Illiers-Combray seule au monde…

Illiers-Combray seule au monde…

 

« Illiers-Combray est la seule commune de France, donc du monde, ainsi nommée par l’ajout d’un nom fictif de la littérature à son appellation d’origine. »

Je dis et répète cette phrase à toute occasion — et je découvre que j’ai failli avoir tort.

307 Terre Natale, 1938

C’est à Pierre Assouline que je dois cette révélation : la commune où un autre Marcel, Arland, est né a été rebaptisée Terre-Natale, titre d’un de ses livres publié chez Gallimard en 1938.

Cela s’est passé en 1972, un an après l’adjonction de Combray à Illiers à l’occasion du centenaire de Marcel Proust, qui n’y est même pas né.

Marcel Arland est un enfant de Varennes-sur-Armance, en Haute-Marne, où il a vu le jour en 1799. Écrivain, prix Goncourt, académicien, codirecteur de la NRF, il méritait d’être honoré. Du coup, Varennes-sur-Armance s’est marié avec deux voisines, Chézeaux et Champigny-sous-Varennes, pour prendre le nom de Terre-Natale.

Las ! quatorze ans plus tard, Champigny-sous-Varennes reprend sa liberté et est rétablie en tant que commune indépendante. En 2012, Chézeaux fait de même et choisit la défusion. Terre-Natale cesse d’exister.

Le nom subsiste certes encore dans celui du canton, mais symboliquement puisque la commune éponyme est dissoute.

 

Ces informations sont tirées de l’excellent Autodictionnaire Proust, chez Omnibus, où Pierre Assouline pousse un coup de gueule :

« La Recherche est bien « une machine à produire des hasards objectifs « [Antoine Compagnon]. De le constater rend plus odieux encore le crime contre la fiction, perpétré par une commune d’Eure-et-Loir ce jour de 1971 où elle inventa de débaptiser Illiers pour la rebaptiser Illiers-Combray au mépris de la liberté de l’esprit des lecteurs ; que ce fut à l’initiative de M. Larcher, secrétaire général de la Société des amis de Marcel Proust, n’en est que plus accablant. […] On devrait interdire à tout proustien bien né d’y mettre jamais les bottines. Si d’aventure, par une matinée de funeste mémoire, il prenait à Cabourg d’en faire autant en s’adjoignant Balbec (il ne faut jurer de rien), ce serait un signe des temps et il ne nous resterait plus alors qu’à demander l’asile poétique au plus loin de ce pays sans boussole. »

 

Le hasard objectif faisant bien les choses, j’ai expliqué cette semaine (voir la chronique De Balbec à Combray) pourquoi Cabourg ne changera jamais de nom.

 

En attendant, quelle charge ! J’ai beau n’être pas spécialement bien né ni me chausser en bottines, je me sens concerné… L’ami Pierre acceptera-t-il l’invitation que je lui lance de venir signer ici la paix des braves où sommes-nous entrés dans une période de glaciation avec relations sympathiques rompues ?

 

La planète Proust retient son souffle.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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