie de Mlle Vinteuil, soit d’autres. Les habitudes d’enfance allaient renaître, on se réunirait dans trois mois pour la Noël, puis le 1er janvier, dates qui m’étaient déjà tristes en elles-mêmes, de par le souvenir inconscient du chagrin que j’y avais ressenti quand, autrefois, elles me séparaient, tout le temps des vacances du jour de l’an, de Gilberte. Après les longs dîners, après les réveillons, quand tout le monde serait joyeux, animé, Albertine allait avoir, avec ses amies de là-bas, ces mêmes poses que je lui avais vu prendre avec Andrée, alors que l’amitié d’Albertine pour elle était innocente; qui sait ? peut-être celles qui avaient rapproché devant moi Mlle Vinteuil poursuivie par son amie, à Montjouvain. À Mlle Vinteuil maintenant, tandis que son amie la chatouillait avant de s’abattre sur elle, je donnais le visage enflammé d’Albertine, d’Albertine que j’entendis lancer en s’enfuyant, puis en s’abandonnant, son rire étrange et profond. Qu’était, à côté de la souffrance que je ressentais, la jalousie que j’avais pu éprouver le jour où Saint-Loup avait rencontré Albertine avec moi à Doncières et où elle lui avait fait des agaceries ? celle aussi que j’avais éprouvée en repensant à l’initiateur inconnu auquel j’avais pu devoir les premiers baisers qu’elle m’avait donnés à Paris, le jour où j’attendais la lettre de Mlle de Stermaria ? Cette autre jalousie, provoquée par Saint-Loup, par un jeune homme quelconque, n’était rien. J’aurais pu, dans ce cas, craindre tout au plus un rival sur lequel j’eusse essayé de l’emporter. Mais ici le rival n’était pas semblable à moi, ses armes étaient différentes, je ne pouvais pas lutter sur le même terrain, donner à Albertine les mêmes plaisirs, ni même les concevoir exactement. Dans bien des moments de notre vie nous troquerions tout l’avenir contre un pouvoir en soi-même insignifiant. J’aurais jadis renoncé à tous les avantages de la vie pour connaître Mme Blatin, parce qu’elle était une amie de Mme Swann. Aujourd’hui, pour qu’Albertine n’allât pas à Trieste, j’aurais supporté toutes les souffrances, et si c’eût été insuffisant, je lui en aurais infligé, je l’aurais isolée, enfermée, je lui eusse pris le peu d’argent qu’elle avait pour que le dénuement l’empêchât matériellement de faire le voyage. Comme jadis quand je voulais aller à Balbec, ce qui me poussait à partir c’était le désir d’une église persane, d’une tempête à l’aube, ce qui maintenant me déchirait le cœur en pensant qu’Albertine irait peut-être à Trieste, c’était qu’elle y passerait la nuit de Noël avec l’amie de Mlle Vinteuil : car l’imagination, quand elle change de nature et se tourne en sensibilité, ne dispose pas pour cela d’un nombre plus grand d’images simultanées. IV

 

*Quand elle [Albertine] disait : « Ah ! si j’avais trois cent mille francs de rente ! » même si elle exprimait une pensée mauvaise mais bien peu durable, elle n’eût pu s’y rattacher plus longtemps qu’au désir d’aller aux Rochers, dont l’édition de Mme de Sévigné de ma grand’mère lui avait montré l’image, de retrouver une amie de golf, de monter en aéroplane, d’aller passer la Noël avec sa tante, ou de se remettre à la peinture. V

 

*La forme donnée aux réceptions se trouvait modifiée sans qu’elles cessassent d’enchanter Brichot, qui au fur et à mesure que les relations des Verdurin allaient s’étendant, y trouvait des plaisirs nouveaux et accumulés dans un petit espace comme des surprises dans un chausson de Noël.
VII

 

 

 

*Mme Verdurin dormait encore, ne se souvenant pas d’avoir gardé la chambre une seule fois depuis l’âge de douze ans, où elle avait eu la rougeole, ayant répondu, le 31 décembre, à Mme Verdurin qui, inquiète d’être seule, lui avait demandé si elle ne pourrait pas rester coucher à l’improviste, malgré le jour de l’an : « Mais qu’est-ce qui pourrait m’en empêcher n’importe quel jour ? (IV)

 

 

 

Et ces deux derniers, sans précision du mois :

 

elle avait peur, si le coup ratait, qu’il ne se fâchât et lâchât le 16. (V)

 

[Odette à Swann :] nous partons le 19, on t’enverra une vue des Pyramides  (I)

 

 

 

Récapitulons : 1er janvier, 3 et 4 janvier, du 20 au 29 avril, 20 mai, 14 juillet,  15 août, 14 et 15 septembre, 29 septembre, 15 octobre, 25 décembre, 31 décembre.

 

 

 

Parole de proustiste…

 

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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