Gisèle(s)

Gisèle(s)

Gisèle est un sacré numéro…

De qui parlé-je ? De l’amie d’Albertine ou de la mienne ?

 

La première est l’une des jeunes filles en fleurs de Balbec, une Parisienne. Le Héros l’entend commenter, d’une voix d’ivrogne le saut d’Andrée par-dessus un vieillard assis. Il lui trouve « l’air pauvre et dur » et la voit amoureuse de lui. Albertine, qui croit qu’elle ne plairait pas au jeune homme car « elle n’est pas flirt du tout », la trouve « barbante » et « collante ».

Elle doit retourner à Paris pour « potasser ». Elle obtiendra un quatorze pour sa composition au certificat d’études sur le sujet : « Sophocle écrit des Enfers à Racine pour le consoler de l’insuccès d’Athalie ».

Cette Gisèle-là a des relations compliquées avec Andrée qui, selon les moments, la « détes[e] » à cause de « sa terrible fausseté, sa bassesse, les innombrables crasses qu’elle [lui] a faites », ou assure qu’elle est sa « meilleure amie, l’être pour qui [elle a] le plus d’affection », même si elle la croit « dangereuse », coupable d’une « infamie » dans une lettre, et la sait « menteuse », ce qu’a constaté aussi le Héros.

Proust se prend les pieds dans le sable de Balbec quand il confond les deux jeunes filles, écrivant que c’est Gisèle qui a sauté à pieds joints par dessus le vieux monsieur.

 

Ma Gisèle à moi vit à Illiers-Combray où elle multiplie les occupations bénévoles. Polyglotte et cultivée, elle est membre de la Société des Amis de Marcel Proust et des Amis de Combray et nous avons un autre point commun : Versailles. Elle a travaillé au château près duquel j’habitais enfant.

Elle a un goût aigu de la contradiction — mais je reprends volontiers Raymond Devos qui assurait : « Je ne suis pas ennemi du colloque ». Bref, son caractère trempé, son amour de Proust et ses manières mutines font d’elle une agréable amie.

288 Gisèle

Mais pourquoi parler d’elle ? Tout simplement parce que, familière de ce blogue, elle me l’a demandé ! Je ne me suis pas senti de le lui refuser, d’autant que c’est à elle que je dois les traductions du mot d’accueil prononcé hier devant des visiteurs étrangers (voir la chronique L’Europe des Lettres célébrée à Illiers-Combray) — elle a même joué à la répétitrice afin que ma prononciation soit correcte.

Gisèle roule dans une petite voiture française arborant le nom de sa série :

288 Sacré numéro

 

Ça lui va bien.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

PS : Il est une seconde Gisèle dans la Recherche, la duchesse d’Auberjon, proche de Mme de Villeparisis et de la duchesse de Guermantes.

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

Has one comment to “Gisèle(s)”

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  1. Patrice, Gisèle was our astute and gracious guide in 2010, when Harold Augenbraum led our pilgrimage to Illiers-Combray. We all pinched ourselves after our tour, thinking how fortunate we were to have the charming Gisèle show us « the Combray places, while reading all our favorite passages. I took a picture of her, with Harold and our small, eclectic group, at the train station; it is somewhere on my site–under Illiers-Combray

    Harold founded The Proust Society of America in 1997. http://centerforfiction.org/for-readers/reading-proust/

    Last year, The Collected Poems of Marcel Proust was published, which Harold edited.
    http://www.penguin.com/book/the-collected-poems-by-marcel-proust/9780143106906

    Here is a video of him discussing the book, that contains all of Proust’s poems in both French and English. At The Center for Fiction in New York.
    https://m.youtube.com/watch?v=V28uLANkfK8.

    (Currently, Harold is the Executive Director of the National Book Foundation.)

    Please give Gisèle my warmest wishes. I hope to return and take two tours….your and hers!

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