Du côté de Saint-Éman (bis)

Du côté de Saint-Éman

 

Je reviens de Saint-Éman… J’en conviens, c’est moins ensorcelant que Samarcande ou Cuzco, mais pas moins enchanteur. Les Émanois, cent-vingt âmes, ne descendent ni du turco-mongol Tamerlan ni de l’inca Tupac Yupanqui, mais Marcel Proust, conquérant des sentiments et empereur des mots, parle de leur terre.

En réalité, Saint-Éman est une lieu proustien qui ne dit pas son nom. À la Recherche du Temps perdu ne la cite pas mais c’est un haut lieu de l’œuvre car c’est de son sol que jaillit le Loir, rebaptisé la Vivonne. Au départ, dans Du côté de chez Swann, le jeune Héros n’y parvient jamais. De même que toute chair que la main n’atteint pas n’est qu’un rêve, la source n’est qu’imaginée, assimilée à la porte de l’Enfer :

*Jamais dans la promenade du côté de Guermantes nous ne pûmes remonter jusqu’aux sources de la Vivonne, auxquelles j’avais souvent pensé et qui avaient pour moi une existence si abstraite, si idéale, que j’avais été aussi surpris quand on m’avait dit qu’elles se trouvaient dans le département, à une certaine distance kilométrique de Combray, que le jour où j’avais appris qu’il y avait un autre point précis de la terre où s’ouvrait, dans l’antiquité, l’entrée des Enfers. Jamais non plus nous ne pûmes pousser jusqu’au terme que j’eusse tant souhaité d’atteindre, jusqu’à Guermantes. (I)

À l’arrivée, dans Le Temps retrouvé, qui clôt le cycle, le Héros âgé reconsidère son idée que la réalité rend plus humble :

*Un de mes autres étonnements fut de voir les « sources de la Vivonne », que je me représentais comme quelque chose d’aussi extra-terrestre que l’Entrée des Enfers, et qui n’étaient qu’une espèce de lavoir carré où montaient des bulles. (VII)

 

La boucle est bouclée.  À quatre kilomètres au nord d’Illiers-Combray, « du côté de Guermantes », Saint-Éman l’inscrit dans le nom de sa rue principale — et d’ailleurs unique :

01 Rue Guermantes

Sans vain orgueil, la commune montre sa voie à sa grande voisine qui n’a pas une telle rue.

Second clin d’œil, une allée qui porte son  nom sans le claironner :

02 Les Aubépines

 

 

 

 

 

 

 

 

Autre signal, le chemin couvert qui mène de la mairie à la source du Loir, appelé ici une « sente », mais qui est bel et bien une « charmille » telle qu’il n’en existe plus — provisoirement, on ose l’espérer — au Pré Catelan.

Faisons la balade, partant de la petite mairie…

Céline Lhuillery devant sa Mairie

Céline Lhuillery devant sa Mairie

 

… empruntant la sente…

04 ... la sente...

 

pour arriver à la source…

05  et la source du Loir

 

 

 

 

 

 

 

 

06 La source ...

Vue d'ensemble avec lavoir

 

La source mythique est surplombée par la plus touchante des petites églises.

09 La vieille église

 

Saint-Éman, étape obligée lors de la virée annuelle de la Journée des Aubépines : la porte d’un Paradis.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

[Photos PL, après un rendez-vous avec Mme la Maire de Saint-Éman, Céline Lhuillery, samedi 19 avril 2014.]

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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