Bostonian & Proustian (suite)

Bostonian & Proustian (suite)

 

Je suis heureux de vous présenter ma nouvelle amie américaine…

Elle s’appelle Debra Wiess et ne pouvait vivre qu’à Boston, la plus proustienne des villes américaines — sans doute la seule. (Voir la chronique d’hier)

Je dois de la connaître grâce à Marcelita Swann qui a servi de go-between — qu’elle en soi remerciée, elle qui habite New York — peu proustienne cité, sauf peut-être justement le quartier de Central Park où j’espère aller un jour la saluer.

Debra, que nous appellerons Debbie, est écrivaine, s’exprimant en français et en anglais.  Elle est très active dans la communauté du théâtre, du cinéma.  Nous avons une particularité commune : Proustiens l’un et l’autre, of course, nous sommes des convertis de la dernière heure, elle à l’été 2012, moi deux ans plus tôt. Elle est membre  du bostonien « Proust Reading Group » et moi de la Société des Almis de Marcel Proust et des Amis de Combray.

 

Fort impressionnée par la vie et l’œuvre du cher Marcel, bonne connaisseuse de la première et d’À la recherche du temps perdu, Debbie a écrit une pièce d’une rare finesse — Proust et Joyce à l’Hôtel Majestic, dont je vous reparlerai et un poème, en mars dernier, qu’elle m’a autorisé à reproduire ici :

 

Temps Perdu ou Retrouvé

(Hommage à Marcel Proust)

 

À Jerry Anderson l’ami qui m’a amené à Proust

et à mon mari Jim Wiess qui devait vivre avec Proust depuis

 

Longtemps j’ai trouvé difficile

la lecture du chef d’œuvre de Proust.

L’homme aux madeleines trempées

dans le thé et à la mémoire involontaire

restait pour moi un mystère.

Quant à son roman célèbre, je me suis trouvée

complètement perdue, recherchant

un moyen de le pénétrer.

 

Malgré tous les efforts que je faisais.

Malgré le fait que le français me plait.

Malgré mon amour pour la lecture dans cette langue.

Malgré l’importance de cette grande œuvre et sa réputation

d’être un des plus grands classiques de la littérature,

plus important peut-être que ceux de Mme de Sévigné,

de Balzac, de Zola et de Saint-Simon qui avaient tant inspiré l’écrivain,

des classiques que normalement je dévorais.

Malgré le Goncourt, prix prestigieux, gagné par l’auteur.

Malgré ses idées et ses thèmes universels.

Malgré tout, je n’arrivais pas.

Je n’ai simplement pas pu.

 

Néanmoins, puisqu’il faut absolument lire Proust

si l’on est sérieux à propos de la culture française

et ne veut pas être considéré inculte,

je continuais à essayer.

Proust l’icône véritable de la littérature française.

C’est pour cela que j’ai acheté tous ses tomes.

Car il est un auteur à lire et à apprécier.

C’est ce que nous disent les personnes instruites.

 

Le temps passe comme il en a l’habitude.

Et de temps en temps je tâchais de l’aborder

mais chaque tentative était un nouveau échec.

Je n’avançais plus loin que la page trois

dans le premier volume je crois…

peut-être même pas.

C’était un exercice qui semblait bien futile.

Pourtant il ne faut pas oublier que la lecture

de Proust est dure et n’est pas évident !

Je gardais quand même l’éternel espoir

qu’un jour je réussirais.

 

Du coin de l’œil je les voyais, mes livres de poche

Proust restant confortablement sur l’étagère chez moi.

Je m’arrêtais parfois en passant devant eux pour

les ouvrir et les feuilleter motivé peut-être par des

sentiments de culpabilité et de honte ou par l’envie

d’apprécier enfin ce qui est reconnu comme

littérature extraordinaire.

Mais à la fin du compte le résultat était le même – rien !

Pourquoi, je me suis demandée, est-ce que cela se produit ?

Je n’avais pas la moindre idée.

Mais c’était simplement comme cela.

 

Et puis un beau jour j’ai rencontré complètement par hasard

un membre du PSB, cad l’Association des Proustiens de Boston.

Avec l’encouragement plein de gentillesse et de délicatesse

de cette personne qui est devenue une bonne amie,

je me suis plongée dans Proust une fois de plus.

Mais cette fois-ci je le lisais en écoutant les volumes en CDs

du Centre Culturel Français ici.  Cela était bien la clé

car, ô miracle, j’arrivais !  Enfin j’ai trouvé

un moyen pour bien rentrer dans le roman

et le monde que Proust a créé a ouvert devant moi.

 

Aujourd’hui je constate que je suis devenue

une adepte de Proust, faisant aussi son éloge,

lui rendant hommage, disciple à mon tour

convertissant des novices.  Son intelligence,

son sens de l’humour ne m’échappent plus.

Je suis enveloppée par ses descriptions si jolies,

ses tournures de phrases si poétiques et pleins de musique,

tout avec une logique éternellement circulaire.

Comme une révélation, j’ai percé enfin son monde

et j’ai compris.

Ah oui, maintenant je suis convaincue !

Et je suis inspirée par lui,

créant en son honneur une pièce

et même ce poème !

 

Anatole France a dit que la vie est trop courte pour lire Proust.

Comme si sa lecture était une perte du temps.

Mais moi, je dis que la vie est trop courte pour NE PAS le lire.

C’est avec sa lecture qu’on peut retrouver le Temps perdu.

 

Chère Debbie Wiess, je m’incline respectueusement devant cet hommage.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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