On dirait… (Odette, I)

Odette

 

Botticelli, Sandro, peintre florentin de la Renaissance (1444 ou 1445-1510) : Les Filles de Jéthro

*Debout à côté de lui, laissant couler le long de ses joues ses cheveux qu’elle [Odette] avait dénoués, fléchissant une jambe dans une attitude légèrement dansante pour pouvoir se pencher sans fatigue vers la gravure qu’elle regardait, en inclinant la tête, de ses grands yeux, si fatigués et maussades quand elle ne s’animait pas, elle frappa Swann par sa ressemblance avec cette figure de Zéphora, la fille de Jéthro, qu’on voit dans une fresque de la chapelle Sixtine. (I, 158)

Botticelli, Les filles de Jethro

Botticelli, Les filles de Jethro

 

Botticelli (bis) : Zéphora (détail)

*il trouva à ce moment-là dans la ressemblance d’Odette avec la Zéphora de ce Sandro di Mariano auquel on ne donne plus volontiers son surnom populaire de Botticelli depuis que celui-ci évoque au lieu de l’œuvre véritable du peintre l’idée banale et fausse qui s’en est vulgarisée. (I, 159)

*Cette vague sympathie qui nous porte vers un chef-d’œuvre que nous regardons, maintenant qu’il connaissait l’original charnel de la fille de Jéthro, elle devenait un désir qui suppléa désormais à celui que le corps d’Odette ne lui avait pas d’abord inspiré. Quand il avait regardé longtemps ce Botticelli, il pensait à son Botticelli à lui qu’il trouvait plus beau encore et approchant de lui la photographie de Zéphora, il croyait serrer Odette contre son cœur. (I, 160)

Botticelli, Zéphora (détail)

Botticelli, Zéphora (détail)

 

[Saskia jeune], Rembrandt

Rembrandt, peintre baroque hollandais (1606-1669) : [Portrait de Saskia jeune]

*la silhouette d’Odette, qu’il [Swann] avait aperçue, le matin même, montant à pied la rue Abbatucci dans une «visite» garnie de skunks, sous un chapeau «à la Rembrandt» et un bouquet de violettes à son corsage. (I, 171)

Rembrandt, Portrait de Saskia jeune

Rembrandt, Portrait de Saskia jeune

 

L’Apparition, Gustave Moreau

Moreau, Gustave, peintre français symboliste (1826-1898) : l’Apparition

*Un jour que des réflexions de ce genre le ramenaient encore au souvenir du temps où on lui avait parlé d’Odette comme d’une femme entretenue, et où une fois de plus il s’amusait à opposer cette personnification étrange : la femme entretenue — chatoyant amalgame d’éléments inconnus et diaboliques, serti, comme une apparition de Gustave Moreau, de fleurs vénéneuses entrelacées à des joyaux précieux — et cette Odette sur le visage de qui il avait vu passer les mêmes sentiments de pitié pour un malheureux, de révolte contre une injustice, de gratitude pour un bienfait, qu’il avait vu éprouver autrefois par sa propre mère, par ses amis, cette Odette dont les propos avaient si souvent trait aux choses qu’il connaissait le mieux lui-même, à ses collections, à sa chambre, à son vieux domestique, au banquier chez qui il avait ses titres, il se trouva que cette dernière image du banquier lui rappela qu’il aurait à y prendre de l’argent. (1, 190)

Moreau, L'Apparition

Moreau, L’Apparition

[« Les sorties de jour de Proust avaient lieu une ou deux fois l’an. Nous en fîmes une ensemble. C’était pour aller voir les Gustave Moreau chez Mme Ayen et ensuite, au Louvre, le Saint Sébastien de Mantegna et Le Bain turc d’Ingres. » Jean Cocteau]

 

Demain, Odette (suite).

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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