Bric-à-brac à Illiers-Combray

Bric-à-brac à Illiers-Combray

 

Pas moins de douze bric-à-brac ou vide-greniers se disputaient hier dimanche les chalands dans l’Eure-et-Loir. J’ai trouvé ce recensement dans l’Écho républicain, le journal du département. Ce n’est plus une mode, cela relève de la frénésie… ou de la crise.

 

Le bric-à-brac d’Illiers-Combray a tenu son rang.

Le sujet vient sur le tapis (usé) parce que Proust cite deux fois le mot, dans Du côté de chez Swann et Le Côté de Guermantes. La première scène a Paris pour cadre, la seconde, Doncières.

Odette, pas encore mariée avec Swann, se targue d’apprécier les « antiquités », d’aller « bibeloter, « chercher du bric-à-brac », des choses « du temps ».

Le Héros, lui, voit dans la ville de garnison de Saint-Loup « un petit magasin de bric-à-brac » où il n’y a « que du toc et des croûtes ».

 

À Illiers-Combray, c’était la foule dans tout le centre :

Place Maunoury, où se trouve l’Office de Tourisme…

271 Devant OdT

 

 

 

 

 

 

271 OdT 2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

… place de l’Eglise, ou un manège tournait…

271 Manège 2

 

 

 

 

 

 

271 Manège

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

… jusques et y compris devant la Maison de tante Léonie, côté jardin…

271 Léonie

 

 

 

 

 

 

 

 

Fin de la chronique-à-brac.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits :

Certes, elle [Odette] avait la prétention d’aimer les « antiquités » et prenait un air ravi et fin pour dire qu’elle adorait passer toute une journée à « bibeloter », à chercher « du bric-à-brac », des choses « du temps ». Bien qu’elle s’entêtât dans une sorte de point d’honneur (et semblât pratiquer quelque précepte familial) en ne répondant jamais aux questions et en ne « rendant pas de comptes » sur l’emploi de ses journées, elle parla une fois à Swann d’une amie qui l’avait invitée et chez qui tout était « de l’époque ». Mais Swann ne put arriver à lui faire dire quelle était cette époque. Pourtant, après avoir réfléchi, elle répondit que c’était « moyenâgeux ». Elle entendait par là qu’il y avait des boiseries. Quelque temps après, elle lui reparla de son amie et ajouta, sur le ton hésitant et de l’air entendu dont on cite quelqu’un avec qui on a dîné la veille et dont on n’avait jamais entendu le nom, mais que vos amphitryons avaient l’air de considérer comme quelqu’un de si célèbre qu’on espère que l’interlocuteur saura bien de qui vous voulez parler : « Elle a une salle à manger… du… dix-huitième ! » Elle trouvait du reste cela affreux, nu, comme si la maison n’était pas finie, les femmes y paraissaient affreuses et la mode n’en prendrait jamais. Enfin, une troisième fois, elle en reparla et montra à Swann l’adresse de l’homme qui avait fait cette salle à manger et qu’elle avait envie de faire venir, quand elle aurait de l’argent pour voir s’il ne pourrait pas lui en faire, non pas certes une pareille, mais celle qu’elle rêvait et que, malheureusement, les dimensions de son petit hôtel ne comportaient pas, avec de hauts dressoirs, des meubles Renaissance et des cheminées comme au château de Blois. Ce jour-là, elle laissa échapper devant Swann ce qu’elle pensait de son habitation du quai d’Orléans ; comme il avait critiqué que l’amie d’Odette donnât non pas dans le Louis XVI, car, disait-il, bien que cela ne se fasse pas, cela peut être charmant, mais dans le faux ancien : « Tu ne voudrais pas qu’elle vécût comme toi au milieu de meubles cassés et de tapis usés », lui dit-elle, le respect humain de la bourgeoise l’emportant encore chez elle sur le dilettantisme de la cocotte.

De ceux qui aimaient à bibeloter, qui aimaient les vers, méprisaient les bas calculs, rêvaient d’honneur et d’amour, elle faisait une élite supérieure au reste de l’humanité. I

 

*[À Doncières] Dans un petit magasin de bric-à-brac, une bougie à demi consumée, en projetant sa lueur rouge sur une gravure, la transformait en sanguine, pendant que, luttant contre l’ombre, la clarté de la grosse lampe basanait un morceau de cuir, niellait un poignard de paillettes étincelantes, sur des tableaux qui n’étaient que de mauvaises copies déposait une dorure précieuse comme la patine du passé ou le vernis d’un maître, et faisait enfin de ce taudis où il n’y avait que du toc et des croûtes, un inestimable Rembrandt. III

 

 

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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