Triomphe avec ton arc

Triomphe avec ton arc

 

Il est à Tansonville « une petite maison en tuiles » dite « des Archers ».

Le parc fictif de la propriété de Charles Swann est le jardin réel de l’oncle horticulteur de Proust, Jules Amiot : le Pré Catelan. Parmi les vestiges, demeure la maison des Archers.

(Photo PL)

(Photo PL)

 

Une légende est à l’origine de l’appellation, mais ses versions sont diverses. Un seul élément est fixe : la mort du héros, Catelan. Pour le reste, les consultations sur internet jouent des personnages, des dates, de l’histoire du malheureux.

Pour les uns, il est troubadour provençal. Béatrix de Savoie l’a envoyé à Philippe le Bel. Le roi, alors dans son manoir de Passy, envoie une escorte d’archers à sa rencontre. Elle le trouve dans la forêt de Rouvray (ancien nom du bois de Boulogne). Le croyant porteur d’or et de bijoux, les archers tuent Catelan, alors qu’il n’a que des parfums et des liqueurs. Confondus plus tard, les assassins seront brûlés vifs et une croix sera élevée à la mémoire du pauvre troubadour.

Dans cette version, Catelan se prénomme Arnauld. Il devient Guillaume dans la deuxième. Page de Jeanne de Navarre, il en est amoureux secrètement. Son époux, Philippe le Bel, est loin à la guerre. La reine se morfond. Une sorcière lui sert une histoire de Nativité, de cœur pur, de bois, de brins de clochettes et de portrait à la main. Justement, le soir de Noël, le jeune Catelan sort dans la forêt de Rouvray, cueille trois fleurs tenant une pièce d’or. Deux malandrins l’estourbissent. Les brigands seront châtiés et la reine fera ériger une croix.

Dernière version : Arnault Catelan, troubadour provençal, est amoureux de Marguerite de Provence. Promise à Louis IX, dit Saint-Louis, elle est emmenée à Paris. Désespéré, le musicien part de son côté, avec des parfums et composant, chemin faisant, cent chansons célébrant l’élue de son cœur. Dans la forêt de Rouvray, trois malandrins le tuent. Une croix sera érigée sur place.

En vérité, le Pré Catelan doit son nom au capitaine des chasses de Louis XVI, un certain Théophile Catelan !

 

Qu’importe ! Comme les récits populaires, la grande littérature se fiche de la réalité et les balades dans le jardin d’Illiers-Combray, dont le nom est bien inspiré de celui du bois de Boulogne sont bienfaisantes : paraphrasant Rouletabille, il ne reste qu’à conclure : le Pré Catelan n’a rien perdu de son charme ni la maison des Archers de son éclat.

 

À ce stade, les références faites à la Juive, l’opéra d’Halévy, et au visage d’ardent archer de Robert de Saint-Loup n’ont qu’à être signalées.

 

Un siècle plus tard, d’autres archers sont à l’honneur au pays de tante Léonie :

(Photo PL)

(Photo PL)

 

Le lanceur de blogue ne s’est pas assuré que les tireurs de flèches connaissent l’histoire de Catelan.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits :

Le grand-père du Héros :

*— Et comment s’appelle-t-il ton ami qui vient ce soir ?

— Dumont, grand-père.

— Dumont ! Oh ! je me méfie.

Et il chantait :

Archers, faites bonne garde !

Veillez sans trêve et sans bruit ; I

 

*l’on sortait de la ville par le chemin qui passait le long de la barrière blanche du parc de M. Swann. Avant d’y arriver, nous rencontrions, venue au-devant des étrangers, l’odeur de ses lilas. Eux-mêmes, d’entre les petits cœurs verts et frais de leurs feuilles, levaient curieusement au-dessus de la barrière du parc leurs panaches de plumes mauves ou blanches que lustrait, même à l’ombre, le soleil où elles avaient baigné. Quelques-uns, à demi cachés par la petite maison en tuiles appelée maison des Archers, où logeait le gardien, dépassaient son pignon gothique de leur rose minaret. I

 

*Quant à Robert, tenant à peine en place, quand il était assis, dissimulant sous un sourire d’homme de cour l’avidité d’agir en homme de guerre, à le bien regarder, je me rendais compte combien l’ossature énergique de son visage triangulaire devait être la même que celle de ses ancêtres, plus faite pour un ardent archer que pour un lettré délicat. Sous la peau fine, la construction hardie, l’architecture féodale apparaissaient. Sa tête faisait penser à ces tours d’antiques donjons dont les créneaux inutilisés restent visibles, mais qu’on a aménagées intérieurement en bibliothèque. II

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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