L’apprentissage des bonnes manières

L’apprentissage des bonnes manières

On apprend la marche en marchant et les règles de la bonne société en mangeant…

En tout cas, c’est la leçon d’une mésaventure du Héros racontée dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs.

Elle lui est arrivée chez les Swann. Un jour, il est invité à un déjeuner de seize couverts. Quoique bien élevé, l’adolescent ignore encore quelques usages — il ne sait d’ailleurs même pas qu’il les ignore.

L’histoire se passe en trois actes dispersés sur une trentaine de pages de l’édition de la Pléiade.

Le premier : dans l’antichambre, le maître d’hôtel lui remet une enveloppe dont il ne sait que faire.

Le deuxième : à table, il a complètement oublié l’enveloppe.

Le dernier : de retour chez lui, il vide ses poches, trouve l’enveloppe, l’ouvre et lit sur une carte le nom de la dame à qui il devait offrir le bras pour aller dans la salle à manger.

 

Les extraits :

Au moment où j’allais passer de l’antichambre dans le salon, le maître d’hôtel me remit une enveloppe mince et longue sur laquelle mon nom était écrit. Dans ma surprise, je le remerciai, cependant je regardais l’enveloppe. Je ne savais pas plus ce que j’en devais faire qu’un étranger d’un de ces petits instruments que l’on donne aux convives dans les dîners chinois. Je vis qu’elle était fermée, je craignis d’être indiscret en l’ouvrant tout de suite et je la mis dans ma poche d’un air entendu. […] Cependant on était passé à table. À côté de mon assiette je trouvai un œillet dont la tige était enveloppée dans du papier d’argent. Il m’embarrassa moins que n’avait fait l’enveloppe remise dans l’antichambre et que j’avais complètement oubliée. […] Ayant quitté mes parents, j’allai changer de vêtements et en vidant mes poches je trouvai tout à coup l’enveloppe que m’avait remise le maître d’hôtel des Swann avant de m’introduire au salon. J’étais seul maintenant. Je l’ouvris, à l’intérieur était une carte sur laquelle on m’indiquait la dame à qui je devais offrir le bras pour aller à table. II

 

Au cours du même repas, le Héros fait la connaissance du caviar. Ignorant ce que peut bien être cette « matière noirâtre » dans son assiette, il se résout « à n’en pas manger ».

 

Plutôt que de lire des auteurs morts, le Héros ferait bien d’ouvrir des guides de la tenue en société !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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