En flânant au Pré Catelan (bis)

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En flânant au Pré Catelan

Apaisant Pré Catelan… De plantes, d’allées et d’eau, le jardin comble de plaisir qui veut jouir de la mélodie du silence. Là, ni recherché ni retrouvé, le temps est suspendu.

La vie à Illiers-Combray n’est pas si trépidante qu’on ait besoin de s’en extraire, mais qu’il est doux de venir se réfugier dans ce lieu que l’on doit à « l’oncle horticulteur » de Proust ainsi qu’il le qualifie.

Dans À la Recherche du Temps perdu, c’est le parc de Tansonville, la propriété de Swann : c’était un parc qu’il possédait près de Combray… (Sauf autre indication, tous les extraits (*) viennent de Du côté de chez Swann.)

Anglais, romantique, fantaisiste et privé, il est créé en 1850. Il est dessiné par l’époux d’Élisabeth Amiot (tante Léonie dans l’œuvre, demeurée, elle, demoiselle).

Entrée 1

L'entrée (Photo PL)

 

De quoi est-il composé, ce jardin, plat à l’entrée et ascendant jusqu’à la sortie qui, franchie, ramène en bas via un raidillon dont le flanc gauche est une haie d’aubépines ?

*Devant nous, une allée bordée de capucines montait en plein soleil vers le château. À droite, au contraire, le parc s’étendait en terrain plat. Lisons d’abord Jean Santeuil :Le père de M. Santeuil avait, de l’autre côté de la ville, un immense jardin qui, s’étendant d’abord en terre-plein devant le cours du Loir, s’élevait peu à peu, ici par le lentes montées, là par des escaliers de pierres conduisant à une grotte artificielle, jusqu’au niveau des plaines élevées qui commencent la Beauce et sur lesquelles il s’ouvrait par une porte à claire-voie.

Comparons maintenant avec l’actuelle réalité : Une rivière « serpentine » coupe les pelouses arborées dans leur longueur et quatre ponts de bois la franchissent.

Pont 1...

Pont 1…

 

... pont 2...

… pont 2…

 

... pont 3...

… pont 3…

 

... pont 4 (Photos PL)

 

 

 

 

 

 

 

… pont 4 (Photos PL)

 

 

*Obscurcie par l’ombre des grands arbres qui l’entouraient, une pièce d’eau avait été creusée par les parents de Swann…

 

Un pigeonnier d’inspiration orientale (due à un goût pour un art rencontré lors de séjours en Algérie) et un kiosque treillissé de vert se dressent dans une des boucles.

Le pigeonnier (Photo PL°

Le pigeonnier (Photo PL)

Le kiosque (Photo PL)

 

 

 

 

 

 

 

Le kiosque (Photo PL)

 

Des allées sinueuses divisent le jardin et se dispersent en montant.  À mi-hauteur se présente une fausse grotte surmontée de la maison des Archers.

La grotte...

 

 

 

 

 

 

 

La grotte…

... surmontée de la maison des Archers (Photos

 

 

 

 

 

 

 

… surmontée de la maison des Archers (Photos PL)

 

*Quelques-uns [des lilas], à demi cachés par la petite maison en tuiles appelée maison des Archers, où logeait le gardien, dépassaient son pignon gothique de leur rose minaret. 

 

 

Un colombier.

Un autre pigeonnier (Photo PL)

Un colombier (Photo PL)

 

 

Un bassin rond…

Le bassin...

Le bassin…

... rond (Photos PL)

 

 

 

 

 

 

… rond (Photos PL)

 

En face, le banc d’asperges.

Banc d'asperges 2

Le banc d'asperges

 

 

 

 

 

 

 

… d’asperges (Photos PL)

 

 

*avant d’arriver au banc d’asperges…

Tout en haut, enfin, la barrière blanche.

La barrière blanche et la plaine vues du jardin...

La barrière blanche et la plaine vues du jardin…

... et la barrière blanche vue de l'extérieur du jardin.

 

 

 

 

 

 

… et la barrière blanche vue de l’extérieur du jardin. (Photo PL)

 

 

*l’on sortait de la ville par le chemin qui passait le long de la barrière blanche du parc de M. Swann)… *il avait beau pleuvoir, demain, au-dessus de la barrière blanche de Tansonville…

Les aubépines forment donc le bouquet de ce jardin. Le mot apparaît vingt-sept fois dans Du côté de chez Swann — dix-sept sous la forme aubépine et dix sous celle d’épine (blanche ou rose). C’est la célèbre haie du parc de Tansonville et c’est à travers elle, alors qu’il est dans le non moins célèbre raidillon, que le jeune Héros aperçoit Gilberte.

