On dirait… (Odette, II)

Odette, suite

Botticelli, Sandro, peintre florentin de la Renaissance (1444 ou 1445-1510) : Madonna della Melagrana (Jésus jouant avec une grenade

*Elle [Odette] rappelait ainsi plus encore qu’il ne le trouvait d’habitude, les figures de femmes du peintre de la Primavera. Elle avait en ce moment leur visage abattu et navré qui semble succomber sous le poids d’une douleur trop lourde pour elles, simplement quand elles laissent l’enfant Jésus jouer avec une grenade ou regardent Moïse verser de l’eau dans une auge. (I, 199)

Botticelli, Madonna della Melagrana (Jésus jouant avec une grenade)

Botticelli, Madonna della Melagrana (Jésus jouant avec une grenade)

 

Botticelli (bis) Les épreuves de Moïse (tirant l’eau du puits)

Botticelli, Les épreuves de Moïse (tirant l'eau du puits)

Botticelli, Les épreuves de Moïse (tirant l’eau du puits)

Botticelli (ter) : La Madone du Magnificat

*sans doute Swann, fidèle ou revenu à une conception différente, goûtait-il dans la jeune femme grêle aux yeux pensifs, aux traits las, à l’attitude suspendue entre la marche et l’immobilité, une grâce plus botticellienne. Il aimait encore en effet à voir en sa femme un Botticelli. Odette qui au contraire cherchait non à faire ressortir mais à compenser, à dissimuler ce qui, en elle-même, ne lui plaisait pas, ce qui était peut-être, pour un artiste, son «caractère», mais que comme femme, elle trouvait des défauts, ne voulait pas entendre parler de ce peintre. Swann possédait une merveilleuse écharpe orientale, bleue et rose, qu’il avait achetée parce que c’était exactement celle de la vierge du Magnificat. Mais Mme Swann ne voulait pas la porter. Une fois seulement elle laissa son mari lui commander une toilette toute criblée de pâquerettes, de bluets, de myosotis et de campanules d’après la Primavera du Printemps. Parfois, le soir, quand elle était fatiguée, il me faisait remarquer tout bas comme elle donnait sans s’en rendre compte à ses mains pensives, le mouvement délié, un peu tourmenté de la Vierge qui trempe sa plume dans l’encrier que lui tend l’ange, avant d’écrire sur le livre saint où est déjà tracé le mot «Magnificat». Mais il ajoutait : «Surtout ne le lui dites pas, il suffirait qu’elle le sût pour qu’elle fît autrement.» (II, 134-135)

Botticelli,  Madone du Magnificat

Botticelli, Madone du Magnificat

 

Manet, Édouard, peintre français (1832-1883) : [Nu]

*Cette manière, la première manière d’Elstir était l’extrait de naissance le plus accablant pour Odette, parce qu’il faisait d’elle non pas seulement, comme ses photographies d’alors, une cadette de cocottes connues, mais parce qu’il faisait de son portrait le contemporain d’un des nombreux portraits que Manet ou Whistler ont peints d’après tant de modèles disparus qui appartiennent déjà à l’oubli ou à l’histoire. (II, 308)

Manet, [Nu]

Manet, [Nu]

Whistler, James Abbott Mc Neill, peintre américain lié au mouvement symbolique et impressionniste (1834-1903) : [Princesse du pays de la porcelaine]

Whistler, Princesse du pays de la porcelaine

Whistler, Princesse du pays de la porcelaine

 

Demain, le cocher Rémi, M. de Palancy et le docteur du Boulbon.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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