Une image osée

Une image osée

 

Lire et relire la Recherche et trouver, encore et toujours, de nouveaux plaisirs… mais aussi d’innocents motifs à moqueries.

 

Je viens de croiser dans Le Côté de Guermantes une phrase qui m’a doublement mis en joie : « Un imperceptible sourire fit onduler les cils de Mme de Guermantes qui regarda le cercle qu’avec la pointe de son ombrelle elle traçait sur le tapis. »

 

Follement amoureux d’Oriane, je ne puis qu’être sensible à cette scène que je vois clairement et me fais fondre davantage. Les mots y sont ondoyants comme les épis sous le vent de la Beauce et gouleyants comme une gorgée de tilleul.

 

Reste que les premiers mots rappellent drôlement la querelle des vertèbres croisées dans Du côté de chez Swann : « [Tante Léonie] tendait à mes lèvres son triste front pâle et fade sur lequel, à cette heure matinale, elle n’avait pas encore arrangé ses faux cheveux, et où les vertèbres transparaissaient comme les pointes d’une couronne d’épines ou les grains d’un rosaire ». (Voir la chronique Le bide de Gide).

 

Une ondulation n’est pas qu’ « un mouvement alternatif de ce qui s’élève et s’abaisse » comme la définit Le Petit Robert car, ajoute le dictionnaire, c’est « en donnant l’impression d’un déplacement longitudinal ».

 

Des cils qui ondulent sous l’effet d’un sourire ! Oui, c’est joli mais, au-delà de l’audace créatrice, c’est un tantinet ridicule — toute révérence gardée.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “Une image osée”

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  1. je trouve que ce n’est pas ridicule, c’est même émouvant

  2. Je reconnais là votre délicatesse.

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