 

Le raidillon et la haie d'aubépines (la descente)

Le raidillon et la haie d’aubépines (la descente)

Le raidillon et la haie d'aubépines (la descente)

Le raidillon et la haie d’aubépines (la montée) (Photos PL)

Le petit raidillon en hiver (Photo PL)

 

 

 

 

 

 

 

Le petit raidillon en hiver (Photo PL)

 

 

*il me fallut rejoindre en courant mon père et mon grand-père qui m’appelaient, étonnés que je ne les eusse pas suivis dans le petit chemin qui monte vers les champs et où ils s’étaient engagés. Je le trouvai tout bourdonnant de l’odeur des aubépines. La haie formait comme une suite de chapelles qui disparaissaient sous la jonchée de leurs fleurs amoncelées en reposoir…

*Je poursuivais jusque sur le talus qui, derrière la haie, montait en pente raide vers les champs… *mon grand-père m’appelant et me désignant la haie de Tansonville, me dit : « Toi qui aimes les aubépines, regarde un peu cette épine rose ; est-elle jolie ! » En effet c’était une épine, mais rose, plus belle encore que les blanches.*Intercalé dans la haie, mais aussi différent d’elle qu’une jeune fille en robe de fête au milieu de personnes en négligé qui resteront à la maison, tout prêt pour le mois de Marie, dont il semblait faire partie déjà, tel brillait en souriant dans sa fraîche toilette rose, l’arbuste catholique et délicieux. La haie laissait voir à l’intérieur du parc une allée bordée de jasmins, de pensées et de verveines entre lesquelles des giroflées ouvraient leur bourse fraîche, du rose odorant et passé d’un cuir ancien de Cordoue, tandis que sur le gravier un long tuyau d’arrosage peint en vert, déroulant ses circuits, dressait aux points où il était percé au-dessus des fleurs, dont il imbibait les parfums, l’éventail vertical et prismatique de ses gouttelettes multicolores.

Tous les mois de mai donc, la Journée des Aubépines attire les proustiens du monde entier. Il faut les voir, longues colonnes montantes ou descendantes, pèlerins littéraires communiant dans une même ferveur idolâtre.

19 mai...

19 mai…

19 mai 2013

 

 

 

 

 

 

 

… 2013 (Photos PL)

 

*C’est au mois de Marie que je me souviens d’avoir commencé à aimer les aubépines.

Toute occasion et toute saison sont bonnes d’y venir salir ses talons. Ainsi, un colloque hivernal.

16 novembre...

16 novembre…

... 2013

 

 

 

 

 

 

 

… 2013 (Photos PL)

 

 

*après m’avoir cherché partout, ma mère me trouva en larmes dans le petit raidillon, contigu à Tansonville, en train de dire adieu aux aubépines, entourant de mes bras les branches piquantes…

*toute cette vie séparée de la mienne que par deux fois, condensée dans le nom de Gilberte, j’avais senti passer si douloureusement près de moi, dans le raidillon de Combray et sur la pelouse des Champs-Élysées.

Le nom du jardin proustien est copié sur le parc botanique de Pré-Catelan du Bois de Boulogne, Paris, baptisé lui en hommage à Théophile Catelan, capitaine des chasses de Louis XVI, mais la légende l’attribue à Arnault Catelan, troubadour qui serait mort là, tué  par des Archers (ceux-là même qui ont leur « maison » à Illiers-Combray) en apportant des cadeaux de mariage à Marguerite de Provence venue à  Paris pour épouser Louis IX. Le Pré Catelan qui se rencontre dans la Recherche, c’est celui-là :  

Le Pré Catelan...

Le Pré Catelan…

... parisien

 

 

 

 

 

 

… parisien

 

*On distinguait, comme sur une carte en couleur, Armenonville, le Pré Catelan, Madrid, le Champ de courses, les bords du Lac. 

À la sortie d’Illiers-Combray, sur la route de Tansonville, le Pré Catelan est classé site littéraire, monument historique et jardin remarquable.

Il est ouvert tous les jours.

Il est gratuit.

Il a une entrée pour les personnes à mobilité réduite.

Il s’étend sur 7 000 m2.

Flâner au Pré Catelan, un enchantement.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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  1. C’est décidé : j’inscris cette balade dans les 100 choses que je dois encore faire avant de mourir !

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