Les cloches et le calorifère à eau

Les cloches et le calorifère à eau

 

Les pépites scintillent dans toutes les pages de la Recherche.

 

En cherchant des extraits consacrés aux cloches (voir la chronique d’hier, Sonner les cloches), j’ai trouvé cette lumineuse illustration du processus de création littéraire.

Il y est question de cloches et de calorifère (on dirait aujourd’hui radiateur) :

 

*On peut faire se succéder indéfiniment dans une description les objets qui figuraient dans le lieu décrit, la vérité ne commencera qu’au moment où l’écrivain prendra deux objets différents, posera leur rapport, analogue dans le monde de l’art à celui qu’est le rapport unique, de la loi causale, dans le monde de la science et les enfermera dans les anneaux nécessaires d’un beau style, ou même, ainsi que la vie, quand en rapprochant une qualité commune à deux sensations, il dégagera leur essence en les réunissant l’une et l’autre pour les soustraire aux contingences du temps, dans une métaphore, et les enchaînera par le lien indescriptible d’une alliance de mots. La nature elle-même, à ce point de vue sur la voie de l’art, n’était elle pas commencement d’art, elle qui souvent ne m’avait permis de connaître la beauté d’une chose que longtemps après dans une autre, midi à Combray que dans le bruit de ses cloches, les matinées de Doncières que dans les hoquets de notre calorifère à eau ? Le rapport peut être peu intéressant, les objets médiocres, le style mauvais, mais tant qu’il n’y a pas eu cela il n’y a rien. Le Temps retrouvé

Les cloches d'Illiers-Combray (Photo PL)

Les cloches d’Illiers-Combray (Photo PL)

265 2 Calorifère à eau

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je n’écouterai plus de la même façon les cloches de l’église Saint-Jacques — Saint-Hilaire pour Proust.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

Has one comment to “Les cloches et le calorifère à eau”

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  1. Cette description de l’acte de création littéraire s’applique parfaitement, à mon sens, au travail d’Eric Chevillard, surtout sur son blog « l’autofictif ».
    Le surprenant est que Chevillard « en rapprochant une qualité commune à deux sensations, (…) dégagera leur essence en les réunissant l’une et l’autre pour les soustraire aux contingences du temps, dans une métaphore, et les enchaînera par le lien indescriptible d’une alliance de mots », certes, mais sous une forme la plus courte possible, alors que Proust étendait ses phrases à l’infini…

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